PROCES DU CRASH D’AIR ALGERIE EN FRANCE : Une lueur d’espoir pour les familles des victimes
L’affaire avait fait grand bruit autant qu’elle avait créé l’émoi. Il s’agit du crash du vol d’Air Algérie AH5017, parti de Ouagadougou le 24 juillet 2014 avec, à son bord, 110 passagers de nationalités différentes et 6 membres d’équipage. L’avion, qui a disparu des radars une cinquantaine de minutes après son décollage, n’atteindra jamais sa destination Alger. Il s’est écrasé quelque part dans le Nord du Mali, dans un accident qui n’a laissé aucun survivant parmi les passagers au nombre desquels de nombreux Français et Burkinabè, ainsi que des ressortissants algériens, libanais et un Malien.
L’ouverture de ce procès est un véritable ouf de soulagement pour les familles des victimes
Douze ans après cette catastrophe aérienne qui est l’une des plus meurtrières impliquant des ressortissants français, ces dernières années, un procès s’est ouvert le 9 mars dernier, dans l’Hexagone, contre la compagnie SwiftAir, propriétaire de l’avion. Celle-ci est jugée pour « homicides involontaires par négligence et imprudence ». Une ouverture de procès qui est d’autant plus une lueur d’espoir pour les familles des victimes que durant tout ce temps, la compagnie aérienne mise en cause, n’est pas restée les bras croisés. En effet, elle faisait des pieds et des mains pour que ce procès en France, ne se tienne pas. Allant jusqu’à saisir la Cour de Justice de l’Union européenne dans le but de faire suspendre la procédure en France, et ce, après avoir réussi à retarder l’échéance plusieurs fois. C’est dire si l’ouverture de ce procès est un véritable ouf de soulagement pour les familles des victimes qui attendent de connaître toute la vérité dans cette affaire. Une catastrophe aérienne à propos de laquelle Maître Halidou Ouédraogo, membre de l’association des parents des victimes du crash au Burkina Faso, avait, en son temps, déjà relevé de nombreuses zones d’ombres. Et l’ouverture du procès de Paris est d’autant plus importante que les chefs d’inculpation mettent directement en cause, la responsabilité de la compagnie aérienne espagnole. Laquelle estime que le drame résulte de facteurs externes et cherchait à se prévaloir d’un non-lieu prononcé par la Justice espagnole pour se tirer d’affaire. Dès lors, l’on comprend toute sa débauche d’énergie pour que le procès en correctionnel dans la capitale française, n’ait pas lieu. Car, au-delà de son image qui pourrait prendre un coup si elle est reconnue coupable des faits qui lui sont reprochés, elle ne serait pas à l’abri de lourdes peines en termes d’indemnisation des parents des victimes, en cas de condamnation. Mais si tant est que la compagnie n’ait rien à se reprocher, on se demande de quoi elle a peur pour lutter avec autant d’énergie, afin de mettre fin aux poursuites en France. Et ce, dans un contexte où au-delà des questions de dysfonctionnement mécanique de l’appareil, voire d’erreur humaine, de nombreuses interrogations restent encore en suspens. Comme celle de savoir si l’accident a été provoqué par un acte terroriste ou s’il faut plutôt prioriser d’autres pistes.
Il importe que les responsabilités soient situées
Toujours est-il que, restant sur leur faim et leur soif de vérité par rapport aux causes réelles de l’accident et aux circonstances ayant conduit à ce drame, les familles des victimes ne sont pas prêtes à se contenter d’explications simplistes, notamment celles des turbulences météorologiques qui ont conduit à l’accumulation de glace sur les moteurs en raison de la non-activation du système d’antigivrage, toute chose qui aurait entraîné une réduction de la poussée et un décrochage à haute altitude de l’avion qui a fini par s’écraser au sol. C’est dire si l’ouverture de ce procès de Paris, ne pouvait pas mieux tomber pour relancer un dossier qui commençait à être gagné par l’usure du temps, et risquait de tomber dans l’oubli. Et il faut espérer que les juges français réussiront à démêler l’écheveau et à dire le droit en toute indépendance. Si la compagnie n’est pas reconnue coupable des faits à elle reprochés, qu’elle soit blanchie de tous soupçons. Par contre, si elle est reconnue coupable des manquements qu’on lui reproche, notamment une formation jugée insuffisante de l’équipage comme le subodorent les juges, qu’elle soit condamnée à la hauteur de ses responsabilités dans la survenue de ce drame. Car, ce sont des vies humaines qui ont été à jamais perdues, et il importe que les responsabilités soient situées. En tout état de cause, ces morts ne peuvent pas passer par pertes et profits. Et l’on espère que ce procès qui était attendu de longue date par les familles des victimes qui attendent encore de faire le deuil de leurs proches, sera une étape importante dans la manifestation de la vérité.
« Le Pays »
