ZINIARE : Une journée au parc animalier de Blaise Compaoré

ZINIARE : Une journée au parc animalier de Blaise Compaoré

Le parc animalier de Ziniaré n’est plus à présenter, tant sa renommée a franchi les frontières nationales. Le 7 janvier 2016, nous avons été dans le parc où vivent encore beaucoup d’animaux que le commun des Burkinabè ne voit que sur un écran de télévision. Comment vivent les animaux du parc après le départ de celui que beaucoup considèrent comme son propriétaire, Blaise Compaoré ? Comment est-il géré ? A Ziniaré, parler du parc animalier laisse circonspect le moindre des citoyens. Les langues ne se délient pas sur ce sujet. Mais nous avons décidé d’en parler. Lisez plutôt !

«Mieux vaut parler aux animaux du parc eux-mêmes pour savoir exactement comment ils vivent, vous n’aurez personne ici pour vous renseigner sur un tel sujet». Ces mots d’une des personnes que nous avons rencontrées en cette matinée du 7 janvier au sujet du Parc animalier de Ziniaré avaient l’air d’une taquinerie de mauvais goût. Assez crus pour être une simple histoire de plaisanterie. Dans tous les cas, nous mesurerons plus tard la portée de ces propos d’un trentenaire qui semblait s’interroger sur nos motivations à vouloir tout savoir sur le parc. Devant un kiosque, à quelques encablures de la grande mosquée blanche, nous approchons trois individus qui nous observaient fixement. A peine avons-nous introduit le sujet que l’un d’eux nous demande pourquoi nous n’allons pas directement au parc situé non loin à l’Est de la ville. Peu après, devant la mairie, nous croisons une jeune dame. C’est curieux, elle est une de nos promos de la « fac » à l’université. Elle travaille dans la zone depuis quelques années, mais elle confie n’avoir pas encore visité le parc animalier. Devant la boutique située juste en face de la mairie, nous suscitons chez un quadragénaire un intérêt à parler du parc, mais les échanges ne durent que le temps d’une salutation. « Vous êtes devant la mairie, rentrez voir le personnel, il va vous donner des renseignements ». Nous sommes à Ziniaré, ville d’origine de l’ex-président déchu du Faso, Blaise Compaoré, et les gens remuent plusieurs fois leur langue dans la bouche avant de prononcer un mot au sujet du Parc animalier de Ziniaré. Le sujet sur le parc animalier n’est pas tabou, mais « en discuter ouvertement avec un journaliste peut vous créer des ennuis », nous confie un interlocuteur sur notre chemin en ville. Direction la mairie de Ziniaré pour nous enquérir des conditions d’accès au parc. Le ticket d’accès fait 500F, notre appareil photo qui sera utilisé au parc est taxé à 2 000 F.

Ces animaux rares du parc animalier

Devant la guérite fortifiée à l’entrée principale du parc animalier, veillent des vigiles dans une ambiance digne de celle d’un campement de gendarmes ou de policiers en mission de surveillance. A peine le visiteur s’approche-t-il à 10 m de ces vigiles qu’un d’entre eux se dresse devant vous. Il était 11h passées, quand nous arrivions au parc ce jour-là. Un des quatre agents de sécurité sur place nous reçoit, contrôle notre identité, vérifie les droits payés à partir des tickets avant de nous autoriser à entrer. Un paysage de forêt clairsemée d’arbustes qui perdent chaque jour leurs feuilles sous l’effet de l’harmattan s’offre d’emblée à notre regard, avec quelques grands arbres par endroits. Le ciel est clément, le soleil tape moins et les animaux sauvages sortent de leurs cachettes.
A l’entrée du parc, les agents veillent avec la vigilance du gendarme. Ecoute attentive des motifs des visites, vérification des identités des visiteurs, détails à donner. Bref, accéder au parc dans le contexte de l’après-Blaise est, par moment, pénible. Devant l’antre blindé des lions entourés de barbelés de grillage, se reposent deux lions qui ne réagissent même pas quand nous les approchons. Inoffensifs ? Pour qui connaît ce félin et ses humeurs, on comprend à quel point la situation de semi-liberté a changé ces bêtes féroces. Tels des chiens au repos, ils réagissent à peine aux mouvements agités du visiteur et regagnent même leur gîte si les gens s’exposent longtemps à leur vue. L’on se demanderait s’ils ne prennent pas parfois conscience du malheureux sort de « rois de la jungle » réduits à vivre comme des animaux domestiques tributaires des Hommes pour toute leur vie. Pour ces rois de la jungle en temps normal, habitués à prélever leur part de nourriture dans la forêt à leur guise, on comprend, à travers le pâle regard des deux félins, combien il est dépitant pour eux de s’accommoder de cette vie dans une aire entourée de barbelés où ils doivent attendre qu’on leur apporte à manger. Ont-ils déjà mangé ce matin? Notre guide se refuse à tout commentaire sur des questions de ce genre. Le ciel est clément en cette fin de matinée, avec peu de soleil. Une hyène efflanquée, esseulée dans son enclos, nous fixe du regard à notre arrivée près du grillage qui l’entoure. Pour un animal connu pour son excès de gourmandise, se retrouver dans un enclos qui limite ses mouvements est bien difficile à supporter! A quelques mètres de l’asile de la hyène solitaire, au moins quatre porcs-épics partagent le même enclos dans lequel sont aménagées deux à trois petites cases. « Cet enclos était celui d’un cobra, mort il y a très longtemps », nous apprend un guide. Les enclos laissés en déshérence par des bêtes mortes au parc animalier sont nombreux. Les pachydermes que sont les hippopotames et les éléphants, malgré leur grande taille, laissent voir des flancs creux, conséquence d’une alimentation insuffisante. Les hippopotames disposent d’une « piscine animale» et sortent très souvent de l’eau pour tourner dans le périmètre carré qui leur est aménagé, à la recherche de nourriture. Ils partagent leur eau avec un caïman qui en sort aussi souvent pour s’exposer à l’air libre. Devant les hippopotames, la main levée d’un ancien guide est assimilée à un apport de nourriture par l’herbivore qui ouvre à 150° sa grande gueule contenant de longues canines, signe que la bête est affamée. Pour des herbivores, dangereux de nature, qui, en temps normal, vont brouter, isolément, près de 40kg de fourrage chacun sur la terre ferme, on imagine comment en ce début d’harmattan, les propriétaires du parc arrivent à trouver la quantité minimum d’aliments pour les quatre hippopotames qui vivent reclus dans leur enclos, ainsi que la quantité de végétaux nécessaires aux éléphants.

Les frugivores et carnivores s’adaptent comme les pachydermes

Dans son enclos à l’intérieur duquel sont superposés des paliers, un maigre singe solitaire, un babouin, juché sur une branche, traîne une chair rouge à son anus, signe que le primate est en période de rut, d’après notre guide. Fuyard, agité de nature à la moindre apparition des gens, le primate se laisse aller à de petits bonds dans sa cellule quand on l’approche. Il mesure sans doute tout le tort qui lui est fait en « l’assignant à résidence », obligé qu’il est de se contenter des fruits, des morceaux de viande et des feuilles qui lui sont souvent servis comme aliments. Le sanglier, solitaire dans sa grande loge, à la différence du singe, affronte le visiteur qui l’approche. Il s’est révélé agressif quand nous l’avons approché de plus près pour le photographier. Le seul animal sauvage jouissant de sa liberté de mouvement, aperçu à notre passage au parc, est une autruche, grand oiseau coureur, inapte au vol. Elle vit d’insectes, de fruits et de graines. Cette autruche parcourt le parc une bonne partie de la journée et dans tous les sens pour trouver sa pitance, en plus de celle qui lui est offerte par les gestionnaires. Une malformation congénitale fait d’une chèvre à trois pattes le seul animal domestique qui complète les bêtes sauvages encasernées dans le parc animalier. Quelque cinq grandes tortues dispersées, exposées sous des arbustes à notre passage, se laissent caresser par tout visiteur. Ces tortues sont nourries à l’aide de fruits, d’insectes, de plantes, de légumes ou de charognes. L’alimentation pour les animaux du parc reste le plus grand problème. A vue d’œil, la forme des animaux dans leur ensemble le prouve à souhait.

Que sait la mairie de la gestion du parc animalier ?

Le parc animalier de Ziniaré est-il géré par la mairie de Ziniaré ? Le Directeur des ressources humaines du ministère de l’Environnement et du développement durable nous répond par l’affirmative. Le président de la Délégation spéciale de Ziniaré, le préfet Hamidou Dipama en l’occurrence, nous a pourtant confié que le parc est une propriété privée et ses gestionnaires ne rendent pas compte de sa gestion à la mairie. A la direction de la Forêt et de la faune, cette information est confirmée. « Le parc n’appartient pas à l’Etat et le ministère de l’environnement n’en est pas gestionnaire », nous a confié un agent de ladite direction. Combien de visiteurs le parc peut-il enregistrer par an ? La mairie, ou du moins la Délégation spéciale, n’en a aucune idée. Personne n’a une idée des recettes annuelles du parc ainsi que des dépenses liées à l’alimentation des bêtes qui y vivent. Lorsque survient un problème lié à l’alimentation des animaux, la Délégation spéciale dit approcher les gestionnaires qui se montrent très réservés, très prudents et renvoient systématiquement à « des personnes mieux indiquées » à Ouagadougou. Des personnes mieux indiquées qui ne sont pas connues du commun des Burkinabè. Pour le président de la Délégation spéciale de Ziniaré, il faudra du temps pour comprendre certains aspects de la gestion du parc et ni le temps actuel, ni le mandat de la Délégation spéciale ne permettent d’en savoir plus pour l’heure. En mai 2015, la question des ressources financières pour l’entretien des animaux du parc animalier de Ziniaré a fait l’objet d’une question orale d’une député de la Transition, Drabo Sia Sylvie, adressée au ministre de l’Environnement et des ressources halieutiques d’alors, Saïdou Maïga. D’après ce dernier, la gestion du parc animalier relevait de son propriétaire, Blaise Compaoré, appuyé par la mairie de Ziniaré. La même source précise que les animaux sont nourris aux céréales venant du Sourou, avec des aliments améliorés préparés par le Professeur Séré et les carnivores sont nourris à la viande d’âne. Il n’y a pas longtemps, des agents des services techniques du ministère de l’Environnement et du développement durable nous ont confié que le parc animalier est un domaine privé et c’est après le départ de Blaise Compaoré du pouvoir que les gestionnaires du parc ont approché le ministère dans le but d’améliorer l’alimentation des bêtes qui y vivent. Cette même source mentionne qu’il n’existe aucun protocole d’accord concernant le parc animalier de Ziniaré qui demeure jusque-là la propriété de l’ex-président Blaise Compaoré. Le parc animalier est, aux yeux de beaucoup de Burkinabè, l’un des symboles vivants des artifices d’environ 30 ans de gouvernance de l’ex-président Compaoré. Son absence aujourd’hui, a sans doute des conséquences négatives sur le fonctionnement du parc, comme l’avait soutenu cet interlocuteur qui travaille à Ziniaré depuis une demi-décennie : « pour quelqu’un qui connaissait le parc avant, si tu y vas aujourd’hui, ça saute à l’œil que les bêtes ne mangent pas à leur faim ». Mangeaient-elles toujours vraiment à leur faim ? En tout cas, certaines personnes estiment même que les recettes du parc animalier de Ziniaré ne couvrent pas les dépenses de fonctionnement. Il importe que les services étatiques en charge des faunes se saisissent de la question pour améliorer la gestion de ce pôle économique qui peut beaucoup contribuer au développement local, et partant, au développement du Burkina, s’il est bien géré.

Lonsani SANOGO

 

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1 Commentaire

  1. Jules

    Les 3/4 des animaux du zoo sont morts, à cause du manque de soin et de nourriture. Le zoo est à l’état d’abandon. Un jeune homme nous guide à moto entre des enclos vides, pour trouver les animaux qui sont encore en vie.

    Lorsque l’ancien Président a été destitué, la mairie a récupéré le zoo mais n’a jamais eu les moyens de s’en occuper. Plus personne ne veut de ce zoo.
    Ce sont maintenant de jeunes locaux qui demandent de l’argent aux touristes, qui « s’en occupent » …

    Il reste donc aujourd’hui :
    – 1 singe seul dans une cage au milieu de 4 autres cages ;
    – 2 éléphants rachitiques ;
    – 2 lionnes, dont une avec la queue en sang, coupée.
    – 1 tigre squelettique dans un minuscule enclos

    Je n’ai pas osé aller voir les deux hippopotames …

    Je ne sais pas vers qui me tourner aujourd’hui, mais je ne peux pas rester sans rien faire …
    Dois-je faire une pétition ? Mais contre qui ?
    Quelles associations ont le pouvoir de faire changer les choses ?

    Il faut absolument déplacer ces animaux, où alors ils vont mourir comme tous les autres, dans d’atroces souffrances !

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