RAPPORT D’AUTOPSIE ANICET EKANE AU CAMEROUN : De quoi Yaoundé a-t-elle peur ?
L’opposant camerounais, Anicet Ekane, est mort de « mort naturelle ». Telle est la conclusion du rapport d’autopsie rendue publique le 25 février dernier par le pouvoir de Yaoundé. Ledit rapport mentionne « une absence totale de lésion traumatique et l’existence de graves pathologies ayant emporté un patient présentant de lourds antécédents médicaux ». En français facile, on dira qu’Anicet Ekane est mort en prison non pas des suites de tortures, mais parce qu’au regard de ses « antécédents médicaux », il devrait mourir même s’il était libéré. Le pouvoir de Paul Biya s’en lave ainsi les mains, se refusant toute responsabilité dans la disparition de celui que l’on présente comme étant un fervent soutien à l’ex-ministre devenu opposant Issa Tchiroma Bakary, qui revendiquait la victoire à la dernière présidentielle. C’est, du reste, dans la foulée de la contestation post-électorale, que le défunt Ekane avait été arrêté. En fait, on veut bien croire en la volonté du régime Biya de faire la lumière sur la mort de l’opposant, mais l’absence d’un document officiel de l’autopsie devant permettre à la famille et à ses avocats de faire des observations, laisse entrevoir un manque de transparence qui cache mal une manipulation.
La mort d’Anicet Ekane n’est ni plus ni moins qu’un avertissement pour le natif de Bafoussam
Du reste, à supposer même que le sieur Ekane soit mort naturellement, cela ne met pas hors de cause Yaoundé, dans la mesure où elle avait, maintes fois, été alertée sur l’état de santé de l’opposant. Les conseils de ce dernier n’avaient d’ailleurs eu de cesse de tirer la sonnette d’alarme. Mais rien n’y fit jusqu’à ce qu’arrive l’irréparable. Tout se passe, en effet, comme si le rapport d’autopsie sur la mort d’Anicet Ekane, est accablant pour le régime de Biya qui, pour tenter de sauver la face, ruse avec l’opinion. De quoi a-t-il peur ? Il ne veut pas avoir la mort de l’opposant sur sa conscience, alors même que les Camerounaises et Camerounais, loin d’être dupes, savent ce qui s’est passé. A la vérité, Anicet Ekane a payé le prix fort pour s’être engagé aux côtés de Issa Tchiroma Bakary qui, après avoir passé plusieurs années dans le système Biya, s’était découvert un profil d’opposant en osant, pour ainsi dire, se présenter contre son ancien mentor. Donc, la mort d’Anicet Ekane n’est ni plus ni moins qu’un avertissement pour le natif de Bafoussam qui, ayant pris toute la mesure de la situation, a pris le large, sauvant ainsi sa peau. Ainsi va la vie au Cameroun où tout ou presque est permis, sauf lorgner le fauteuil du locataire du palais d’Etoudi.
B.O
