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 TAHIROU BARRY, DEPUTE A L’ASSEMBLEE NATIONALE

« Je me demande bien si ce gouvernement pourra sortir du piège de l’immobilisme  »

Il a démissionné de son poste de ministre de la Culture, des arts et du tourisme, avec fracas, le 26 octobre 2017 et a regagné plus tard l’hémicycle où il siège actuellement en tant que député au sein du groupe parlementaire UPC. Tahirou Barry, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a bien voulu nous accorder une interview le 7 février 2019 à Ouagadougou.  A travers cet entretien, l’ex-président du Parti pour la renaissance nationale (PAREN)  donne son point de vue sur divers sujets dont ceux relatifs à la formation du nouveau gouvernement, aux défis que celui-ci doit relever, à la présidence du G5 Sahel qu’assure désormais le Burkina, à la rumeur sur sa démission bientôt de l’Assemblée nationale, à l’appel à sa candidature à la présidentielle de 2020 lancé par le MCR. Bref, Tahirou Barry s’interroge sur la capacité de l’équipe gouvernementale à sortir le pays de « l’immobilisme dans lequel il est engouffré », au regard de sa composition, qualifie la crise sécuritaire au Burkina de gangrène qu’il faut extirper et pense que le drame de Yirgou n’est pas celui d’une communauté mais plutôt celui de toute une nation. Lisez plutôt !

« Le Pays » : Comment avez-vous accueilli la formation du nouveau gouvernement ?

Tahirou Barry: C'était une évidence. Le souffle de l'épuisement de l'équipe Thiéba était audible un peu partout dans tout le Burkina. On s'attendait donc à un groupe plus resserré, frais et dynamique mais à l'arrivée, on a eu une équipe toujours pléthorique de 32 membres, un engagement du quota genre de 30% non respecté et une reconduction de près de 3/4 des membres du gouvernement. Avec cet état, je me demande bien si ce nouveau gouvernement pourra (…) sortir du piège de l'immobilisme dans lequel le pays est engouffré.

Pensez-vous  que cette nouvelle équipe sera à la hauteur des défis auxquels fait face notre pays ?

Je reste sceptique au regard de ce que je viens de relever mais on verra bien car, c'est à l'œuvre qu'on reconnaît l'artisan. En outre, il me paraît illusoire de parler de réussite sans véritable rupture, sans véritable changement de cap, de vision, de système et ce, quelle que soit la qualité des hommes. Saint Exupéry l'a dit, le plus important n'est ni l'arc, ni la flèche, ni la cible. C'est la trajectoire.

Le nouveau parti le MCR appelle à votre candidature pour 2020. N’est-ce pas là une preuve que vous êtes derrière la création de ce parti ?

La création du MCR n'est l'œuvre ni de moi ni d'un individu particulier. Elle est l'œuvre d'un groupe de jeunes audacieux  qui ont décidé de s'affirmer et de s'assumer face aux enjeux et défis nouveaux de leur environnement  au lieu de gémir sans agir. Il a pris conscience  qu'il lui appartient lui-même de dessiner les contours de ses rêves au lieu de le laisser aux mains d'une certaine classe politique à bout de souffle, en crise d'imagination et d'inspiration.

Dans tous les cas, serez-vous candidat à la présidentielle de 2020 ?

Je mesure l'honneur qui m'est fait à travers l'appel à ma candidature par les jeunes et femmes du Mouvement. Mais comme je l'ai dit lors de la cérémonie de lancement, l'heure n'est pas aux déclarations de candidature au regard de notre contexte très préoccupant. En attendant et en priant  pour que notre pays retrouve la tranquillité et la quiétude, je me donne un temps de réflexion, de consultation et de concertation avec l'ensemble des forces patriotiques de la Nation avant de me prononcer en toute responsabilité.

« Notre armée n'a pas plus besoin de dissertations sur   les solutions à la crise sécuritaire »

Il se susurre que vous allez bientôt démissionner de l’Assemblée nationale. Info ou intox ?

Cela  n'est pas pour l'heure à l'ordre du jour. En venant à l'Assemblée, j'ai un certain nombre d'engagements que j'ai pris avec mes électeurs pendant ma campagne. J'entends, en toute bonne foi, les soumettre à notre Représentation nationale à travers mes prérogatives, comme certaines propositions de loi que j'ai déjà soumises avec le soutien et les conseils avisés de mon groupe parlementaire UPC, des questions orales ou écrites et ma contribution dans les différentes commissions parlementaires. En temps opportun, on fera le point de toutes ces démarches.

Quelles solutions proposez-vous pour faire face à la crise sécuritaire qui menace notre pays dans son existence ?

Notre armée n'a pas plus besoin de dissertations sur   les solutions à la crise sécuritaire mais de concrétisations de celles existantes.

Le problème de nos armées n'est pas l'absence de solutions mais plutôt l'insuffisance dans la mise en œuvre des solutions recommandées. Il y a le forum sur la sécurité qui a proposé des recommandations depuis 2017. Il y a l'Assemblée nationale qui a proposé 14 recommandations en 2018 après une session extraordinaire très approfondie. L'une des recommandations qui mérite une attention, reste le plan d'urgence de soutien aux armées en termes d'effectifs, de motivation et de renseignements.

Comment qualifieriez-vous la crise sécuritaire au Burkina Faso ?

Cette crise est certes un phénomène mondial, mais reste une gangrène grave dans notre Etat, à extirper très vite.

Quel regard portez-vous sur les dernières mesures prises par le chef d’état-major général des armées ?

J'avoue que j'apparais très mal placé pour apprécier des mesures strictement militaires prises par la haute hiérarchie de l'armée. Je souhaite simplement qu'elles s'inscrivent dans une volonté d'insuffler à nos forces plus de puissance et d'efficacité.

D’aucuns estiment que pour venir à bout du terrorisme, il faut libérer les généraux jugés actuellement pour leur implication dans le putsch manqué de 2015. Qu’en dites-vous ?

A l'exception des prophètes révélés par les Ecritures saintes, je ne crois pas en la théorie des hommes providentiels.

Le Burkina Faso assure désormais la présidence du G5 Sahel. Qu’attendez-vous de cette présidence ?

Je n'attends rien d'extraordinaire de cette présidence dès lors que le destin de cette organisation reste tributaire de la générosité de l'extérieur avec près de 400 millions d'euros attendus. Pour moi, la question sécuritaire est une haute question de souveraineté et devrait reposer sur une réflexion stratégique prenant en compte cette dimension.

Après le drame de Yirgou, on assiste à une guerre des chiffres entre le gouvernement et le collectif contre l’impunité. Quel commentaire cela vous inspire-t-il ?

Je voudrais tout d'abord m'incliner devant la mémoire de toutes les victimes sans exception de ce drame de Yirgou, assassinées ou massacrées lâchement. Ce drame n'est pas celui d'une communauté. Il est celui de toute une nation  blessée dans sa cohésion sociale et son vivre- ensemble. Cette blessure doit être en urgence soignée pour ne pas se muer en une gangrène suicidaire.  Les chiffres, au regard  des écarts troublants, imposent diligemment un impératif de lumière, de vérité et de justice pour que plus jamais au Faso, on ne revive de tels cauchemars.

Plus d’un mois après ce drame, on n’a enregistré aucune arrestation. Croyez-vous en la promesse faite par le chef de l’Etat que ce crime ne restera pas impuni ?

Cela intrigue qu'il n'y ait jusque-là aucune arrestation mais nous devrions, pour l'heure, faire confiance à notre Justice qui joue, une fois de plus, toute sa crédibilité en cette ère post- insurrectionnelle. Au-delà de la promesse du Chef de l'Etat, c'est l'avenir de notre cohésion sociale qui est en jeu et notre institution judiciaire aurait intérêt à ne pas se dérober de sa noble mission devant l'histoire si elle ne veut pas porter pour longtemps les stigmates d'un discrédit indigne.

Interview réalisée par Lonsani SANOGO

 

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6 commentaires

  1. #Justice4yirgou
    #TahirouBarry
    Je voudrais tout d’abord m’incliner devant la mémoire de toutes les victimes sans exception de ce drame de Yirgou, assassinées ou massacrées lâchement. Ce drame n’est pas celui d’une communauté. Il est celui de toute une nation blessée dans sa cohésion sociale et son vivre- ensemble. Cette blessure doit être en urgence soignée pour ne pas se muer en une gangrène suicidaire. Les chiffres, au regard des écarts troublants, imposent diligemment un impératif de lumière, de vérité et de justice pour que plus jamais au Faso, on ne revive de tels cauchemars.

  2. Bonne analyse! Voici un jeune qui a de l’avenir. Il a une bonne approche des questions de gouvernance avec des solutions pertinentes. Dommage que la vieille classe politique totalement dépassée et embourbée ne songe à assurer la relève.
    Le pays a besoin de refonder sa gouvernance qui est entrain de sombrer.

  3. Merci beaucoup M. Barry pour cette franchise!
    Le pays a vraiment besoin d’un homme franc, audacieux et qui a une vision.
    C’est dommage que beaucoup de burkinabè soient encore attachés à l’hypocrisie et au mensonge.

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