TEODORIN OBIANG DEVANT LA JUSTICE FRANÇAISE POUR « BIENS MAL ACQUIS » : Un procès pour l’exemple !

TEODORIN OBIANG DEVANT LA JUSTICE FRANÇAISE POUR « BIENS MAL ACQUIS » : Un procès pour l’exemple !

Comme prévu, hier 20 juin 2017, s’est ouvert  le procès de Teodorin Obiang Nguema, du nom d’un des fils du président de Guinée équatoriale, poursuivi devant le tribunal correctionnel de Paris pour  « blanchiment d’abus de biens sociaux », « détournement de fonds publics », « abus de confiance » et « corruption ». Après un premier report à la demande des avocats de la défense en début janvier dernier, ce procès dit des "biens mal acquis" devrait permettre au mis en cause de justifier ses investissements et dépenses colossaux en France estimés à 110 millions d’euros soit plus de 72 milliards de F CFA sur la période de 2005 à 2011. Mais comme il fallait s’y attendre, cette première audience, sans l’accusé, a été marquée par la bataille procédurale. La défense voulant, encore, un nouveau report tout en relevant des exceptions de nullités. Le tribunal correctionnel refusant d’accéder à la demande de report, il faut peut-être s’attendre au débat de fond le 21 juin prochain, à la reprise. En attendant, pour Transparency International, Sherpa, Survie et la Fédération des Congolais de la diaspora contre des chefs d'Etat africains,  les organisations de la société civile de lutte contre la corruption à l’origine de la plainte depuis 2007, Teodorin Obiang Nguema, par ailleurs vice-président de la Guinée équatoriale, menait une vie de nabab lors de ses séjours en Hexagone avec un faible pour les voitures de luxe (Bentley, Lamborghini, Rolls-Royce, Maserati, Bugatti, etc.), et un goût immodéré pour les créations de luxe (109 lots de la collection Yves Saint Laurent et Pierre Bergé acquis à plus de 18 millions d’euros en 2009). Teodorin, c’était aussi le prince dépensier dans les palaces pour ne pas dire dans l’immobilier, avec l’acquisition d’un appartement bourgeois d’une centaine de pièces. Coût : 25 millions d’euros soit près de 17 milliards de F CFA. Autant de frasques qui ne pouvaient que susciter des soupçons sur le pouvoir d’achat démesuré d’une personnalité d’un pays pétrolier dont une grande partie de la population croupit sous le poids de la pauvreté.

C’est dire qu’en décidant d’ester en justice pour que le fils du chef de l’Etat équato-guinéen justifie l’origine de cette fortune extravagante qui lui a permis de mener une telle vie de cocagne sur le sol français, Transparency International et Sherpa font œuvre utile pour le peuple équato-guinéen qui a vu ainsi les ressources du pays gaspillées par les princes qui le gouvernent. Au-delà, l’ouverture du procès du vice-président Teodorin Obiang doit contenter tous ceux qui prônent la justice sociale ou qui rêvent d’un monde plus juste et plus équitable. Sans préjuger de l’issue de ce procès et tout en le souhaitant équitable, il faut dire qu’il demeure un procès pour l’exemple. Déjà que les autorités équato-guinéennes commencent à crier à la cabale tout en dénonçant une atteinte à la souveraineté de leur pays que de vouloir juger leur vice-président, il appartient à la justice française de fermer hermétiquement les portes du prétoire afin d’éviter que les interférences politico-diplomatiques amènent la montagne à accoucher d’une souris. Sans doute que les Africains auront les yeux rivés sur ce procès dont le caractère pédagogique pourrait dissuader d’autres dirigeants susceptibles de s’adonner au pillage des fonds publics au détriment de leurs populations.

Ces "kleptocrates" qui nous gouvernent

Si tant est que le pouvoir équato-guinéen est dans la logique du déni depuis le début de cette affaire, il revient à Teodorin Obiang Nguema, qui n’aurait officiellement comme revenu annuel qu’environ 40 millions de F CFA en tant que ministre au moment des faits, d’apporter aux juges des éléments qui attestent la source légale des biens acquis en France. A défaut, il doit rendre gorge. Et ce ne serait que rendre justice aux Equato-guinéens qui ne sont d’ailleurs pas les seuls en Afrique à souffrir le martyre. Nombre de pays sur le continent ont comme dirigeants des "kleptocrates", c’est-à-dire des gouvernants qui ne font qu’enfoncer leurs peuples dans la misère en les spoliant. Au Gabon d’Ali Bongo, au Congo de Denis Sassou Nguesso en passant par le  Cameroun de Paul Biya, sans oublier  l’Angola de José Eduardo dos Santos, pour ne citer que ces exemples, le pillage des ressources est un mode de gouvernance. Alors que les crises financière, alimentaire, économique et sociale aggravent durement les souffrances endurées par leurs populations, il n’est donc pas acceptable de fermer les yeux sur ces supposées spoliations. Dans tous les cas, « bien mal acquis ne profite guère », préviennent les saintes Ecritures.

Drissa TRAORE

 

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