RAPATRIEMENT DE MIGRANTS D’AFRIQUE DU SUD : Un déshonneur pour la Nation arc-en-ciel
Depuis quelque trois mois, les étrangers sont, de plus en plus, traqués tels des gibiers en Afrique du Sud tant et si bien que des pays comme le Ghana, le Nigeria, le Mozambique, pour ne citer que ceux-là, ont décidé de rapatrier leurs ressortissants victimes d’actes xénophobes. Si ces pays font preuve de responsabilité, on ne peut pas en dire autant pour l’Afrique du Sud. C’est d’autant plus vrai que les autorités de ce pays semblent impuissantes, pour ne pas dire complices de ces violences xénophobes. A preuve, l’Operation dudula, mouvement à l’origine des récentes violences xénophobes, n’est inquiétée ni par l’Exécutif, ni par la Justice sud-africaine. Et comme le dit l’adage, qui ne dit rien consent. Si des villes comme Johannesburg, Pretoria, Durban …sont devenues aujourd’hui des prisons à ciel ouvert pour les migrants, c’est sans nul doute parce que les autorités l’ont voulu. Le simple fait que le gouvernement sud-africain n’ait pas pris à bras-le corps le problème, montre à souhait qu’il s’en soucie comme d’une guigne. On est d’autant plus fondé à le penser que les cas de xénophobie qui ont fait l’objet de poursuites judiciaires, se comptent sur les doigts d’une main. Toujours est-il que l’attitude des autorités sud-africaines est plus que suspecte. De toute évidence, ces rapatriements de migrants constituent un déshonneur pour la Nation arc-en-ciel qui se veut un melting pot. En fait, les Sud-africains semblent avoir la mémoire courte. Ont-ils déjà oublié l’immense soutien dont ils ont bénéficié pendant l’apartheid, de la part de pays africains ? Nelson Mandela devrait se retourner dans sa tombe ; lui qui avait fait de l’intégration africaine, l’un de ses combats.
Si des Sud-africains tirent le diable par la queue, ce n’est pas du fait des étrangers
C’est regrettable que ses héritiers se montrent incapables de chausser ses bottes. Pendant que nombre de pays africains font la promotion de l’intégration africaine en supprimant visas et autres restrictions, l’Afrique du Sud préfère plutôt ramer à contre-courant. C’est vrai que le pays compte 3 millions d’étrangers et fait face à des taux de chômage et de criminalité élevés. Mais ces problèmes sociaux ne sauraient justifier la chasse aux étrangers. Si de nombreux Sud-africains tirent le diable par la queue, ce n’est pas du fait des étrangers. Si des Sud-africains n’ont pas d’emplois, ce n’est pas à cause des étrangers. Le seul responsable de la misère ambiante qui frappe de nombreux foyers sud-africains, n’est autre que celle du gouvernement sud-africain qui gagnerait à mettre fin à ces actes de xénophobie qui auront laissé sur le carreau, des centaines de cadavres, au cours des deux dernières décennies. Cela dit, il faut aussi déplorer le silence coupable de l’Union africaine (UA). Prompte à réagir quand il s’agit des questions politiques, elle reste quasiment muette face à ces actes de xénophobie aux lourdes conséquences. L’organisation continentale est d’autant plus à blâmer que l’une de ses missions est d’œuvrer à l’intégration africaine. Quid des autres organisations internationales ? Tout laisse croire que leur silence complice est dû au traitement humiliant, voire inhumain que leurs espaces réservent aux migrants, surtout africains. Comment peuvent-elles, dans ces conditions, hausser le ton face aux actes xénophobes en Afrique du Sud, si leurs zones ne constituent pas de bons exemples en la matière ? En tout état de cause, si le pays de Cyril Ramaphosa souhaite garder un minimum de dignité, il doit se ressaisir pendant qu’il est encore temps. Au-delà, il doit savoir que ces actes de xénophobie exposent les Sud-africains qui vivent dans d’autres pays, à des actes de représailles. Il faut, d’ailleurs, féliciter les pays dont les ressortissants sont victimes d’actes de xénophobie en Afrique du Sud, mais qui continuent de faire preuve de sagesse en appelant leurs compatriotes à la retenue. C’est tout à leur honneur.
Dabadi ZOUMBARA
