HomeA la uneVIOLENCES EN MILIEU SCOLAIRE : Un mal profond qui nécessite une thérapie de choc

VIOLENCES EN MILIEU SCOLAIRE : Un mal profond qui nécessite une thérapie de choc


Il avait seulement 15 ans. Jeudi 29 octobre dernier, Javits Frimpong, un adolescent ghanéen débarqué aux Etats-Unis en octobre 2025 pour poursuivre ses études et y bâtir son avenir, a été pourchassé dans le Bronx, à New-York, par des individus masqués, avant d’être froidement abattu. Un meurtre capté par les caméras, qui laisse un père dévasté et une mère restée au Ghana, dans une douleur d’autant plus insoutenable qu’elle attendait, 48 heures après le drame, le visa qui lui permettrait d’aller pleurer son enfant.   Un avenir enseveli sous les balles, une famille anéantie et une tragédie de plus qui rappelle que la violence en milieu scolaire peut conduire au pire, aux Etats-Unis comme ailleurs dans le monde.

Le Burkina Faso a, lui aussi, plusieurs fois été touché par ce phénomène qui transforme parfois les lieux d’apprentissage en terrains de règlement de comptes. En février 2026, à Bogandé, un élève de 16 ans a perdu la vie à la suite d’une bagarre avec un camarade. En 2009, au lycée Newton-Descartes de Ouagadougou, un élève de quatrième avait été mortellement atteint par des balles tirées par un camarade manipulant un pistolet dérobé au domicile familial. Deux drames, à des années d’intervalles, qui rappellent que les querelles entre élèves peuvent se terminer au cimetière plutôt que dans le bureau du surveillant.

Ces violences en milieu scolaire ne se résument malheureusement pas aux coups de poing et aux armes à feu. Elles se manifestent aussi par les injures, le harcèlement, les intimidations et les agressions contre les enseignants. A Nagaré, Kantchari et Gounghin, des enseignants et leurs engins ont été victimes de la furie d’élèves entre 2014 et 2016. Comme si transmettre le savoir était devenu une provocation et rappeler un élève à l’ordre, un crime de lèse-majesté.

Le dialogue est nécessaire, mais il ne saurait devenir un permis de récidiver

Comment en est-on arrivé là ? La démission de certains parents, l’effritement de l’autorité, la banalisation de la violence et l’insuffisance de la prévention nourrissent ce mal. Certains parents accourent à l’école moins pour comprendre les fautes de leurs progénitures que pour menacer ceux qui tentent de les corriger. L’enfant devient un petit monarque, ses caprices font office de loi et l’enseignant doit presque demander pardon d’avoir voulu exercer son métier. Les droits de l’enfant sont invoqués à cor et à cri, mais ses devoirs semblent avoir séché les cours. A force de confondre liberté et licence, on élève des enfants qui prennent toute contradiction pour une offense et toute sanction pour une déclaration de guerre.

La responsabilité est toutefois collective. Les parents ne peuvent abandonner l’éducation de leurs enfants à l’école ; les enseignants ne sauraient renoncer à leur mission éducative. L’administration doit cesser de gérer les crises à coups de silence et de compromis mous. Quant aux pouvoirs publics, ils ne peuvent se contenter de déplorer les violences après chaque drame. Il faut agir, et vite : restaurer l’autorité des enseignants, protéger les personnels agressés, responsabiliser les parents, renforcer l’éducation au civisme et à la résolution pacifique des conflits, mettre en place des mécanismes de signalement et de prise en charge, puis appliquer des sanctions justes et dissuasives. Le dialogue est nécessaire, mais il ne saurait devenir un permis de récidiver.

Lorsqu’on administre des calmants là où une véritable thérapie s’impose, ce n’est pas seulement l’école qui a échoué

Les violences en milieu scolaire sont un mal profond qui exige donc une thérapie de choc, pas une succession de communiqués indignés aussitôt oubliés. Parents, enseignants, responsables d’établissements, syndicats et pouvoirs publics doivent sortir de leur confort et assumer leurs responsabilités : éduquer, encadrer, protéger, prévenir et sanctionner. Les parents qui couvrent les dérives de leurs enfants, les responsables qui étouffent les incidents et les autorités qui attendent le prochain drame avant de réagir, portent chacun une part du problème. A force de se défausser sur l’autre ou de se renvoyer la balle, ils finissent par la laisser aux mains de ceux qui frappent. Qu’on ne s’y trompe pas : chaque violence tolérée prépare la suivante, chaque silence complice rapproche le prochain drame. Et si les adultes persistent à déserter leurs devoirs, ils devront répondre de cette école abandonnée à la loi du plus fort. Car, lorsqu’un enfant meurt là où il devait apprendre à vivre, et lorsqu’on administre des calmants là où une véritable thérapie s’impose, ce n’est pas seulement l’école qui a échoué : c’est toute la communauté éducative qui doit rendre des comptes.

Sidzabda


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