HomeA la uneTRAGEDIE DE LA TRAITE NEGRIERE : Ces portes de non-retour qui ont marqué l’Afrique au fer rouge

TRAGEDIE DE LA TRAITE NEGRIERE : Ces portes de non-retour qui ont marqué l’Afrique au fer rouge


Comme chaque année, la communauté internationale a commémoré, le 23 août 2026, la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition. Comme pour marquer le coup, c’est à Ouidah au Bénin, l’un des vestiges de la traite négrière, que la cérémonie officielle s’est déroulée sous le thème : « De la porte du non-retour à la porte du retour ». Un thème aussi évocateur que pertinent. Car, la traite négrière a arraché à l’Afrique, des milliers pour ne pas dire des millions de bras valides dont la majorité a cherché vainement la porte de retour. Même beaucoup de leurs descendants cherchent, depuis des décennies, désespérément, leurs origines, sans succès. Certes, certains y parviennent, mais Dieu seul sait, combien sont rongés par l’amertume et le désespoir face à l’échec de voir la porte du retour.

 

L’Histoire de l’Afrique reste profondément marquée par la traite négrière

 

C’est dire si ces portes de non-retour ayant marqué l’Afrique au fer rouge, restent toujours hermétiquement fermées à beaucoup d’Afrodescendants. Pouvait-il en être autrement quand on sait que beaucoup d’entre eux ont été déculturés au point de ne savoir par où chercher leurs origines ? Cela dit, il faut rendre hommage aux esclaves de Saint Domingue, aujourd’hui Haïti, dont la révolte dans la nuit du 22 au 23 août 1791, a joué un rôle déterminant dans l’abolition de la traite transatlantique. Il ne fait aucun doute que c’est leur sacrifice qui a poussé l’UNESCO à instituer cette Journée dont il convient de saluer l’initiative. Car, sa célébration permet d’inscrire cette tragédie qui a fortement marqué l’humanité, dans la mémoire des peuples du monde. Cette tragédie montre toute la cruauté de l’être humain envers son semblable. Si des vestiges de cette traite négrière comme l’île de Gorée au Sénégal, Ouidah au Bénin et le tunnel de la honte à Sassandra, en Côte d’Ivoire, suscitent la curiosité de nombreux touristes, c’est sans nul doute qu’ils symbolisent des lieux de déportation et de souffrances des esclaves noirs. Cela dit, au-delà du folklore, la célébration de la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et son abolition, traduit le refus de l’oubli. Elle permet à la génération présente et future, de savoir que leurs devanciers ont souffert le martyre. Si des pays comme les Etats-Unis d’Amérique et l’Angleterre sont aujourd’hui de grandes puissances, ils le doivent, en partie, au sacrifice des esclaves noirs. Certes, ces impérialistes n’auraient pas réussi seuls à saigner au sens propre comme au figuré, tout un continent, si des rois cupides ne leur avaient pas facilité la tâche. Ne sont-ce pas eux qui organisaient des razzias et des guerres pour capturer des prisonniers qu’ils troquaient contre des produits manufacturés tels que des armes, des tissus, des miroirs, de l’alcool, etc. ? C’est dire s’ils sont tout autant coupables que les marchands d’esclaves, des souffrances infligées aux Noirs. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’Histoire de l’Afrique reste profondément marquée par la traite négrière. Et si certains historiens remettent en cause certains récits liés à cette traite, c’est parce qu’il y a eu une volonté de tronquer la vérité.

 

La question mémorielle, aussi importante soit-elle, ne fait pas consensus

 

Mais pouvait-il en être autrement quand on sait que le récit du bourreau n’a jamais été le même que celui de la victime ? Si l’accès à certaines archives reste un casse-tête parce que gardées dans le plus grand secret, c’est qu’elles contiennent des vérités qui dérangent. C’est en cela qu’il faut saluer le travail de certains historiens qui souhaitent réécrire l’histoire de cette page sombre du continent noir. En attendant, il faut saluer les œuvres de certains éminents professeurs, à l’image de feu Joseph Ki-Zerbo, qui montrent qu’en la matière, l’Afrique ne doit pas se contenter du récit du bourreau d’hier. Et ils n’ont peut-être pas tort. A preuve, en dehors de la reconnaissance de leur responsabilité dans cette tragédie et sa qualification comme crime contre l’humanité, très peu sont les Etats qui ont présenté des excuses officielles, a fortiori demandé pardon. Même la France, pays de droits de l’Homme, n’a pas osé franchir le pas là où les Pays-Bas ont présenté des excuses officielles et ce, depuis 2022. Dès lors, on comprend pourquoi la question mémorielle, aussi importante soit-elle, ne fait pas consensus. Pas plus que la question des réparations qui, elle, fait figure de tabou, certains se refusant même à ouvrir le débat sur le sujet.

 

« Le Pays »          

 


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