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DECES DE FREDERIK DE KLERK

Une page de l’histoire de l’Afrique du Sud se tourne  

L’Afrique du Sud est en deuil. En effet, près de huit ans après le décès de Nelson Mandela, la Nation arc-en-ciel, ainsi qu’on l’appelle, vient de perdre un de ses dignes fils. Il s’agit, pour ne pas le nommer, de Frederik De Klerk. Décédé d’un cancer de poumons, cet avocat de carrière, né le 18 mars 1936, fut le dernier président blanc de l’Afrique du Sud. C’est lui qui, faut-il le rappeler, a mis fin à l’état d’urgence, suspendu la peine capitale, libéré les prisonniers politiques dont Nelson Mandela et ce, après 27 ans de bagne. Et ce n’est pas tout. C’est Frederik De Klerk qui a mis fin à l’apartheid et ouvert les négociations entre l’ANC et le Parti national, favorisant ainsi l’avènement d’une démocratie multiraciale en Afrique du Sud où les Noirs, pendant très longtemps, ont souffert le martyre. Toutes choses qui lui ont valu de recevoir conjointement avec Nelson Mandela, le prix Nobel de la paix en 1993 pour « les efforts visant la disparition pacifique du régime de l’apartheid et pour l’établissement d’une nouvelle Afrique du Sud démocratique ». C’est dire qu’avec la disparition de Frederik de Klerk, c’est une page de l’histoire de l’Afrique du Sud qui se tourne ; tant l’homme a joué un rôle de premier plan. Toutefois, l’arbre ne doit pas cacher la forêt. Car, s’il est vrai qu’il faut tresser des lauriers à Frederik De Klerk pour avoir accompagné le processus de transition qui a permis de déboucher sur l’organisation des premières élections libres, ouvertes et inclusives dans l’histoire de l’Afrique du Sud, il faut cependant éviter d’en faire un ange. Certes, la tradition africaine commande que l’on ne dise pas du mal des morts.

 

Frederik De Klerk est resté un suprématiste dans l’âme

 

 

Mais ce serait travestir l’histoire que de ne pas rappeler que le successeur de Peter W. Botha, alors étudiant et membre du Parti national, est celui-là qui a travaillé à légaliser l’apartheid en 1948. Conservateur bon teint, il ne faisait que marcher dans les pas de sa famille qui prônait l’infériorité de la race noire vis-à-vis de la race blanche. D’où l’image très controversée qu’il laisse aux Sud-Africains dont certains, à l’instar du truculent Julius Malema, n’ont pas hésité à saluer ce voyage pour le repos éternel de l’ex-président. Et ce n’est pas tout. Car, comme s’il était convaincu de la justesse de son combat, Frederik De Klerk a refusé, de son vivant, de qualifier l’apartheid, de crime contre l’humanité, se contentant de condamner les violences commises en son nom, même s’il reconnaît que le régime ségrégationniste a « dévasté la vie de millions de Sud-Africains ». Ce double langage ne traduit ni plus ni moins qu’une hypocrisie à peine dissimulée qui laisse croire que Frederik De Klerk, quoi qu’on dise, est resté un suprématiste dans l’âme jusqu’à son dernier souffle. Il s’en est allé au moment où l’Afrique du Sud fait face à de nombreux défis. Car, s’il est vrai qu’a pris fin, pour ainsi dire, le racisme en Afrique du Sud, il faut avoir l’humilité de reconnaître qu’il y prévaut toujours et ce, avec acuité, un apartheid socioéconomique qui ne dit pas son nom. Si fait que nombreux sont les Noirs qui peinent à s’offrir un repas par jour. Il suffit, pour s’en convaincre, de comparer les gratte-ciel de Johannesburg aux townships de Soweto ; tant le clivage saute à l’œil nu.

 

Boundi OUOBA

 

 

 

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