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Arts,culture et tourisme : Le ministre Barry snobe-t-il le Sahel ou craint-il une zone classée rouge ?


Le Burkina Faso regorge d’un potentiel artistique, culturel et touristique immense. Du Nord au Sud, d’Ouest en Est, en passant par le Centre, d’énormes sites touristes n’attendent que d’être visités. Partout, des artistes et des artisans  font de leur mieux pour vendre la destination Burkina Faso. Après sa nomination à la tête du ministère de la Culture, des arts, et du tourisme, Tahirou Barry a été l’un des tout premiers ministres post insurrection à entreprendre une tournée à l’intérieur du pays. On a entendu parler de ses visites dans les zones de Bobo-Dioulasso, Gaoua, Loropéni, Fada et autres. Mais jusque-là, on ne l’a pas encore vu dans le Sahel malgré les potentialités culturelles dont regorgent cette région du Burkina. Le ministre Barry snobe-t-il le Sahel ou craint-il une zone classée rouge ? Et pourtant, sa venue au Sahel est très attendue par les acteurs de son secteur.

 

A cause des attaques et des enlèvements surtout des ressortissants Occidentaux, la bande sahélienne du Burkina Faso a été classée « zone rouge ». Et pourtant, le tourisme faisait entrer d’énormes devises en faveur des acteurs de ce secteur et partant du Burkina Faso tout entier. Depuis que le Sahel a été classé « zone rouge », les touristes se sont évaporés, laissant les acteurs du secteur dans le désarroi total. Nous pensions et les acteurs du tourisme au Sahel avec nous, que, une fois installé, le ministre de la Culture, des arts et du tourisme allait programmer prioritairement ses visites au Sahel. Non pas que le Sahel est mieux que les autres régions du pays, mais juste pour une question de monter le moral des acteurs de son département. En tout cas, en venant au Sahel, le ministre aura beaucoup à découvrir ou à redécouvrir.

Tout d’abord à Dori, en plus des autres potentialités, il pourra marquer une escale au musée de Dori qui peine à décoller.

En rappel, ce musée est né de la volonté du défunt maire feu Hama Arba Diallo et de la ville française de Annecy-Le-Vieux. A Falagountou, il verra la tombe géante de Bamoye, le fondateur du village. A Tin-Akoff, le ministre Barry pourra se mirer dans les eaux du fleuve Béli. A Gorom-Gorom, il pourra contempler Tondikara, la mythique et mystique pierre blanche qui renferme une bonne partie de l’histoire de l’une des villes les plus septentrionales du Burkina Faso. Si la nuit surprend sa délégation à Gorom-Gorom, Tahirou Barry, s’il arrive à délaisser les hébergements modernes dernier cri, il  pourra dormir dans  la chambre personnelle du Père Lucien Bideau. Ce missionnaire blanc qui a cofondé l’Union fraternelle des croyants (UFC) de Dori. Ses maisons qu’il a construites de par ses propres mains subsistent toujours à Gorom-Gorom. Malgré la fatigue due au mauvais état des routes, les autorités culturelles régionales proposeront certainement au ministre de faire un détour à Oursi pour voir la Hu-Beero. Peut-être qu’il pourra continuer à Arbinda et à Pobé-Mengao dans le Soum en marquant une escale sur les berges de la mare mythique et mystique du village de Djigo, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Dori. A Oursi, le ministre pourra découvrir et contempler tout un village sorti de terre grâce à un travail inlassable des archéologues Allemands. Le jeudi 23 juin 2016 au détour d’un séjour de reportage, nous avons fait escale au site archéologique Hu-Beero de Oursi. Nous avons rencontré Mero et Ali Issa Maïga, les deux conservateurs et guide du site. Hu-Beero qui signifie la Grande Maison en langue locale Sonrhaï est située à environ 5 km au nord-est du village et est accessible de deux manières. Si le ministre et sa délégation sont à motos et qu’ils ont peur du sable, ils feront un grand détour pour contourner les inévitables dunes géantes de sable. S’ils sont à pieds ou dans des véhicules de type 4X4, il leur sera possible de braver les dunes de sable et accéder plus rapidement et directement au site. Sur place, ils verront un grand bâtiment de trois ailes qui abrite les objets d’art et un grand hangar qui protège les fouilles archéologiques. Pour les objets d’art, le ministre en trouvera de toutes sortes qui rappellent le mode de vie nomade dans le Sahel d’antan. Pour les fouilles archéologiques, nous avons échangé avec Ali Issa Maïga, notre guide, et voilà ce qu’il nous a confié : « Ce site a été découvert en 1997 par des archéologues allemands  arrivés au Burkina Faso en 1992. Ce sont des chercheurs de l’Université de Francfort en Allemagne. Aux premiers moments, ils ont cherché du côté de Falagountou, de Béïga, de Kichi, de Koïrizéna et autres avant de venir à Oursi. La première année de fouilles a été infructueuse. Mais c’est une butte débordant de la terre qui les a orientés. Ils sont répartis pour revenir en 2000. Tout au long des étapes, ils ont associé les populations locales. Au fur et à mesure des fouilles, des objets de la vie d’antan se faisaient découvrir. Et même une chaîne d’esclavage qui a permis de formuler l’hypothèse selon laquelle, les habitants devraient être partie prenante du système de trafic d’êtres humains. Les archéologues ont pu vérifier cela en découvrant des barres de sel gemme qui servaient avec les cauris, comme monnaies d’échange. Ils ont décidé de dater le site. Un prélève du charbon trouvé a été testé au carbone 14 ce qui a révélé que le site datait de 1 000 ans. Ils sont revenus pour agrandir le site qui couvre actuellement une grande superficie. C’est l’action concertée de l’Allemagne, des Etat-Unis, de la France, du PDL/UDL grâce au lobbying de Christoph Eldweisser ». Selon Ali Issa Maïga, l’Etat burkinabè a assuré la supervision des travaux et la cérémonie d’ouverture. Autre contribution, le terrain car, « la terre appartient à l’Etat», a ajouté le guide Maïga. Mais à quand remonte la dernière visite d’une autorité burkinabè sur le site ? « Entre janvier et février 2016, une mission du ministère de la Culture, des arts et du tourisme était là, mais les mains vides », nous a confié Ali Issa Maïga. La population est très fière du site mais à elle seule, elle ne peut pas renflouer les caisses du site. « Depuis 2010 avec la libération des otages dans le Nord du pays, le tourisme a chuté du coup. Entre-temps, nous enregistrions un ou deux touristes par mois. Par la suite, c’est un touriste chaque trois mois. Et depuis 2011, nous n’avons plus eu un bonjour d’un touriste ici. Le compteur est à zéro. Pourtant, ce sont eux nos gros pourvoyeurs de devises », nous a révélé M. Maïga, l’air désemparé. Avec les fonds des touristes occidentaux, les guides arrivaient à se prendre en charge, à faire fonctionner le musée et à reverser un bon pourcentage d’argent à la mairie. Mais actuellement, c’est la croix et la bannière. Malgré les textes qui rétrocèdent les musées aux communes, la mairie de Oursi est restée sourde face à la situation désespérante que vit le musée. « Paradoxalement, on nous harcelait pour reverser la part de la mairie quand le tourisme marchait bien», s’est étonné Ali Issa Maïga. Le budget alloué par la Transition aux musées a été une bouée de sauvetage pour le musée de Oursi. Sa toiture en forme de voûte nubienne menaçait de s’écrouler. Actuellement les guides ont entrepris des travaux de réfection. « Nous demandons vraiment au ministère de la Culture, des arts et du tourisme de voir notre situation, car nous sommes dans un état très critique », a conclu Ali Issa Maïga.

 

Hamadou DICKO (Correspondant)

 

 


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