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APPEL DU GOUVERNEMENT MALIEN A MANIFESTER CONTRE LES SANCTIONS DE LA CEDEAO: D’accord, mais n’y a-t-il pas lieu d’aller vite au dialogue ?

 

Face aux sanctions drastiques de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le gouvernement de la transition malienne « appelle l’ensemble de la population et de la diaspora à une mobilisation générale sur toute l’étendue du territoire national, le vendredi 14 janvier ». C’est la teneur d’un communiqué publié à l’issue du Conseil des ministres du 10 janvier dernier, au lendemain de la fatwa de l’institution sous-régionale contre Bamako. Un appel à manifester qui se comprend d’autant plus que face à la situation, ce dont les autorités de la transition ont le plus besoin aujourd’hui, c’est de soutiens. Surtout celui du peuple malien pour mieux légitimer leur combat dans la nouvelle épreuve que constitue cet embargo de la CEDEAO. C’est pourquoi, en activant la fibre patriotique des Maliens pour sonner la mobilisation générale, il est permis de croire que les autorités de Bamako atteindront l’objectif d’une forte mobilisation populaire

          Le plus important est de savoir montrer la solidarité  du peuple malien avec ses dirigeants actuels

Cela est de bonne guerre car, on n’a pas besoin d’être un fervent supporter d’Assimi Goïta pour savoir qu’après tout, c’est le peuple malien qui risque de payer les conséquences et le prix fort de ces sanctions d’isolement économique et diplomatique du Mali. C’est pourquoi il est permis de croire que le message de ces rassemblements de soutien aux autorités de la transition, aurait été plus fort si le gouvernement n’en était pas demandeur.  Quoi qu’il en soit, le plus important est de savoir montrer la solidarité  du peuple malien avec ses dirigeants actuels et il y a des raisons de croire que ce défi sera relevé. Reste maintenant à espérer que ces manifestations ne conduiront pas à des débordements qui pourraient créer d’autres problèmes. D’autant que sur le plan international, les autorités de Bamako bénéficient déjà du soutien de la Russie et de la Chine qui ont usé de leur veto au Conseil de sécurité de l’ONU, le 11 janvier dernier, pour bloquer un projet de déclaration visant à faire entériner par l’instance onusienne, les sanctions de la CEDEAO contre les putschistes maliens. Chose qui est loin d’être surprenante. Car, au-delà de la rivalité légendaire entre ces deux pays et leurs homologues occidentaux, l’on peut voir, dans le cas d’espèce, des intérêts cachés du pays de Vladimir Poutine, en toile de fond de l’affaire Wagner qui est au cœur du conflit avec les Occidentaux.  Quant au pays de Xi Jinping, il faut croire que la Chine reste fidèle à ses principes de non-ingérence dans les affaires intérieures. Tout cela est certainement bon pour le moral de la junte malienne, mais cela sera-t-il suffisant pour desserrer l’étreinte étouffante de la CEDEAO autour du Mali ? On peut en douter. Dans ces conditions, au-delà des manifestations, n’y a-t-il pas lieu d’aller vite au dialogue avec la CEDEAO ? Tout porte à croire que ce serait une sage décision.

 

 

  La perche de la médiation tendue par le président algérien semble une opportunité à ne pas manquer

 

 

Car, dans le contexte actuel, cela semble une étape incontournable pour autant que l’on ne veuille pas laisser les choses traîner inutilement en longueur, ou encore moins, aller au pourrissement d’une situation dont personne ne sortirait gagnant. Sans oublier que sous peu,  les effets de l’embargo ne tarderont pas à se faire durement ressentir. Ce qui pourrait changer la donne face à la réalité du terrain. C’est pourquoi la perche de la médiation tendue par le président algérien pour aider à la mise en place d’un plan de sortie de crise, semble une opportunité à ne pas manquer. D’autant qu’à en croire Abdelmadjid Tebboune, c’est une approche inclusive qui prendra en compte aussi bien les exigences internationales  que les aspirations légitimes du peuple malien. Pour tout dire, tout en mettant en garde contre les conséquences d’une transition trop longue, Alger préconise et estime « raisonnable et justifiable une période ferme de 12 à 16 mois », en lieu et place des cinq ans maximum sortis des Assises nationales de la refondation (ANR) et qui constituent la véritable pomme de discorde avec la CEDEAO. Une façon de diviser la poire en deux, qui devrait permettre une sortie de crise sans paraître perdre la face, pour l’une et l’autre des parties. C’est pourquoi à défaut d’une solution endogène, on ne peut qu’encourager les autorités de Bamako à aller dans le sens de la recherche d’une solution médiane pour minimiser l’impact de cet embargo économique sur les populations maliennes. C’est à cela aussi que se reconnaissent les grands dirigeants qui, sans devoir perdre en rien leur dignité, savent parfois s’oublier en sacrifiant leur ego sur l’autel des intérêts de leur peuple.

En tout état de cause, autant il faut éviter de jeter de l’huile sur le feu, autant il faut croire que ni la CEDEAO, ni la junte malienne n’ont rien à gagner d’un bras de fer qui prolongerait le calvaire et les souffrances du peuple malien.  C’est dire si plus tôt on ira au dialogue, mieux cela vaudra.

 

                                                                           « Le Pays »

 

 

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