PAUL KAGAME A PARIS : Un nouveau pas vers la décrispation
6 245 km séparent Paris de Kigali. S’il est vrai que la distance physique entre les deux capitales, est longue, force est de reconnaître qu’elles sont de plus en plus diplomatiquement très proches l’une de l’autre. Les épais nuages qui assombrissaient leurs relations, se sont dissipés et ce, depuis l’arrivée au pouvoir du président Emmanuel Macron. En effet, c’est ce dernier qui a lancé un « processus mémoriel et de réconciliation » entre son pays et celui de Paul Kagame. Tout a commencé, en effet, avec le rapport de l’historien Vincent Duclert dont les conclusions, on s’en souvient, étaient sans appel. Elles pointaient la responsabilité « accablante » de la France dans le génocide rwandais de 1994. Toute chose qui n’était pas pour déplaire à l’homme mince de Kigali surtout qu’en mai 2021, le président Macron, en visite au mémorial national de Gisozi à Kigali, avait reconnu le rôle joué par la France dans la boucherie humaine qui a marqué l’histoire contemporaine du Rwanda. Et comme s’il voulait davantage se rapprocher de Kigali, Paris a inauguré, le 2 juin 2026, un nouveau mémorial en hommage aux victimes du génocide rwandais. Un nouveau geste mémoriel qui constitue un nouveau pas vers la décrispation entre la France et le Rwanda. Le jeu en valant, ici, la chandelle, on comprend pourquoi le président Kagame n’a pas voulu s’en laisser conter. Il a tenu à faire lui-même, le déplacement de Paris. En tout cas, le président Emmanuel Macron voudrait sceller la réconciliation avec son homologue rwandais qu’il ne s’y prendrait pas autrement. Surtout quand on connaît les efforts qu’a fournis la France en vue de traquer, juger et condamner les génocidaires rwandais sur son sol.
Macron semble engagé dans une opération de séduction des Africains
Le dernier cas en date est celui d’Agathe Habyarimana dont le non-lieu a été annulé par la Cour d’appel de Paris qui, du même coup, a ordonné la reprise de l’instruction. C’est dire si l’ex-première dame du Rwanda doit se faire du mouron. Car, d’un moment à l’autre, elle pourrait être mise en examen par son rôle présumé dans le génocide. Là aussi, on sait que Kigali suit très attentivement l’évolution du dossier ; elle qui, on le sait, souhaiterait voir l’ex-égérie pendue haut et court. En tout cas, tout se passe comme si le président, Emmanuel Macron, avant de s’en aller de l’Elysée, cherche à sauver ce qui peut l’être encore, notamment en soignant l’image mal famée que l’on colle à la France accusée d’ingérences dans les affaires internes des pays africains. On se rappelle, en effet, le vote de la loi portant restitution des œuvres d’art volées ou pillées pendant la colonisation française en Afrique. Toute chose que les uns et les autres ont appréciée à sa juste valeur, même si certains y ont trouvé à redire. Et pas plus tard que la semaine dernière, la France a procédé à l’abrogation du Code noir promulgué aux XVIIe et XVIIIe siècles, et dont l’objectif était de codifier les conditions de vie, le statut juridique et le traitement des esclaves dans les colonies françaises. Quand on sait que la France est en perte de vitesse sur le continent noir, l’on a envie de dire que Macron semble engagé dans une opération de séduction des Africains avant de tourner le dos à l’Elysée. Y parviendra-t-il ? On attend de voir.
Boundi OUOBA
