MANIF DE L’OPPOSITION SUR FOND DE TENSIONS CONTRE UN 3E MANDAT DE FELIX TSHISEKEDI : La RDC sur la pente raide
Le 15 septembre 2026, l’opposition congolaise réunie au sein de la coalition C64, était dans la rue, à l’appel de ses leaders. Une date symbolique, dont le choix est loin d’être anodin, et qui ne tombait pas par hasard sur le jour de la rentrée parlementaire. L’objectif étant de mettre les élus du peuple face à leurs responsabilités devant l’histoire, en même temps que la manifestation se voulait un message ferme d’opposition à la loi sur le référendum et toute révision ou modification constitutionnelle visant à ouvrir la voie d’un éventuel troisième mandat au président Félix Tshisekedi.
Félix Tshisekedi portera la responsabilité morale d’un éventuel embrasement du pays, s’il s’obstine à vouloir imposer ce troisième mandat
Un appel à la mobilisation lancé par les grands noms de l’opposition comme Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata Ponyo ou encore Delly Sesanga, et qui a connu des fortunes diverses à Kinshasa la capitale où la situation restait sous tension, et à l’intérieur du pays comme à Lubumbashi où l’opposition parle de répression et dénonce des arrestations et même des blessés, après l’interdiction de la marche. C’est dire la détermination des croquants, dans leur croisade contre les velléités du successeur de Joseph Kabila, de prolonger son bail au palais de la Nation au-delà de ses deux mandats constitutionnels. Un sujet hautement sensible qui a fait basculer dans une crise politique aiguë, bien des pays sous nos tropiques africains. Et qui place d’autant plus la République démocratique du Congo (RDC) sur la pente raide que l’on a vu ce que cette question de troisième mandat a produit comme violences sur le continent noir encore à la recherche de ses marques. Toujours est-il qu’entre marches de l’opposition et contre-marches des partisans du pouvoir, c’est la paix sociale qui est souvent prise en otage quand elle n’est pas sacrifiée sur l’autel d’intérêts partisans. Et que dire de la fracture sociopolitique sur fond de violences parfois meurtrières qui en découle souvent, et qui contribue à creuser le fossé de la division entre fils et filles d’un même pays ? Et dans le cas de la RDC, on se demande jusqu’où ira le bras de fer entre le pouvoir et l’opposition. Tant chaque partie montre déjà une détermination à nulle autre pareille, dans ce combat qui n’en est visiblement qu’à ses débuts. Quoi qu’il en soit, c’est une manifestation qui en appellera certainement d’autres et qui ne laissera pas le pays indemne. Et tout porte à croire que plus le temps passera, plus les marches s’intensifieront et les tensions s’exacerberont à l’approche de la fin du second mandat en cours du chef de l’Etat. Mais Félix Tshisekedi portera la responsabilité morale d’un éventuel embrasement du pays, s’il s’obstine à vouloir imposer ce troisième mandat qui ne fait pas l’unanimité, et qui divise les Congolais. Au-delà, son cas ne manque pas d’interroger sur l’éthique politique de bien des dirigeants africains.
Fatshi est en train de tomber dans les mêmes travers qu’il reprochait à son prédécesseur, Joseph Kabila
Souvent prompts à prendre des engagements en promettant monts et merveilles à leur peuple, ils deviennent subitement amnésiques, une fois sur le trône, quand certains ne poussent pas le bouchon jusqu’à dresser le bûcher contre ce même peuple, dans leur volonté de se maintenir le plus longtemps possible au pouvoir. Et le cas de Félix Tshisekedi est d’autant plus désespérant que le contexte ne s’y prête pas. Non seulement en raison de l’épidémie d’Ebola qui reste un sujet de préoccupation majeure et du défi sécuritaire qui reste entier dans la partie orientale du pays où les rebelles du M23/AFC (Alliance Fleuve Congo) règnent en maîtres. Mais aussi parce que Fatshi est en train de tomber dans les mêmes travers qu’il reprochait à son prédécesseur, Joseph Kabila : notamment les velléités de troisième mandat de l’ancien chef d’Etat qu’il avait farouchement combattues, et le recours à la répression contre les manifestations de l’opposition. En tout état de cause, maintenant que les dés sont jetés et que l’opposition a lancé son coup de semonce, on attend de voir comment la situation va évoluer. Et ce dans un contexte où le dialogue politique national censé ouvrir la porte d’une sortie de crise concertée, semble tout aussi mal embarqué, en raison de la polémique suscitée par les réajustements sur fond d’exclusions opérés par le chef de l’Etat qui ne blaire pas le M23.
« Le Pays »
