MANIF DE L’OPPOSITION SUR FOND DE TENSIONS CONTRE UN 3E MANDAT DE FELIX TSHISEKEDI : Les Congolais retiennent leur souffle
Ce 15 septembre 2026 est une journée de haute tension en République démocratique du Congo (RDC), où l’opposition est sur le pied de guerre contre un troisième mandat du président Félix Tshisekedi. Et elle a décidé de battre le macadam et de se faire entendre dans la rue, malgré l’interdiction qui frappe, par endroits, comme à Lubumbashi par exemple, la manifestation. A Kinshasa la capitale, la marche qui se veut pacifique, a pour destination l’Assemblée nationale afin d’interpeller les élus du peuple sur leur responsabilité face au projet de révision constitutionnelle censé ouvrir le chemin d’un troisième mandat au président Tshisekedi dont le second mandat arrive à échéance à la fin de l’année 2028.
Tout porte à croire que l’on se dirige, en RDC, vers un bras de fer entre le pouvoir et l’opposition
Autant dire qu’à mi-parcours de son deuxième et théoriquement dernier mandat constitutionnel, les grandes manœuvres ont commencé pour le chef de l’Etat congolais, en vue de prolonger son bail au palais de la Nation. Et la voie bien connue, loin d’être une idée originale, a été le vieux tour de passe-passe constitutionnel que la Cour constitutionnelle a entériné en validant, le 30 juillet dernier, la loi référendaire présentée par la majorité présidentielle, permettant de modifier la Constitution. De quoi mettre l’opposition congolaise dans tous ses états. Elle qui n’entend pas se laisser conter fleurette. Et qui s’est regroupée au sein de la coalition C64 à l’initiative de cette manifestation qui vise à barrer la route d’un troisième mandat, au successeur de Joseph Kabila. Autant dire que ce 15 septembre 2026 s’annonce comme une journée de tous les dangers en RDC. Et les Congolais retiennent d’autant plus leur souffle qu’avec la tension qui monte, l’on peut craindre des débordements. Surtout si le pouvoir doit mobiliser la force publique contre les manifestants. Et il y a d’autant plus d’inquiétudes à se faire que la Commission nationale des droits humains (CNDH) est sortie de son silence, pour lancer un appel à la retenue. Principalement à l’endroit des pouvoirs publics qu’elle invite à la prévention plutôt qu’à la répression. Sera-t-elle entendue ? On attend de voir. Mais attention au retour des vieux démons. Car, avec la guerre qui perdure dans l’Est du pays où les rebelles du M23 soutenus par le Rwanda voisin, ne semblent pas prêts à rentrer dans la République, et l’épidémie d’Ebola qui continue de faire des ravages, la RDC est loin d’être sortie de l’auberge. Aussi faudrait-il éviter qu’aux crises sécuritaire et sanitaire auxquelles le pays fait déjà difficilement face, vienne se greffer une crise politique majeure dont nul ne saurait prévoir ni l’ampleur, ni l’issue. Car, tout porte à croire que l’on se dirige, en RDC, vers un bras de fer entre le pouvoir et l’opposition, concernant la question du troisième mandat qui a souvent mis en péril la paix sociale en Afrique. Mais le président Félix Tshisekedi ne doit pas avoir la mémoire courte.
Le président Tshisekedi gagnerait à garder toute sa lucidité et à jouer balle à terre
Lui qui était aux avant-postes de la lutte contre le troisième mandat de son prédécesseur Joseph Kabila, et qui nourrit aujourd’hui les mêmes velléités de prolonger indument son règne à la tête de l’Etat congolais. Toujours est-il qu’en refusant de tirer leçon de l’histoire, Fatshi court le risque, s’il n’y prend garde, d’en sortir par une porte dérobée. A l’image de ses pairs africains qui, avant lui, se sont engagés sur ce chemin tortueux et périlleux de la ruse avec les textes, en pensant s’en tirer à bons comptes. Et il est connu qu’un changement de Constitution remettrait les compteurs à zéro, ce qui permettrait à Félix Tshisekedi de se présenter pour un nouveau mandat. On voit donc venir le chef de l’Etat congolais qui semble plus dans la logique de la conservation du pouvoir que de la résolution des problèmes existentiels de ses compatriotes. Comment peut-il en être autrement quand on voit comment le Dialogue national inclusif porté par les religieux et censé sortir le pays de la crise, a été vidé de sa substance par le chef de l’Etat qui s’y est finalement résolu, mais qui ne veut pas voir le M23/AFC (Alliance Fleuve Congo) même en peinture? Mais à quoi servirait un tel dialogue « taillé sur mesure », sachant que lesdits rebelles contrôlent des pans entiers du territoire ? Autant dire que si le président Tshisekedi aime vraiment son pays, il gagnerait à garder toute sa lucidité et à jouer balle à terre pour ne pas exacerber une crise politique qui n’en rajouterait qu’aux souffrances de son peuple déjà éprouvé par cinq ans de guerre et une épidémie d’Ebola qui a déjà fait plus de trois mille morts en moins de quatre mois.
« Le Pays »
