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AXE PARIS-KIGALI

Tourner définitivement la page

Après le séjour du président rwandais, Paul Kagamé, le 18 mai dernier, à Paris, c’est au tour de son homologue français, Emmanuel Macron, de lui rendre la politesse. En effet, Jupiter est arrivé, ce jour, 27 mai 2021, à Kigali, la capitale rwandaise, étape après laquelle il se rendra en Afrique du Sud.  Ce séjour en terre rwandaise est historique, aucun chef d’Etat français n’y ayant mis les pieds depuis le déplacement, en février 2010, de l’ancien président Nicolas Sarkozy. Un déplacement qui n’avait pas, pour autant, permis de mettre fin aux longues années de brouille diplomatique entre les deux nations. A Kigali, Jupiter devrait être accompagné de Sarkozy.  Cette présence annoncée aux côtés de l’actuel locataire de l’Elysée, est loin d’être anodine ; ayant clairement fustigé le rôle de la France dans le génocide rwandais, l’ancien dirigeant français affiche une posture qui ne va pas à rebours de celle de la France officielle en phase avec les conclusions du rapport de la mission Duclert. Ces conclusions, faut-il le rappeler, évoquent les fautes « accablantes » du pouvoir mitterrandien de l’Elysée à l’époque des faits génocidaires. Cette saillie sarkozienne constitue une voix de plus qui fait l’affaire de l’Elysée et celle de Kigali toutes en symbiose avec ledit rapport qui marque un tournant dans les relations entre les deux Etats. Cela dit, le dégel étant désormais sur la bonne voie, l’on attend de voir quel contenu le président Macron donnera à son discours très attendu, au mémorial De Guisozi. Certes, le dirigeant quadragénaire appartient à une génération qui n’aura pas trempé dans ce qui apparait comme le dernier génocide du 20esiècle ; toute chose qui lui permet d’aborder le sujet avec plus ou moins de liberté et de courage. Certes, l’on peut lui reconnaitre le mérite de regarder la réalité en face, rompant ainsi avec le déni qui a prévalu en France pendant plus d’un quart de siècle. 

 

La fin des relations tumultueuses ne semble plus loin

 

Mais, pour autant, sur le gâteau de la normalisation en phase avancée, dans l’intérêt partagé des deux nations, Macron ira-t-il jusqu’à mettre la cerise de l’excuse formelle de l’Hexagone ? La France, « pays des droits de l’Homme », battra-t-elle enfin sa coulpe comme l’ont fait la Belgique, les Etats-Unis, le Vatican ainsi que les Nations unies ? En attendant de le savoir dans quelques heures, l’on peut, au moins s’attendre à une chose : le séjour du président français sera mis à profit pour soumettre aux autorités rwandaises, le nom d’un diplomate pour le poste d’ambassadeur au Rwanda.  Par ailleurs, un nouveau centre culturel francophone devrait être inauguré, au cours de cette visite mémorable, en présence notamment de Louise Mushikiwabo, ancienne cheffe de la diplomatie rwandaise et actuelle Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).  Mais ce nouveau départ entre Kigali et Paris, n’aura pas que des retombées diplomatiques et culturelles.   Les répercussions   devraient aussi être d’ordre économique d’autant que le dirigeant français conduit une délégation d’une dizaine de chefs d’entreprises. A l’issue de ce séjour, l’Agence française de développement (AFD) devrait signer plusieurs conventions.  Mais quid des questions des droits humains ? Maron prendra-t-il risque de fâcher son homologue rwandais qui dirige son pays d’une main de fer tout en se souciant comme d’une guigne, des critiques formulées ça et là à son encontre, sur sa gouvernance politique ? Demandera-t-il à son pair rwandais, une ouverture démocratique et le respect des droits de l’homme? Rien n’est moins sûr. Il est d’ailleurs fort probable que l’hôte de Kagamé ne fasse aucune mention du sort actuel de l’opposition pour ne pas s’attirer les foudres de l’homme mince de Kigali dont on connait le caractère bien trempé. Mais après tout, pour les deux parties, la fin de leurs relations tumultueuses ne semble plus loin, et, à leurs yeux, c’est l’essentiel. Ce jour mémorable du 27 mai 2021, figurera dans les annales de l’Histoire des deux Etats.  Et c’est tant mieux si cette date marque la volonté affichée des deux nations de tourner définitivement la page d’un passé douloureux   !

 

CBS

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