SUCCESSION DE JACOB ZUMA A LA TETE DE L’ANC : Les défis de la réhabilitation du parti historique

SUCCESSION DE JACOB ZUMA A LA TETE DE L’ANC : Les défis de la réhabilitation du parti historique

Le Congrès national africain ‘(ANC) au pouvoir en Afrique du sud depuis les premières élections multiraciales de 1994, a ouvert, le 16 décembre dernier, les travaux de sa conférence élective qui doit désigner le successeur de Jacob Zuma à la tête du parti historique. Avant même la fin de ce conclave statutaire qui a lieu tous les cinq ans, des tendances lourdes font état de la victoire plus que probable du vice-président du parti, Cyril Ramaphosa, sur sa principale challenger, Nkosazana Dlamini-Zuma, ex-épouse de l’actuel président et ex-présidente de la Commission de l’Union africaine. Les cinq autres candidats en lice ne feront visiblement pas le poids, face aux deux mastodontes de la politique en Afrique du sud que sont Ramaphosa et Dlamini-Zuma d’autant que ces derniers disposent de soutiens déterminants comme la puissante confédération syndicale sud-africaine COSATU et la présidente du Parlement Baleka Mbete pour l’un, et le président sortant Jacob Zuma et son clan pour l’autre. Les 5200 délégués réunis depuis samedi à Johannesburg pour une redistribution des cartes au sein de l’ANC, savent qu’au-delà du poste de président du parti qu’ils vont pourvoir, c’est surtout leur candidat à la prochaine élection présidentielle de 2019 qu’ils vont choisir, en n’oubliant pas évidemment les défis majeurs qui sont les leurs et qui consistent à trouver des hommes suffisamment crédibles pour aller à la périlleuse pêche aux voix dans cette mare électorale particulièrement trouble d’Afrique du sud et subséquemment, de rehabiliter le parti historique englué dans des scandales à répétition et affaibli par une crise économique persistante, un taux de chômage record de plus de 27% et les multiples accusations de corruption qui visent son leader Jacob Zuma. L’enjeu est donc de taille, et il faut un homme ou une femme au-dessus de tout soupçon et qui sera capable non seulement de faire oublier les encombrantes casseraoles de l’actuel président du parti et de sa gestion kleptocratique du pouvoir d’Etat, mais aussi et surtout de relancer l’économie du pays et de tenir la promesse faite aux électeurs de créer le maximum d’emplois.

Il n’est pas exclu qu’un troisième larron sorte du lot

Si Cyril Ramaphosa peut se targuer de n’avoir pas été épinglé pour des faits de corruption, bien qu’il soit l’une des plus grosses fortunes du pays, son image reste associée à la violente répression des mineurs par la police dans la région de Marikana en août 2012 dont il aurait été le principal commanditaire. Quant à Dlamini-Zuma, ni sa longévité gouvernementale (18 ans sans discontinuer dans différents postes ministériels jusqu’à son départ pour l’Union africaine), ni sa présidence à la tête de la Commission de l’UA ne lèveront le doute sur sa capacité à faire rendre gorge à son ex-mari et actuel locataire des « Union Buildings » par rapport aux nombreuses poursuites judiciaires dont il fait déjà l’objet pour faits de corruption et de mal gouvernance économique. Des deux candidats à la tête de leur parti et de l’Etat, Ramaphosa est certainement le plus rassurant pour l’électorat habituel du parti hégémonique de l’ANC, mais c’est presqu’un candidat par défaut qui sera choisi pour mener le combat de la survie, face aux jeunes loups aux dents particulièrement acérées de la politique que sont, par exemple, Julius Malema et Mmusi Maimane, sans compter les risques de déchirure interne au parti, au lendemain de ce choix. Ce risque d’implosion est d’autant plus grand que Ramaphosa n’a pas fait mystère de sa volonté de tirer au clair toutes les accusations de corruption réelles ou supposées contre le président Zuma, comme dans les cas du méga-contrat d’armement signé à la fin des années 90, dans lequel il aurait joué un rôle trouble,  du Nkandlagate du nom du lieu de sa résidence privée dont la rénovation a été payée par l’argent du contribuable, mais aussi de sa proximité suspecte avec une famille d’hommes d’affaires indiens qui ont acquis une influence disproportionnée sur les affaires gouvernementales. C’est cette perspective de reddition de comptes qui rend frileux les partisans de l’actuel président et qui a probablement motivé l’appel lancé par ce dernier pour une union de tous les militants du parti, quel que soit le résultat du vote à bulletin secret qui est véritablement le point d’orgue de la conférence toujours en cours à Johannesburg. Une posture d’autant plus compréhensible que Jacob Zuma ne sera pas à l’abri d’une destitution avant la fin de son mandat, si Cyril Ramaphosa arrivait à placer ses partisans dans les postes stratégiques du parti, comme ce qui était arrivé à son prédecésseur Thabo Mbeki en 2009. Certes, l’enfant terrible de Nkandla dans le Kwazulu-Natal, en a vu des vertes et des pas mûres au cours de sa longue carrière politique, frôlant même à plusieurs reprises la destitution, mais la tension entre son clan et celui de son vice-préident est telle qu’il risque de laisser des plumes…présidentielles, à l’issue de cette alternance au sommet de son parti. Si c’est le prix à payer pour que l’ANC ne perde pas la majorité absolue en 2019, reprenne le contrôle des villes perdues lors du retentissant revers électoral en 2016 comme Johannesburg, Prétoria et Nelson Mandela Bay, et regagne la confiance de ses militants de plus en plus désabusés, eh bien, aucun sacrifice n’est de trop, surtout pas celui de s’offrir le scalp du président qui a battu tous les records en termes de scandales et de frasques, depuis la création du parti en 1912. Si la réhabilitaion du parti et le renouvellement de ses instances dirigeantes sont les enjeux majeurs de cette rencontre quinquennale de Johannesburg, le pari n’est pas totalement gagné d’avance, pour plusieurs raisons: d’abord parce que le vote est à bulletin secret. Ensuite, certains des “grands électeurs” sont connus pour être friands de fric, et enfin, le président sortant sur qui pèsent des menaces de destitution et peut-être même d’emprisonnement, est un orfèvre en matière de corruption. Si on juxtapose tout cela au manque d’éthique et de morale dans le jeu politique en général, il n’est pas totalement exclu qu’un troisième larron sorte du lot, davantage pour concilier les différents camps et sauver les meubles que pour procéder à une chasse aux sorcières ou à une gigantesque oeuvre de salubrité politique dont le pays de Nelson Mandela a poutant besoin.

Hamadou GADIAGA

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