A la uneLignes de mire

UN DJIHADISTE MALIEN DEVANT LA CPI

Un procès qui n’avait que trop tardé

Remis en avril 2018 par les autorités maliennes à la Cour pénale internationale (CPI), Abdoul Aziz Ag Mohamed Ag Mahmoud alias Al Hassan, du nom de ce tristement célèbre commissaire de la police islamique de Tombouctou sous l’ère djihadiste d’Ansar dine, en 2012, a comparu de nouveau, le 8 septembre  dernier, devant la Justice internationale pour répondre de crimes de guerre et crimes contre l’humanité, viols et esclavage sexuel commis dans le contexte de mariages forcés et destruction de mausolées. Ce procès fait suite à un autre qui avait abouti à la condamnation, en 2016, d’un autre djihadiste malien, Ahmad Al Faqi Al Mahdi, à 9 ans de prison pour avoir pris part, en 2012, à la démolition de mausolées protégés à Tombouctou, un site inscrit par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), au patrimoine mondial de l’humanité. En cela, ce jugement est déjà porteur d’espoirs et cela avant même que le verdict ne soit connu.

C’est toute la communauté humaine qui retrouve des raisons d’espérer

De ce point de vue, l’on peut dire que l’ouverture du procès s’est même faite trop attendre pour cet ingénieur du mal qui, selon de nombreux témoignages, a joué un rôle de premier plan dans le calvaire subi par les habitants de la « ville aux 333 saints ». L’on garde tous, en effet, en mémoire les scènes moyenâgeuses de l’application de la charia avec son lot de châtiments et de mutilations corporels sur fond de lapidations à mort. Tout aussi vivaces sont les images des tombeaux des saints de la ville s’effondrant les uns après les autres sous les coups de houes et de burins des miliciens fanatisés d’Ansar Dine. Mais aussi tardive qu’elle soit, cette comparution d’un des bourreaux de la population de la ville de Tombouctou en 2012, est à acclamer. Et pour cause. D’abord, elle vient mettre du baume au cœur des victimes et des parents des victimes qui, en plus d’avoir assisté impuissants à leur propre martyre ou au supplice d’un des leurs, continuent de traîner ou de gérer les séquelles physiques, psychiques, sociales et économiques de cette barbarie qui s’était abattue sur le Nord-Mali. Elle est aussi un signe d’espoir pour la Nation malienne tout entière dont la situation socio-politique et économique marquée aujourd’hui par une précarité sans précédent, reste largement tributaire de l’ordre suranné que les groupes djihadistes tentent d’imposer au Mali depuis l’éphémère succès du Mouvement pour le djihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) et de Ansar dine en 2012. Au-delà du Mali, c’est toute la communauté humaine meurtrie par les agissements des djihadistes au Mali, qui retrouve des raisons d’espérer face à un monde malmené par les marchands de la haine. Mais ce qu’il faut saluer le plus à travers ce procès, c’est surtout sa valeur pédagogique. Il constitue, en effet, un signal fort et un avertissement sans frais pour tous les adeptes des idéologies extrémistes qui continuent, au Mali ou sous d’autres cieux, de répandre la terreur ou à se repaître du sang d’innocentes personnes. Iyad Al Ghali, Amadou Kouffa et tous les autres chefs des Katiba djihadistes dans le Sahel, devraient comprendre, à travers ce procès, que s’ils échappent à l’enfer de la mort par les balles des mitrailleuses ou des bombes, ils devront répondre un jour de leurs actes devant la Justice des hommes avant celle de Dieu.

Les Maliens doivent comprendre que le plus grave danger serait d’aller vers une radicalisation des positions

Toutefois, aussi euphorique que puisse être l’ouverture de ce procès à La Haye pour les partisans de la Justice, comme on aime à le dire, « l’arbre ne doit pas cacher la forêt ». Car, ils sont encore nombreux les djihadistes auteurs de nombreuses tortures et autres exactions sur les populations à échapper encore aux mailles des filets de la Justice, continuant ainsi leur œuvre maléfique à travers la planète, notamment en ses points les plus fragiles sur le plan sécuritaire. Il serait donc plus bénéfique pour les populations qu’à défaut d’alpaguer ces criminels et de les traîner devant les tribunaux internationaux, la solidarité internationale se fasse plus agissante pour les empêcher de répandre leur règne de la terreur comme on le voit en ce moment dans les pays du Sahel. Du reste, ce procès qui s’est ouvert à La Haye, aurait pu avoir un écho plus retentissant si c’était la Justice malienne qui l’avait conduit après qu’Abdoul Aziz Ag Mohamed Ag Mahmoud eut été arrêté par les forces de défense et de sécurité du Mali. Cela dit, l’ouverture du procès du commissaire de la police islamique de Tombouctou devant la CPI, intervient en pleine crise socio-politique au Mali. L’on ne peut s’empêcher donc de se poser la question suivante : quel impact ce procès peut-il avoir sur les événements qui se déroulent au pays de Ibrahim Boubacar Kéita (IBK) quand on sait que l’un des ressorts de la crise est la situation sécuritaire ? Difficile de répondre pour l’instant à cette question mais ce procès vient rappeler à tous ceux qui demandent la démission du président IBK que, contrairement à ce qu’ils disent, il y a des résultats sur le front de la lutte contre l’insécurité. En effet, quand on ajoute au nombre des djihadistes dans les geôles, celui de ceux envoyés ad patres par l’armée malienne, les troupes du G5 et la force Barkhane, l’on ne peut nier le fait que les lignes bougent tout de même. A contrario, l’on peut opposer au camp du pouvoir que la situation serait nettement meilleure si la gouvernance d’IBK était vertueuse. Mais quel que soit le côté où l’on se situe, les Maliens doivent comprendre que le plus grave danger serait d’aller vers une radicalisation des positions. Et c’est peu dire. Car, la solution pour tirer le pays du bourbier, est sous l’arbre à palabres.

« Le Pays »

 

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Bouton retour en haut de la page
Google+
Fermer