TENSION ENTRE L’ONU ET KINSHASA A PROPOS DE LA MONUSCO

TENSION ENTRE L’ONU ET KINSHASA A PROPOS DE LA MONUSCO

 Kabila déterminé à organiser une élection présidentielle fermée

La tension ne semble pas retombée entre l’ONU et le gouvernement congolais à propos de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO) contre laquelle Joseph Kabila est désormais en croisade.  Les faits parlent d’eux-mêmes : juste avant l’arrivée de l’homme fort de Kinshasa à New York dans le cadre de la 73e Assemblée générale de l’ONU qui vient de clore ses travaux, du matériel destiné à des contingents de Casques bleus (le bataillon indonésien « de déploiement rapide ») a été bloqué par l’administration congolaise. Kinshasa aurait même menacé d’aller plus loin en faisant obstacle à l’arrivée de toute la logistique destinée à tous les nouveaux contingents de la MONUSCO.  Si le pouvoir congolais semblait être revenu à de meilleurs sentiments quelques heures plus tard, à travers la voix du ministre des Affaires étrangères, qui assurait que ces nouveaux bataillons pourraient désormais travailler avec leur équipement, il serait prématuré de dire que « l’incident », selon le terme du gouvernement, est clos.

L’obstination de Kabila à obtenir le départ de la MONUSCO n’est pas étrangère à la perspective des élections de décembre prochain

Quel crédit, en effet, donner à ces propos quand ils surviennent à quelques jours de l’arrivée des membres du Conseil de sécurité en RDC, prévue pour le 5 octobre prochain ? En tous les cas, l’organisation onusienne ne doit pas se faire d’illusion : Kabila usera de tous les moyens pour bouter ses troupes hors de sa République bananière !  Par cet incident, il a annoncé la couleur. Et ce ne sera certainement pas sa dernière salve ! Déterminé qu’il est, il ira jusqu’au bout. Du haut de la tribune des Nations unies, il a craché à la face du monde, que de Casques bleus dans son pays, il n’en veut pas. Reste que l’ONU ne semble pas vouloir se plier à sa volonté puisque, récemment, le Conseil de sécurité renouvelait, pour un an, le mandat de la MONUSCO. Ce mandat qui devrait acter le renforcement du rôle des seize mille Casques bleus déployés dans le pays, n’est certainement pas du goût de l’occupant du Palais de Marbre. Et la mission qui leur a été assignée, celle « d’assurer la protection des civils congolais et d’appuyer le processus électoral jusqu’au scrutin prévu pour le 23 décembre 2018 », a été, sans aucun doute, la provocation de trop pour le grand chef bantou.  Les sentiments de ce dernier peuvent du reste se mesurer à l’aune de la réaction de l’ambassadeur congolais à l’ONU, selon qui « l’ONU se trompait de priorité ». Dont acte !

En tous les cas, l’obstination de Kabila à obtenir le départ de la MONUSCO n’est pas étrangère à la perspective des élections de décembre prochain.  Il l’a lui-même martelé : il ne veut pas de présence d’observateurs étrangers à ces élections. Bien que ce ne soit pas sa mission ni son rôle de poster ses hommes devant les bureaux de vote, la MONUSCO peut être un témoin gênant pour Kabila, à l’occasion du scrutin à venir. Et la présence de la Mission sur le territoire congolais, pourrait contrarier les plans de Kabila qui veut un scrutin à huis clos, loin des regards indiscrets. Décidé à parvenir à ses fins, on peut être sûr qu’il ne lâchera rien.  Mais jusqu’où ira-t-il dans ce bras de fer engagé avec l’ONU ? En sortira-t-il vainqueur ?   Une chose est sûre : une victoire de Kabila ne fera pas le bonheur du peuple congolais. Car cet homme ne veut pas le bien de la RDC. Il est plutôt accroché au sien et est incapable de s’élever au-dessus de son « moi » insatiable.

La MONUSCO constitue une menace à son plan de retour au pouvoir

Sinon, comment comprendre qu’il tienne coûte que coûte au départ immédiat des troupes onusiennes quand celles-ci peuvent être d’un précieux apport par leur mission de protection des civils congolais et de sécurisation du scrutin ? Les élections en Afrique étant toujours sources de tensions et d’incertitudes, le renforcement de la MONUSCO devrait plutôt être bien accueilli par le pouvoir de Kinshasa. Il devrait s’en réjouir. Comparaison n’est pas raison, mais le Rwanda n’a pas eu cette chance, lui qui, on s’en souvient, avait reproché à l’ONU de n’avoir pas su anticiper le génocide en y déployant ses troupes.   En tous les cas, est-ce la solution que de demander le départ des troupes onusiennes en RDC ?  Dans ce pays-continent qu’est la RDC, Kinshasa peut-elle combler le vide qu’un éventuel départ de la MONUSCO viendrait subitement à laisser ? Rien n’est moins sûr. On peut même soutenir le contraire.   Car, il faut craindre en effet le pire, une fois que Kabila sera assuré de pouvoir dérouler ses plans comme il l’entend.   Le refus du maître de Kinshasa de voir la présence de la MONUSCO sur son sol peut être motivé par deux raisons : il a peur que la présence de l’ONU, à travers la MONUSCO, constitue une menace à son plan de retour au pouvoir. Aussi, plusieurs rapports de l’institution onusienne ont épinglé le pouvoir congolais dans ses nombreuses et graves atteintes aux droits de l’Homme.  La MONUSCO qui, d’une certaine façon, est l’œil et l’oreille de l’ONU, n’est pas un allié, loin s’en faut. Et comme tel, il faut, à tout prix, s’en débarrasser.

« Le Pays »

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