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ATTAQUES DES GROUPES ARMES DANS LA PERIPHERIE DE BANGUI

L’ONU va-t-elle enfin sortir l’artillerie lourde ?

Rien ne semble venir à bout de la détermination des groupes armés en République centrafricaine (RCA), qui continuent leur progression vers la capitale Bangui. Ni la présence des nombreuses troupes étrangères ni les menaces de poursuites judiciaires brandies par la communauté internationale et les autorités centrafricaines ne semblent émousser l’ardeur des spadassins de François Bozizé, qui viennent de réussir le tour de force de perpétrer des attaques à quelques encablures de la capitale centrafricaine. Même si, pour l’instant, ces assauts lancés par la Coalition des patriotes pour le changement (CPC) ont été repoussés, il n’en demeure pas moins qu’ils sont symptomatiques du péril qui se rapproche lentement mais sûrement du siège des institutions de la République. La question que l’on est en droit de se poser suite à cette mutation récente de la géographie des combats dans le pays, est la suivante : les alliés militaires de Faustin Archange Touadéra jouent-ils franc jeu?

On n’est pas loin du syndrome du Mali

Il est difficile de répondre avec certitude à cette question par la négative, mais il existe de nombreux doutes face à des questions qui, pour l’instant, restent sans réponse. La principale de ces interrogations est la suivante : d’où viennent les équipements militaires des rebelles alors que le pays est sous embargo partiel d’armes depuis bientôt une décennie ? Tout se passe comme si certaines intelligences étrangères tirent profit de cette situation de  ni guerre ni paix  propice à l’exploitation des ressources minières, notamment les minerais diamantifères dont dispose le pays. Elles ont, pour ce fait, adopté la stratégie de la souris qui mord tout en soufflant. Si fait qu’en RCA, l’on n’est pas loin du syndrome du Mali qui a l’un des plus forts taux de densité militaire au monde avec cependant une introuvable paix. En tout cas, le Conseil de sécurité de l’ONU qui s’est réuni, hier, pour évoquer la présence des troupes étrangères et de mercenaires dans le pays, de même que la question de l’embargo sur les armes, semble avoir pris la mesure de la situation. L’on est donc en droit d’espérer qu’à l’issue de la série des réunions prévues sur huit jours, l’ONU décidera, enfin, devant l’urgence, de muscler le mandat des Casques bleus de la Mission des Nations unies en Centrafrique (MINUSCA). En tout cas, c’est le souhait du gouvernement de Faustin Archange Touadéra qui, dans une lettre adressée au Conseil de sécurité, souligne par la même occasion, « la nécessité urgente d’accorder aux partenaires et amis de la Centrafrique, une levée temporaire de l’embargo » sur les armes. Même s’il existe des réticences au sein du Conseil dont certains membres craignent, comme l’ont indiqué les experts de l’ONU en charge du contrôle de l’embargo, que les armes légalement importées tombent entre les mains des groupes armés qui défient le gouvernement, l’urgence du moment indique que c’est l’unique solution pour stopper l’avancée de la rébellion et lancer la traque contre François Bozizé dont la tête doit être mise à prix. Et c’est maintenant qu’il faut le faire car plus tard, ce sera trop tard.

C’est surtout les pauvres populations dont il faut plaindre le sort

Il serait, en tout cas, dommage que Bozizé parvienne à s’emparer, à nouveau, du pouvoir en renvoyant comme un malpropre, à défaut de le faire pendre comme un bandit de grand chemin au bout d’une corde, un président issu des urnes. Ce serait dommage pour la démocratie en RCA, mais ce serait la consécration d’un cycle infernal de violences. Ce serait aussi une bien mauvaise récompense pour la communauté internationale qui, depuis plus de 5 ans, investit d’immenses ressources financières et militaires pour que le pays renoue avec la stabilité. Mais en attendant que les grands de ce monde et les politiques centrafricains trouvent la solution à cette difficile équation de la paix dans leur pays, c’est surtout les pauvres populations dont il faut plaindre le sort. En effet, selon l’ONU, les violences survenues dans le contexte des élections ont déjà poussé sur les chemins de l’exil, plus de 30 000 personnes qui ont trouvé refuge dans des pays voisins tandis que des dizaines de milliers d’autres constituent des réfugiés à l’intérieur de leur propre pays. A cette situation humanitaire catastrophique, il faut ajouter l’indicible souffrance née des huit années de guerre civile qui ont ravagé le pays et l’ont mis sous coupe réglée des groupes armés qui contrôlent et exploitent ses richesses minières. Face à une telle situation, l’on peut se poser cette question : comment François Bozizé espère-t-il gouverner s’il parvient à prendre le pouvoir par les armes ? Et si, par extraordinaire, il restait quelques poignées de Centrafricains après les massacres de populations qui pourraient joncher le chemin de son ascension au trône, l’on peut se poser cette autre question : comment parviendra-t-il à gouverner avec l’hostilité des populations résiduelles et de la communauté internationale ? Mais il est vrai que dans la logique des dictateurs, la maxime bien connue est la suivante : « Qu’ils me haïssent s’ils veulent, pourvu qu’ils me craignent ». Reste à savoir si, en ce 21e siècle, la communauté internationale est prête à supporter une réincarnation de Néron, fût-il en République centrafricaine où vécut un certain Jean Bédel Bokassa.

« Le Pays »

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