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CONTRAT DE DESENDETTEMENT ENTRE LA FRANCE ET LA COTE D’IVOIRE : Un cadeau qui interroge !

Bien des pays africains ploient aujourd’hui sous le poids de la dette extérieure. C’est le cas de la Côte d’Ivoire. En effet, selon les chiffres de la Banque mondiale, la dette extérieure totale à long terme de ce pays, s’élevait fin 2020 à 21 milliards de dollars dont 4 milliards auprès des créanciers publics bilatéraux. La France qui fait partie de ces derniers, vient de lui apporter une bulle d’oxygène en signant avec elle, un contrat  de  désendettement. L’acte s’est passé sur les bords de la Seine, le mercredi 27 octobre dernier, entre Adama Coulibaly, le ministre ivoirien de l’Economie et des Finances et son homologue français, Bruno Le Maire. Il faut préciser que c’est le troisième contrat du genre en faveur de la Côte d’Ivoire. Le premier contrat a été signé en 2012, le deuxième en 2014. Celui qui vient  d’être signé ce mercredi, est le plus grand contrat de désendettement et de développement jamais signé. Ce mécanisme, qui permet de transformer la dette bilatérale en don, a été inventé par les autorités françaises il y a 20 ans, lors de l’allègement mondial de la dette des pays pauvres très endettés ou PPTE. Dix-huit pays dont le Cameroun, le Congo et la Côte d’Ivoire ont bénéficié de ces contrats de désendettement et de développement avec Paris. Grâce au troisième contrat, quelque 1,4 milliards d’euros, soit 751 milliards de F CFA que la RCI doit à l’Hexagone, ne seront pas remboursés l’année prochaine, au titre de sa dette antérieure à 2012. Cet argent sera déposé sur un compte de l’Agence française de développement (AFD) puis sera utilisé pour financer des projets jugés prioritaires par le gouvernement ivoirien, en accord avec la France.

On peut pointer l’aspect aliénant de ce mécanisme

A priori, ce mécanisme peut être salué en ce sens qu’il convertit la dette en don. Et par ces temps qui courent, où les dons ont tendance à se raréfier, en raison essentiellement de la Covid-19 et ses effets pervers sur les économies des pays traditionnellement donateurs, ces contrats valent leur pesant d’or. L’autre aspect que l’on peut relever et saluer, est que le pactole  qui sera mobilisé et déposé sur les comptes de l’AFD, permettra de financer des projets jugés prioritaires par l’Etat ivoirien. Et quand on fait le tour des domaines où iront ces sous, personne ne peut douter de leur pertinence. En effet, que ce soit la  formation et l’emploi des jeunes, l’agriculture et la préservation de la biodiversité ou encore le renforcement de la gouvernance des institutions publiques, tous sont des projets dont la bonne réalisation peut contribuer à permettre à la Côte d’Ivoire, de sortir un tant soit peu, la tête hors de l’eau. Mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt. A l’analyse, en effet, l’on peut trouver à redire sur ce mécanisme. L’on peut premièrement poser la question suivante : en vingt ans d’existence, quels sont  les pays, sur les dix-huit pays bénéficiaires, qui ont véritablement tiré profit de ce mécanisme en termes de progrès social et de développement, mesurables et observables sur le terrain ? En tout cas ce n’est pas le Congo, encore moins le Cameroun et le Burundi. Deuxièmement, en confiant la gestion de ces fonds exclusivement à l’Agence française de développement, la France ne veut-elle pas, par là, confier la réalisation de ces marchés juteux à ses entreprises, rien qu’à elles ? Ce qui reviendrait à donner de la main droite pour ensuite tout récupérer immédiatement de l’autre main. L’on peut enfin pointer l’aspect aliénant et infantilisant de ce mécanisme.

En effet, tout le processus est encadré par la France. C’est elle, via l’AFD,  qui encaisse l’argent récupéré, c’est encore elle qui valide la liste des projets jugés prioritaires par l’Etat ivoirien. En somme, ce don   est un cadeau qui interroge. Mais là où c’est difficile de pleurer les Etats qui sont concernés par ce mécanisme, c’est qu’ils ont consciemment signé ces fameux contrats. Qu’ils en assument donc toutes les conséquences ! En vérité, et pour reprendre Sankara, il est difficile de pleurer un esclave qui refuse de se défaire de ses chaînes. L’autre vérité est que « la main qui donne est toujours au dessus de la main qui reçoit ». La dette, quelle que soit la forme qu’elle prend, demeure une dette. Elle maintient toujours dans la dépendance des pays créanciers, les pays débiteurs. En tout cas, Macron sait que ce ne sont pas ces genres de contrats qui ont permis à la France de se relever de la Deuxième Guerre mondiale, c’est plutôt le plan Marshall. Emmanuel Macron doit s’en inspirer dans la nouvelle alliance qu’il veut établir  avec l’Afrique.

 

Pousdem Pickou          

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