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APPEL A L’APAISEMENT APRÈS LES SANCTIONS DE LA CEDEAO: L’imam Dicko sera-t-il entendu ?

 

Alors que le ton et la colère montent graduellement à Bamako contre les dirigeants de la CEDEAO, l’emblématique imam Dicko que l’on ne présente plus au Mali, est sorti de son silence pour inviter à l’apaisement. Une position de sagesse qui honore d’autant plus le leader religieux que son appel au calme intervient dans un contexte de fortes tensions, où d’aucuns n’hésitent  pas à pousser les autorités de la transition au radicalisme au moment où  la gestion de la situation commande pourtant de la lucidité par rapport à un sujet aussi délicat que celui de l’embargo économique. Car, après tout, c’est le peuple malien qui est exposé aux pires souffrances d’une situation qu’il n’aura pas demandée.  La question que l’on se pose est de savoir si le leader religieux sera entendu. On attend de voir. D’autant plus que cette invite de l’imam Dicko, intervient à la veille des manifestations de soutien à la junte que les autorités de Bamako ont demandées à leurs compatriotes. Ces manifestations sont censées se dérouler ce 14 janvier sur toute l’étendue du territoire.

           L’heure ne doit plus être aux tiraillements mais plutôt à la recherche d’une solution médiane

C’est dire si l’on espère qu’il n’y aura pas de débordements, avec leurs effets collatéraux potentiellement dommageables à la cohésion intercommunautaire. Une crainte d’autant plus justifiée que la libération, le 11 janvier dernier à Bamako, de Soukou Mohamed dit Ben Souk, ce proche de l’ex-président de l’Assemblée nationale ivoirienne, Guillaume Soro, arrêté au Mali en exécution d’un mandat d’arrêt international émis en novembre 2020 par les autorités ivoiriennes, pourrait être lue comme une réponse de Bamako aux sanctions de la CEDEAO.  En tout cas, la coïncidence paraît troublante. Cela dit, si Ben Souk a été régulièrement élargi au terme de la procédure de la Justice malienne et que celle-ci n’a rien à lui reprocher, on ne pourrait que se féliciter que  le droit ait été dit.  Mais si c’est une libération qui cache mal des mesures de rétorsion contre la Côte d’Ivoire, on peut se demander s’il était nécessaire de réagir ainsi du tac au tac. Si c’était le cas, ce serait fort regrettable car susceptible de mettre à mal la coopération entre les deux pays, en plus de mettre en cause l’indépendance de la Justice.

En tout état de cause, maintenant que la junte militaire au pouvoir à Bamako a proposé son chronogramme et que la CEDEAO a sévi, l’heure ne doit plus être aux tiraillements mais plutôt à la recherche d’une solution médiane pour abréger les souffrances du peuple malien.  Car, tout porte à croire qu’autant les autorités de la transition malienne ont mis haut la barre du chronogramme des élections dans la perspective d’éventuelles discussions, autant la CEDEAO a eu la main lourde dans la perspective d’éventuelles concertations. Il ne reste plus donc qu’à créer le cadre de ce dialogue qui semble désormais inéluctable pour aller de l’avant dans l’intérêt du peuple malien.

                          La balle est dans le camp de Assimi Goïta et ses camarades

Et plus vite on le fera, mieux cela vaudra. Car, on ne voit pas pourquoi la CEDEAO ne mettrait pas de l’eau dans son vin, si Bamako en faisait autant dans le thé de son chronogramme. En tout cas, tout porte à croire que la CEDEAO attend des signes des putschistes maliens avant de se raviser et lever graduellement ses sanctions. C’est pourquoi, plus que tout autre décision,  il est impératif de jouer balle à terre et d’aller à l’apaisement en laissant ouverte la porte de la diplomatie et des négociations. Cela est d’autant plus nécessaire que le blocus économique commencera sous peu à peser lourd sur les pauvres populations maliennes qui ne sont pas loin d’être le dindon d’une mauvaise farce. Déjà, le pays s’est vu bloquer l’accès au marché monétaire de l’UMOA  pour y mobiliser des fonds destinés à renflouer sa trésorerie. Selon des sources, l’emprunt de 30 milliards de F CFA, prévu le 12 janvier dernier, à travers une émission de bons assimilables du Trésor, a été annulé. La balle est donc dans le camp de Assimi Goïta et ses camarades. Au-delà de l’émotionnel, tout le mal qu’on leur souhaite, c’est d’avoir une démarche stratégique en ayant cette force et ce  supplément d’âme pour apprécier froidement la situation afin de prendre les bonnes décisions  dans l’intérêt supérieur bien compris du Mali et des Maliens. Car, dans ce bras de fer, il y a ceux qui les encouragent de l’extérieur à aller au radicalisme, sachant qu’ils ne seront pas affectés dans  leur confort personnel par ces sanctions, et il y a ceux qui voient les souffrances auxquelles tout choix hasardeux exposerait les Maliens qui n’ont pas besoin de faire les frais d’un bras de fer. Quand on a entre les mains les destinées de plusieurs millions d’âmes, il est impératif de savoir faire les bons choix pour son peuple.

 

                                                                         « Le Pays »

 

 

 

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