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APPEL AU CESSEZ-LE-FEU AU PAYS DE DEBY

L’opposition et la société civile prêchent-elles dans le désert tchadien ?

Alors que la présidentielle controversée du 11 avril dernier, qui s’est tenue dans un climat de fortes tensions et de terreur,  tarde à donner son verdict, le président tchadien, Idriss Deby Itno, qui brigue un sixième mandat, est en bute, depuis quelques semaines,  à des rébellions armées dans son pays.  Celle du Conseil national pour le changement (CNC) qui ne cesse de faire parler d’elle dans le Tibesti, et celle beaucoup plus récente, du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT), qui menace de descendre sur Ndjamena et qui a croisé le…fusil,  le week-end écoulé,  avec les forces armées nationales tchadiennes dans d’intenses combats qui ont laissé de nombreux morts sur le carreau. C’est dans ce contexte de guerre de tranchées entre forces républicaines et groupes armés rebelles, que l’opposition et la société civile tchadiennes, qui n’ont pourtant pas toujours parlé le même langage, ont donné ensemble de la voix pour appeler à un cessez-le-feu. Elles appellent aussi à l’ouverture, par le maréchal président, d’un dialogue national inclusif pour apaiser les tensions.

 

Les protagonistes semblent dans une logique de rapport de forces pour décanter la situation

 

Un appel qui traduit tout le sens des responsabilités de ces deux entités, dans un pays depuis toujours à la recherche de ses marques. Si ce n’est pas un acte de patriotisme, cela y ressemble fort. A tout le moins, cela traduit une volonté commune de sortir du cercle vicieux des violences politiques qui sont autant d’obstacles à la naissance « d’un Tchad démocratique » et où « toute prise de pouvoir par les armes entraîne automatiquement sa confiscation par la violence et la force ». Une triste réalité que vit ce pays d’Afrique centrale qui n’a jamais connu, de toute son histoire politique depuis les indépendances, de dévolution pacifique du pouvoir. C’est dire si, au travers de cet appel, l’on peut saluer la position de l’opposition et de la société civile tchadiennes qui s’inscrivent dans une logique républicaine. Peu importe que cela ait été instruit par leur passé douloureux ou par la crainte pour elles d’être des victimes collatérales d’éventuels actes de  représailles du satrape contre ses contempteurs. Car, en le faisant, elles montrent non seulement qu’elles rejettent toute dévolution du pouvoir par les armes, mais aussi et surtout qu’elles ont le souci des populations civiles qui trinquent souvent  lors de ce type de combats rangés pour la conquête du pouvoir. La question que l’on peut maintenant se poser est de savoir si ces voix ne prêchent pas dans le désert tchadien. La question est d’autant plus fondée que les protagonistes semblent dans une logique de rapport de forces pour décanter la situation. En tout cas, telles que les choses sont parties, si les rebelles se sentent assez forts pour déloger Idriss Deby de son palais, il faut croire qu’ils ne s’arrêteront pas en si bon chemin. De son côté, si le « Guerrier du désert » qui croit pouvoir compter comme souvent sur le soutien de la France, pense être en mesure d’écraser cette énième rébellion, il serait étonnant qu’il se prive de plaisir pour montrer une fois de plus sa toute-puissance dans un pays qu’il dirige de main de fer depuis plus de trente ans, et auquel il semble avoir lié son destin.

 

Il est temps, pour Deby, de  tirer leçon de ces rébellions à répétition contre son pouvoir

 

Cela dit, l’on peut douter que l’opposition et la société civile soient entendues par les belligérants d’autant qu’on ne voit pas comment elles pourraient, les mains nues, peser sur le cours des événements dans un pays où leur voix n’a jamais vraiment compté pour le dictateur. Même si, ironie du sort,  cet appel au cessez-le-feu pourrait sonner, en fonction du rapport de forces, comme une bouée de sauvetage pour le satrape face à une rébellion armée décidée à le chasser du pouvoir. Au demeurant, l’opposition et la société civile avaient toutes les raisons de soutenir les mouvements armés dans le but de se débarrasser du dictateur qui cumule déjà plus de trois décennies de pouvoir sans partage, sans montrer de signe de satiété. Mais en ne le faisant pas, elles lancent un signal fort au maître de Ndjamena qui est, peut-on dire, du « mauvais côté de l’histoire ». Car, tout ce qui arrive, est finalement largement imputable à sa façon autocratique de gérer le pouvoir, alors qu’il devrait songer à sortir de l’histoire par la grande porte. Sa responsabilité de bourreau de la démocratie dans son pays, est donc amplement engagée. C’est pourquoi, plutôt que de voir en cet appel  au calme, une bouffée d’oxygène pour se refaire éventuellement des forces,  Déby devrait plutôt saisir l’occasion pour se remettre en cause et faire preuve de responsabilités. Car, il est temps, pour lui, de  tirer leçon de ces rébellions à répétition contre son pouvoir, qui contribuent à maintenir son pays dans un état d’arriération démocratique.  En tout état de cause, aucune dictature, aussi féroce soit-elle,  n’est éternelle sur cette terre. Tôt ou tard, il va falloir partir du pouvoir, de gré ou de force. Et Idriss Deby n’échappera pas à cette règle implacable. Il lui appartient de choisir dans quel sens il compte s’inscrire dans l’histoire de son pays. Mais il doit savoir que dans tous les cas de figure, le Tchad lui survivra.

 

« Le Pays »

 

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