CAMPAGNE AFRICAINE DES CLUBS DE FOOTBALL BURKINABE : Nos équipes sont-elles condamnées à jouer éternellement les figurants ?
Chaque saison, le même scénario se répète sur les pelouses africaines qui accueillent les clubs burkinabè de football. Nos représentants entrent en compétition avec l’espoir de jouer les premiers rôles, chaussent les crampons, brandissent l’étendard national, serrent les dents, promettent de vendre chèrement leur peau… puis quittent généralement la compétition avant même d’avoir eu le temps de prendre leurs marques. Et nous voilà repartis pour les éternelles explications, les sempiternelles « leçons à tirer » et les promesses de lendemains meilleurs. Le constat est d’autant plus frustrant que le Burkina ne manque ni de bons joueurs ni de passion pour le football. Les Etalons ont suffisamment démontré que le pays possède une matière première de qualité. Mais entre produire de bons footballeurs et bâtir de grands clubs, il y a tout un continent de différence. Nos meilleurs talents éclosent, brillent quelques instants dans notre championnat national avant d’être happés par des clubs marocains, tunisiens, algériens ou européens. Le Burkina ressemble ainsi à une pépinière où les autres viennent faire leur marché. Comment, dès lors, demander à nos équipes locales de conquérir l’Afrique avec des effectifs que l’on démantèle dès qu’ils commencent à prendre forme ? Cette saignée explique une partie de nos difficultés, mais elle ne les explique pas toutes. Car, un club africain de haut niveau ne se résume plus à onze bons garçons capables de courir derrière un ballon.
Nos clubs doivent avoir de la vision, et mettre en place un système de gestion professionnelle
Il lui faut une véritable mécanique sportive, des jeunes bien formés, un encadrement compétent, une préparation physique rigoureuse, une médecine sportive efficace et une organisation qui ne joue pas les prolongations à chaque échéance. On ne gagne pas la Ligue des champions africaine avec un onze de départ et la prière comme remplaçant. Là où certains clubs peuvent changer trois joueurs sans que la musique ne change, parce qu’ils disposent d’une véritable armée de réserve, les nôtres perdent parfois le tempo dès qu’un titulaire manque à l’appel. A ce manque de profondeur des effectifs, s’ajoute un facteur souvent sous-estimé : une préparation qui n’est pas toujours adaptée aux exigences des compétitions continentales. Les grands clubs africains, eux, ont de l’expérience à revendre. Ils savent quand accélérer, quand fermer le jeu, quand casser le rythme et surtout quand porter l’estocade. Ils savent qu’une qualification peut se jouer dans les dernières minutes d’un match retour ou sur un coup de pied arrêté apparemment anodin. En Afrique, il ne suffit pas de savoir jouer au ballon ; il faut aussi savoir jouer avec le match. Tout cela renvoie finalement à la manière dont nos clubs sont construits et dirigés. Et comme on ne construit pas une maison à étages avec des matériaux d’une case en banco, les dirigeants de nos clubs doivent avoir de la vision, et mettre en place un système de gestion professionnelle qui ne fonctionne pas au gré des humeurs d’un mécène, des poches d’un sponsor ou de l’arrivée providentielle d’une subvention. L’Afrique du football n’est plus un terrain de promenade, et ceux qui y arrivent sans provisions, rentrent généralement avec la valise vide. Le plus grave n’est même pas de perdre. Le football autorise la défaite, et même les grands finissent un jour par rentrer aux vestiaires la tête basse. Le véritable problème est de ne pas progresser d’une campagne à l’autre, de multiplier les éliminations précoces et de continuer à appeler « expérience » ce qui ressemble de plus en plus à une répétition. Alors, combien de temps encore nos clubs vont-ils entrer sur les pelouses africaines avec l’ambition d’un prétendant et repartir avec le bilan d’un figurant ? S’ils continuent de tirer des leçons sans jamais en tirer les conséquences, bien des clubs burkinabè finiront par devenir les éternels élèves du football africain.
Sidzabda
