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ARRESTATIONS ET MALTRAITANCE D’OPPOSANTS EN RDC : Quand Kabila se tire plusieurs balles dans le pied  

 

Le régime de Joseph Kabila fait de la répression de l’opposition, toutes tendances confondues, son sport favori. C’est le moins que l’on puisse dire au regard des nombreuses arrestations et maltraitances dont sont victimes toutes les personnes qui, en République démocratique du Congo, osent se mettre en travers de son chemin vers le tripatouillage constitutionnel dont il rêve. La dernière personne en date à passer un sale quart d’heure du fait des sbires de Kabila, est l’opposant Martin Fayulu, président du parti Engagement pour la Citoyenneté et le Développement (ECiDé). Ce député, accusé d’ourdir des troubles à l’ordre public, a pu finalement regagner les siens apparemment plus motivés que jamais à tenir le rendez-vous de protestation contre le calendrier électoral prévu aujourd’hui même. Visiblement, au pays de Kabila, vouloir organiser une manifestation de protestation contre le régime est un crime de lèse-dictateur. Avant, ce sont les militants de Filimbi qui ont subi les foudres du régime. Du reste, deux de leurs membres arrêtés alors qu’ils organisaient des activités de sensibilisation  avec des camarades du continent dont un militant du Balai citoyen du Burkina, croupissent encore dans les geôles du régime.

Kabila est à la tête d’une dictature des plus sordides du continent

Les tentatives d’explication du porte-parole du gouvernement, Lambert Mendé, suite à l’arrestation de l’Honorable Fayulu ne convainquent personne. Du reste, c’est à se demander si lui-même est convaincu de ses arguments qui ont tout du ridicule. Comment vouloir faire « avaler » à l’opinion la pilule selon laquelle le député n’a pas été arrêté en total mépris des règles en la matière ? Les sbires partis l’arrêter sont-ils dans une telle ignorance de sa qualité de député de la Nation ? Assurément non. Les hommes qui ont arrêté le député de l’opposition savaient bel et bien sa qualité. Ils se sont juste comportés ainsi parce qu’ils se croient dans une jungle, pas dans un Etat de droit. Tout faire pour satisfaire les rêves de pouvoir à vie de Kabila, telle est leur ligne de conduite. D’ailleurs, la tentative de mettre la forme dans cette arrestation en associant des agents de sécurité aux militaires armés jusqu’aux dents, ne saurait suffire à tromper quelqu’un. Kabila est à la tête d’une dictature des plus sordides du continent et l’opposant Vital Kameré ne s’y est d’ailleurs pas trompé en disant  qu’elle est pire que la dictature des généraux birmans. En tout cas, il n’est pas du rôle de l’armée de procéder à des interpellations de ce genre. C’est la police qui devait le faire. Et étant donné qu’il s’agit d’un élu du peuple, bénéficiant de l’immunité parlementaire, les usages voudraient qu’il ne puisse être interpellé sans une levée préalable de son immunité, sauf en cas de flagrant délit. Ce qui n’était certainement pas le cas. En se comportant de la sorte, Joseph Kabila et ses hommes de main ne font que flétrir les institutions de leur pays. Ce qui est fort déplorable quand on sait que Kabila est censé être le garant de la Constitution et donc des institutions qu’elle consacre. Mais, il n’y a pas vraiment matière à étonnement. Comment attendre de quelqu’un qui n’a aucun respect pour la loi fondamentale de son pays, qu’il ait des égards pour des principes comme l’immunité parlementaire ? Les affabulations de Lambert Mendé ne sont que l’expression d’un régime sans argument, empêtré dans ses propres sottises, aveuglé par la boulimie du pouvoir. L’intention difficilement dissimulable du pouvoir Kabila, est-il besoin de le rappeler, est de confisquer définitivement les rênes du pouvoir.

Kabila se trompe royalement de combat

Pour ce faire, il est prêt à faire usage de tous les moyens, surtout les plus détestables. Conscients que leur projet de troisième mandat au mépris de la Constitution, a du plomb dans l’aile, les dirigeants actuels de la RDC se sont laissés convaincre que la seule façon de réussir, c’est d’instaurer la terreur. Histoire de dissuader quiconque aurait des velléités de s’opposer à leur projet, funeste à bien des égards pour la démocratie. La force est l’argument de ceux qui sont sans argument, dit-on. Incapable de convaincre de l’opportunité de son entêtement à vouloir briguer un troisième mandat, Kabila utilise l’arme de la répression tous azimuts. Il nourrit le secret espoir qu’en agissant de la sorte, il réussira à faire plier tous les contestataires. Peut-être que ses conseillers officiels, mais aussi occultes, le lui ont conseillé. A sa décharge, il faut reconnaître que le microbe ne se développe qu’en terrain favorable, comme le dit l’adage. Cette dictature de Kabila a pignon sur rue dans une sous-région, véritable ventre mou de la démocratie sur le continent. Il côtoie Denis Sassou Nguesso du Congo, Paul Kagamé du Rwanda et le tristement célèbre pasteur-président  Pierre Nkurunziza du Burundi. Avec de pareilles références dictatoriales dans son voisinage, on peut avoir du mal à garder la raison. Ce d’autant plus que les instances africaines censées donner de la voix, font montre de laxisme et de mutisme. L’Union africaine tout comme l’Occident, est aux abonnés absents quand Kabila étale sa dictature et réunit les ingrédients d’une nouvelle déflagration de son pays. Et les protestations de la communauté internationale sont timorées et hypocrites. Au début de son règne, après avoir donné de la voix contre Kabila, François Hollande, pour ne pas le nommer, s’est vite dégonflé, abandonnant les populations de la RDC dans les serres de ses prédateurs. Mais Kabila aura tort de crier trop tôt victoire. Car en réalité, il se trompe royalement de combat. Il est en effet illusoire en ce siècle, de prétendre pouvoir museler durablement l’opposition politique et la société civile dans un pays qui aspire à la démocratie. En multipliant les exactions et les brimades vis-à-vis de toutes les personnes qui osent s’opposer à lui, Kabila se tire plusieurs balles dans le pied. L’opposition politique et la société civile peuvent lui faire rendre gorge en se donnant résolument la main. Les  arrestations arbitraires et autres maltraitances finiront par aguerrir son opposition. Même les personnes les plus modérées et les indifférents finiront par avoir ras-le-bol de cette dictature. Cela aura pour conséquence de « bétonner » le front anti-Kabila. En tous les cas, l’opposition, à ce jeu, gagne en sympathie au plan international pendant que le pouvoir et son porte-parole se ridiculisent. Le spectacle d’une opposition laissée à la merci d’un dictateur n’est pas tenable indéfiniment pour les partenaires de Kabila. Surtout qu’il existe de plus en plus une opinion africaine, voire mondiale qui est de plus en plus regardante et exigeante. Ces violences répétées contre les opposants de tout bord achèveront donc de révéler le vrai visage du dictateur Kabila et de convaincre ceux qui en doutaient encore, qu’il est le problème de la RDC et qu’il n’y a pas d’autre solution que de se débarrasser de lui. Ainsi donc, le régime Kabila est en train de creuser lui-même, par ses actes, lentement mais sûrement, sa propre tombe. S’il ne change pas son fusil d’épaule, il sera tôt ou tard balayé. Et sur ses cendres, les fleurs de la démocratie réelle qu’appellent de tous leurs vœux, les héritiers de Patrice Lumumba, se feront le plaisir de pousser.

« Le Pays »

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