HomeA la uneMARIAGE CIVIL : Quand la communauté de biens devient un objet de calcul

MARIAGE CIVIL : Quand la communauté de biens devient un objet de calcul


Autrefois, le mariage civil était pensé comme une union de deux destins, fondée sur l’amour, la confiance, la solidarité et la fidélité de deux êtres prêts à affronter ensemble les sentiers escarpés de la vie. Aujourd’hui, dans bien des cas, il semble avoir quitté le royaume des sentiments pour celui des dividendes. Il suffit que l’officier d’état civil prononce la question fatidique sur le choix entre communauté et séparation de biens pour que, dans ce Burkina Faso moderne, on s’empresse d’ausculter le patrimoine avant de sonder le cœur, comme si le mariage était devenu une tontine, une banque ou un fonds d’investissement.

La communauté des biens n’a, en elle-même, rien de condamnable. Elle peut même constituer un puissant levier de solidarité conjugale, en permettant aux époux de mettre en commun les fruits de leurs efforts et de reconnaître des contributions qui ne se mesurent pas nécessairement en salaire. Il faut donc se garder des jugements trop simplistes qui assimilent l’absence de revenu personnel, à une absence de contribution au patrimoine familial. Tenir le foyer, élever les enfants, soutenir son conjoint, l’accompagner dans ses projets ou parfois renoncer à ses propres ambitions pour favoriser la réussite familiale, sont autant de formes de participation à la prospérité du ménage. Ces efforts, souvent invisibles et non rémunérés, n’apparaissent ni sur une fiche de paie ni sur un relevé bancaire, mais ils n’en constituent pas moins une contribution réelle à la construction du patrimoine commun.

Le véritable problème n’est donc pas la mise en commun des efforts ni même la contribution de chacun à la constitution du patrimoine familial.

 

La cupidité n’a ni jupe ni pantalon

 

 Il apparaît lorsque le mariage cesse d’être d’abord un projet de vie à deux pour devenir, pour l’un des conjoints, une opération patrimoniale savamment calculée. On ne se présente alors plus devant le maire, seulement avec une alliance au doigt et des promesses plein le cœur, mais aussi avec, soigneusement rangé dans un coin de la tête, le relevé des biens du futur conjoint et le calcul de ce que l’union pourrait rapporter.

Il faut le dire sans détour, certains mariages ne se nouent plus avec les yeux du cœur, mais avec le regard rivé sur la maison, la voiture, le compte bancaire, l’entreprise ou l’héritage de l’autre. Pour certains, l’union devient moins un projet de vie qu’une opération patrimoniale. Une première union, puis une deuxième, voire une troisième, le calcul prenant peu à peu le pas sur les sentiments. Et lorsque l’époux refuse la rupture pour préserver ses biens, le foyer peut se transformer en purgatoire quotidien, jusqu’à faire naître chez certains esprits sans scrupule, la sinistre tentation d’un veuvage prématuré pour accéder plus rapidement à l’héritage.

Il serait toutefois injuste d’attribuer cet opportunisme aux seules femmes, car la cupidité n’a ni jupe ni pantalon. Les hommes aussi comptent leurs spécialistes du mariage rentable, ces gigolos qui savent flairer une femme d’affaires ou une haute cadre comme on repère une belle occasion d’investissement. Chez eux, la galanterie devient parfois une stratégie de conquête et le portefeuille de Madame, le véritable objet de la conquête.

Et les parents dans tout cela ? Certains se muent en véritables conseillers en patrimoine et poussent sans vergogne, leurs filles vers la communauté de biens, avec déjà les yeux rivés sur les biens et les comptes du futur gendre. Il arrive alors que le mariage vole en éclats à quelques minutes du « oui », voire aux portes de la salle des noces, lorsque le fiancé, soudain éclairé par le bon sens, ose prononcer le mot tabou « séparation de biens ». Si cette simple évocation suffit à faire fondre l’amour comme neige au soleil, le monsieur devrait peut-être se consoler en se disant qu’il n’a pas perdu un cœur, mais échappé de justesse à un investissement à haut risque, à un redressement fiscal ou, plus simplement, à un hold-up notarié.

 

Hamadou GADIAGA


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