VIOLENCES COMMUNAUTAIRES AU MALI

VIOLENCES COMMUNAUTAIRES AU MALI

 Attention à ne pas jouer le jeu des terroristes !

Au Mali, dans le Centre du pays, autour de la localité de Koumaga, dans le cercle de Djeuné, des affrontements meurtriers ont opposé, le 23 juin dernier, les Dogons aux Peuls. Ce qui fait la particularité de ces affrontements communautaires, somme toute assez récurrents sur les rives du fleuve Djoliba, c’est moins le lourd bilan qui s’élève à 32 morts que les mobiles qui ont conduit à déterrer la hache de guerre entre ces deux ethnies qui se sont longuement côtoyées dans l’histoire. En effet, des heurts éclatent régulièrement entre les deux communautés, depuis que se sont multipliées les attaques terroristes. En clair, les Dogons accusent, à tort ou à raison, les Peuls d’être de mèche avec les terroristes. Il n’en fallait pas plus pour que les Peuls, au Mali, y voient des manœuvres ourdies en sous-main par les autorités de Bamako. Mieux, ces derniers avaient manifesté, le 15 mars 2018, leur ras-le-bol face à cette situation. Sans prendre position dans la polémique, l’on peut se risquer à dire que le mobile avancé n’a servi que de prétexte. Car, hormis l’incompatibilité de mode de vie observable entre les deux communautés qu’opposent la religion et les activités socio-économiques, le pays dogon, principale destination touristique au Mali, a vu, du fait de la métastase du terrorisme avec la création de mouvements extrémistes armés conduits par des leaders peuls comme le Front de Libération du Macina de Amadou Kouffa ou l’Alliance pour la Sauvegarde de l’identité peule et la restauration de la justice de Oumar Aldjana, ses revenus fondre comme beurre au soleil. Les affrontements semblaient donc inéluctables et l’on peut déplorer que Bamako n’ait pas pris les devants pour prévenir la menace.

Le terrorisme n’a pas de visage

Cela dit, quelles que soient les motivations de ces violentes altercations, elles font le jeu des terroristes qui font dans  la politique du « diviser pour mieux régner ». Toute ligne de fracture dans la cohésion sociale constitue une lézarde où peuvent se nicher intolérance et violences qui sapent le fondement de l’Etat ; ce qui, in fine, est l’objectif premier des terroristes.  Le délit de faciès qui consiste à assimiler le Peul au terroriste est donc une véritable bombe à retardement que Bamako et les autres capitales de la sous-région se doivent de désamorcer au plus tôt, si l’on ne veut pas assister à une équation ethnique avec tout ce qu’elle pourrait comporter comme conséquences fâcheuses. Cela dit, pour réussir cette mission des plus délicates, les autorités maliennes et par extension celles des autres pays de la sous-région, ne disposent que d’une seule arme : celle de la sensibilisation avec pour principaux acteurs, les autorités coutumières et religieuses. L’objectif est d’amener chaque communauté à avoir de l’ascendant sur ses membres et à les amener à assimiler les sentiments d’appartenance à une même nation et à une même communauté de destin.

Dogons et Peuls doivent donc se rendre à l’évidence que le terrorisme n’a pas de visage et qu’il peut être autant peul que dogon et que c’est en faisant front commun qu’ils peuvent inverser les rôles en terrorisant les terroristes.

« Le Pays »

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Google+