TALON EN FRANCE POUR LA RESTITUTION DE BIENS CULTURELS A L’AFRIQUE : Relever à présent le défi de la conservation

TALON EN FRANCE POUR LA RESTITUTION DE BIENS CULTURELS A L’AFRIQUE : Relever à présent le défi de la conservation

Une fois n’est pas coutume. La culture est au cœur de la visite d’un chef d’Etat africain dans l’Hexagone. Il s’agit du président béninois, Patrice Talon, reçu hier, 5 mars, à l’Elysée par le locataire des lieux, Emmanuel Macron. Une visite présidentielle en lien direct avec la question de la restitution des biens culturels à l’Afrique, promise par le président français trois mois plus tôt à Ouagadougou, lors d’une visite officielle au cours de laquelle il s’était adressé aux Africains sur le campus de l’université de Ouagadougou. A l’occasion, Emmanuel Macron avait pris l’engagement de travailler à la restitution aux Africains, de cette partie de leur patrimoine culturel qui a traversé les océans pour se retrouver sur le vieux continent. A priori, il ne s’agit pas de biens culturels africains qui se sont retrouvés en Europe en toute légalité, mais de toute cette partie qui a fait l’objet de vol ou de pillage colonial.

L’engagement du président français à rendre aux Africains cette partie de leur histoire est à saluer

Selon certaines sources, c’est à la faveur de la révolution industrielle que de nombreux Européens, à la recherche de matières premières pour les usines, se retrouvèrent à collecter beaucoup de ces objets pour les envoyer en Europe. Parmi eux, on compte des explorateurs, des commerçants, mais aussi des missionnaires et des administrateurs coloniaux. Par la suite, l’on assistera à un véritable pillage organisé de ces objets dont beaucoup se sont retrouvés dans des musées en Europe ou aux Etats-Unis par des chemins détournés. Selon les témoignages de certains spécialistes, certains furent volés de musées nationaux africains, d’autres d’universités ou directement de villages quand ce ne furent pas de sites archéologiques. Ainsi, des masques, des figures en terre cuite, des statuettes, etc.,  ont pris la destination de l’Occident, dans des circuits non conventionnels. Même après les indépendances, des objets ont continué à quitter l’Afrique par le canal de valises diplomatiques, de cadeaux faits à des officiels européens en visite en Afrique, entre autres. Au Burkina Faso, l’on se rappelle encore la disparition, en 1990, de la statuette sacrée de la fertilité, Mamio, à Pobé-Mengao, avant d’être restituée 10 ans plus tard au pays des Hommes intègres, après avoir transité par l’Europe. C’est pourquoi cet engagement du président français à rendre aux Africains cette partie de leur histoire qui leur  revient de droit, est à saluer. Toutefois,  cela peut paraître plus facile à dire qu’à faire, car Dieu seul sait la quantité exacte de ces objets dont l’Afrique a fait l’objet de spoliation. Reste aussi  à savoir si les dirigeants africains eux-mêmes  sauront mesurer la portée de ce geste et montrer suffisamment d’intérêt et d’engagement pour le rapatriement de ces biens culturels. Car, si l’on a souvent crié haut et fort que l’une des plus grandes richesses de l’Afrique, c’est sa culture, l’on a malheureusement parfois le sentiment que le secteur de la culture ne fait pas partie des priorités de bien des dirigeants.  Pour s’en convaincre, il suffit de voir la place qu’occupe la culture dans les budgets nationaux où, bien généralement, il ne lui est réservé que la portion congrue. C’est dire si au contraire de la France qui montre des dispositions à ce que les Africains rentrent dans leurs droits, il n’est pas évident que la motivation des dirigeants africains à faire véritablement bouger les lignes dans le sens du rapatriement de ces biens culturels, sera grande.

Nombre de ces objets culturels africains sont liés à la vie des peuples qui les fabriquent et les utilisent

C’est pourquoi le déplacement à l’Elysée du président béninois, Patrice Talon, avec un tel sujet au centre des débats, est suffisamment rare pour être souligné. Car, généralement, ce sont les sujets politiques et économiques qui tiennent le haut du pavé de ces visites de haut niveau. A tout le moins, cela montre l’importance que l’homme accorde à cette cause de laquelle son pays pourrait tirer bien des dividendes. Une telle disposition d’esprit du premier des Béninois est d’autant plus à saluer qu’il n’est pas exclu qu’ailleurs, sur le continent, le déplacement d’un chef d’Etat pour une telle cause, fasse rigoler si cela ne donne pas lieu à des quolibets ou autres critiques acerbes dans certains milieux. En tout cas, le constat est que l’annonce, par le président français, de la restitution de ces biens culturels n’a pas créé un enthousiasme particulier chez les dirigeants africains. Est-ce ceci qui explique cela ? Quoi qu’il en soit, il y a d’ores et déjà lieu de croire que le retour de ces biens culturels en Afrique, ne sera pas sans conséquences pour les Etats africains qui se devront de relever le défi de leur conservation. Quand on voit tout le soin que les gens mettent outre-Atlantique dans l’entretien de ces biens culturels, en Afrique, c’est un combat qui est loin d’être gagné à l’avance. Il faut déjà se féliciter que ces biens culturels aient été aussi bien entretenus jusqu’à ce jour. Il revient donc aux pays africains comme le Bénin qui est indéniablement un vivier culturel, qui feront leur le combat du retour de ces biens culturels sur la terre de leurs ancêtres, de se montrer à la hauteur du défi de leur conservation. C’est à ce prix que nous pourrons montrer à la face du monde,  tout notre attachement à ces objets qui sont en réalité une partie de notre âme, de notre histoire et qui n’auraient jamais dû être retirés de leur milieu. Car, si jusqu’à un passé encore récent, l’Afrique était considérée par les Occidentaux comme un continent sans passé et sans histoire artistique, ces biens culturels sont la preuve vivante de cette histoire que d’aucuns voulaient dénier à un continent pourtant fortement attaché à ses racines. En effet, au-delà de leur expression esthétique, nombre de ces objets culturels africains sont liés à la vie des peuples qui les fabriquent et les utilisent parce qu’ils y jouent une certaine fonction sociale. Ce serait donc un juste retour des choses que ces objets soient ramenés dans leur milieu naturel.

« Le Pays »

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