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TRAFIC DE PEAUX ET DE CUIRS : L’âne en danger dans la Kossi

TRAFIC DE PEAUX ET DE CUIRS : L’âne en danger dans la Kossi

L’âne est l’un des animaux domestiques les plus utiles à l’homme. Cet ami fidèle depuis des siècles, à pelage gris, noir, roux et blanc, aux longues oreilles, demeure irremplaçable de par son service rendu. En effet, depuis l’antiquité, l’âne était utilisé pour effectuer de longs voyages et dans les échanges commerciaux. C’est un véritable moyen de transport. Cet animal infatigable aide le paysan dans ses travaux champêtres par le trait de la charrue et de la charrette. En ville comme à la campagne, il est très rare de voir une concession sans âne. Mais dans la Kossi, l’homme a décidé d’en finir avec son « aide ».

 

Nous étions à la gare routière de Nouna. Sur les lieux, un apprenti nous confia dans l’anonymat que les cuirs d’animaux que nous apercevions provenaient de Djibasso et de Madouba. Des peaux étaient, selon les témoignages, stockées en grandes quantités dans ces localités avant d’être acheminées à la gare routière de Nouna. Le transport se fait chaque jeudi ou vendredi ; le convoi final a lieu le samedi en direction de la capitale, Ouagadougou. Très coopératif, notre interlocuteur me pria de revenir les jours cités et conclut: « si rien n’est fait effectivement, les ânes vont disparaitre, puisqu’actuellement, ils sont tués pour leurs peaux et non pour leur viande. C’est très méchant. Cet animal, compagnon fidèle de l’homme, ne mérite pas d’être remercié de cette façon au regard du bon service qu’il nous rend. Cette mauvaise attitude montre le degré d’immoralité de ceux qui font cette pratique dégradante ». Et un vendredi soir autour de 18h, nous voilà repartis dans l’enceinte de la gare sous le hall d’attente des passagers. Sur les lieux, le constat était encore macabre. Une odeur nauséabonde à vous couper le souffle, indisposait les usagers. De loin, notre guide, l’apprenti en question, nous interpela : « Vos peaux sont venues, mais ce n’est pas beaucoup comme d’habitude. Ce qui est là peut vous servir ». Pendant que nous nous arrangions pour prendre les photos, un fonctionnaire qui a quitté Djibasso pour Ouagadougou, vint vers nous pour s’enquérir de la situation. Il objecta : « Je n’en veux pas à ceux qui font cette pratique, mais plutôt aux autorités. Si certains animaux sauvages tels que l’éléphant, l’hippopotame, le guépard, le crocodile, le lion et l’hyène sont protégés parce qu’ils sont menacés, c’est à elles de faire autant pour condamner une telle pratique. Sinon, dans les pays développés comme la France, aucun individu ne peut abattre son animal sous prétexte qu’il lui appartient. Il faut demander une autorisation d’abattage auprès du service des ressources animales. La stratégie consiste à tuer l’animal innocent, le dépouiller et embuer la peau fraîche avec de la cendre ou du sable avant de procéder à sa vente, d’où cette puanteur. Ils font du mal aux pauvres paysans qui vont en pâtir ». Vous l’aurez deviné, le sort des ânes dans cette partie du pays heurte la sensibilité de certains citoyens.

Ainsi va la vie de l’âne dans la Kossi

 

Dans la Kossi, l’âne est une espèce menacée par un trafic de peaux depuis mai 2015. Tout semble être parti de Djibasso, une localité de la Kossi où un Chinois qui y séjourne aurait lancé une opération de collecte de peaux d’âne. Ce dernier qui opère, illicitement, selon certains habitants de la zone, a pris le soin de mobiliser des « collectionneurs » locaux de cuirs qui se promènent de village en village pour les acheter. Conséquence, il y a une ruée vers la collecte des peaux de cet animal, « aide » de l’Homme, créant une inflation sur les marchés. Tenez-vous bien, le prix unitaire d’une peau d’âne varie de 17 500F à 40 000 F CFA. Quelle est la destination de ces peaux ? Ou du moins, qu’en fait-on ? Ces questions, personne ne s’en préoccupe, en apparence. La preuve est que les opérateurs ne savent pas les réelles motivations de la collecte de ce cuir par le Chinois. « En toute sincérité, je n’ai pas connaissance de cela ; les Chinois mangent les mouches, ce ne sont pas les peaux d’âne qu’ils vont négliger. Il faut ajouter qu’avec ces cuirs, ils fabriquent des sacs, des chaussures et bien d’autres objets », a supposé un de nos interlocuteurs.

Tombodougou, un village Bwaba situé à 20 km au Nord dans la commune urbaine de Nouna. Là, nous avons rencontré un célèbre boucher qui vit de son métier depuis plusieurs années. Parfait Zoumbara, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a confirmé que le trafic des cuirs d’âne est une réalité implacable. D’abord, comment est-il entré dans le commerce des ânes ? Zoumbara nous a expliqué : « Il y a bien longtemps, ma spécialité était la boucherie des cochons, mais, les maladies porcines ont presque ravagé ces derniers qui sont devenus de plus en plus rares ; même si nous en trouvons, c’est cher et les clients se plaignent. C’est pour satisfaire la demande de la clientèle que nous avons commencé à vendre la viande d’âne. Aussi, il ne faut pas ignorer que la viande d’âne soigne le diabète, la faiblesse sexuelle et d’autres maladies. Au jour où nous sommes, je m’en tire à bon compte, étant donné que j’arrive à nourrir, habiller, soigner ma famille et surtout à assurer la scolarité de ma progéniture. Chaque samedi, dimanche ou lundi, je peux tuer deux ou trois ânes et d’ici le soir, rien ne reste ». Il a ajouté qu’il a reçu l’information « qu’un Chinois était à la base d’une telle collecte des cuirs d’âne et actuellement la demande va croissant ».

Le prix unitaire de la peau d’âne dépasse celui de la viande de l’animal en question, et cela dépend d’ailleurs de la localité. Parfait Zoumbara, par exemple, achète le cuir entre 17 500 F et 20 000 F pour le revendre à 30 000 F. Mais, parce que la vente des peaux est devenue une activité très lucrative, les clients vendent leurs ânes avec une garantie de repartir avec la peau. C’est une condition non négociable pour la cession de l’âne.

Autre impact du trafic : les vols

 

La forte demande des peaux peut avoir des conséquences sur l’existence des ânes dans la zone. « Les ânes peuvent disparaître du jour au lendemain comme les poules et les cochons dont je viens de faire cas. Aussi, il faut retenir que certains clients peuvent ne pas être de bonne foi, surtout avec la flambée du prix des peaux, c’est fort probable que des voleurs s’infiltrent pour en faire leur pain bénit ». Simples coïncidences ou faits de hasard, les vols d’ânes se sont accrus dans cette localité. Dans la même veine, Sidibé Boukary, élève-maître stagiaire, nous témoigne « qu’à Barani, le vol d’âne est devenu récurrent », et Salomon Traoré, cultivateur à Tombodougou dit qu’il vient de perdre ses trois ânes. Quant à Hubert Traoré, natif de Bomborokuy, il nous signifie que chez eux, « la situation est très alarmante dans la mesure où le client et le boucher marchandent d’abord sur la viande de l’animal vivant en mettant d’office de côté la peau pour le propriétaire qui ira la vendre à raison de 30 000 F ». Un ressortissant de Djibasso nous a fait savoir également que « les voleurs dépiècent les ânes en brousse, transportent les bonnes parties de la viande et la peau, et délaissent la carcasse sur les lieux. Pour éviter tout risque, les habitants sont obligés de faire un enclos pour attacher leurs ânes à la maison ».

Avec cette situation, il faut craindre pour les ânes, et leurs maîtres aussi. Que seront ces malheureux paysans avec leurs outils agricoles tels que la charrue et la charrette sans âne ? Question cruciale. « On n’a pas besoin d’avoir une longue vie pour répondre à cette question. En tout cas, si rien n’est fait pour sauver le compagnon fidèle de l’homme parce qu’on lui en veut à cause de sa peau, cette espèce est condamnée à disparaître au grand regret de ces derniers », conclut un citoyen dépité.

En savoir plus sur cet animal

L’âne, qui a pour nom scientifique Equus asinus ou Equus africanus asinus, est une espèce de mammifère herbivore non ruminant et ongulé, appartenant à la famille des équidés. Souvent comparé au cheval, l’âne, possède pourtant des caractéristiques morphologiques propres qui le différencient clairement de son cousin, ses longues oreilles étant son attribut le plus facilement identifiable. Ces dernières lui offrent une ouïe particulièrement fine, qui, complétée par un large champ de vision et un odorat fort développé, lui permettent une bonne perception du monde qui l’entoure. Les paysans les plus pauvres le préfèrent, en effet, au cheval car il se contente de peu sur le plan alimentaire, d’où son surnom de « cheval du pauvre ». Injustement décrit comme « bête » et « têtu», l’âne a très tôt été utilisé comme symbole. On trouve sa présence dans les mythes, les légendes, les religions et toutes les formes d’art. S’il personnifie la bêtise, la débauche et l’entêtement, c’est également un exemple d’humilité, d’endurance et de patience.

Madi KEBRE

(Correspondant)

 

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2 Commentaires

  1. SOMBIE Irène

    Merci pour cet article qui aborde une question très préoccupante.

    Je suis allée rendre visite à une amie dans le quartier Somgandé et là j’ai constaté une odeur nauséabonde qui se dégageait dans les environs. Suite à ma curiosité, j’ai été informé que les deux minis villas non loin du domicile de mon ami était habité par des chinois qui s’adonnaient à cette activité de d’achat de peaux d’ânes. Un autre jour de passage la bas, je suis tombée sur une livraison et c’est avec stupeur que j’ai noté qu’une grande quantité de peaux était stockée dans les villas.

    J’ai donc questionné les personnes environnantes et ils m’ont informé que selon les dires, cette collecte de peaux d’ânes a pour objectif plus tard de créer un marché pour les tricycles qu’ils fabriques. Lorsque nous aurions abattu une bonne partie de nos ânes que nous utilisons aussi comme moyen de transport surtout d’effets, briques, etc. nous serions obligés d’acheter des tricycles.

    Quelque soit la raison qui motive chinois à acheter les peaux d’ânes, il faut que cela cesse. Ces animaux sont d’une grande utilité comme vous l’avez mentionné dans votre article.

    Merci.

    Nos autorités sont donc interpellé.

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