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DECLARATION DE POLITIQUE GENERALE DU PM

Ce qu’en pensent des Burkinabè

Conformément à l’article 63 de la Constitution, le Premier ministre, Lassina Zerbo, a prononcé sa Déclaration de politique générale le 7 janvier 2022 devant l’Assemblée nationale. Si cette Déclaration a obtenu le quitus d’une large majorité des députés, celle-ci est diversement appréciée par les Burkinabè.  Lisez plutôt !

 

Armand Roland Pierre Béouindé, maire de Ouagadougou

« Elle donne une feuille de route précise, claire et mesurable… »

« L’approbation, par une large majorité de la Représentation nationale, de la Déclaration de politique générale du Premier ministre Lassina Zerbo est la preuve que celui-ci a pris toute la mesure de la tâche qui l’attend. Son discours s’est fait l’écho de l’appel du président du Faso au changement de paradigme, d’où ma satisfaction. Une satisfaction d’autant plus grande que cette Déclaration donne une feuille de route précise, claire et mesurable à travers 4 grands piliers qui balisent l’essentiel de l’action gouvernementale. Espérons que ce vote pur et sans tâche de l’Assemblée nationale traduit l’engagement de tous les acteurs politiques, de la société civile, bref, de tous les Burkinabè à l’union sacrée pour relever les défis.  Souhaitons au Premier ministre et à son gouvernement resserré et soudé, beaucoup de courage et de la détermination aux côtés du chef de l’Etat, afin que cette mission soit une réussite pour le plus grand bonheur du Burkina Faso. Puisse Dieu le Tout- Puissant leur venir en aide ».

 

Sagado Nacanabo, Secrétaire exécutif du REN-LAC

« Ce n’est pas avec des phrases, aussi belles soient-elles, que l’espoir renaîtra ».

« Le passage du Premier ministre devant la Représentation nationale fait partie du dispositif institutionnel. Il est donc dans son rôle et je n’en fais pas une fixation. Ce que je crains fort en suivant ce discours est que le Premier ministre se trompe de combat ou de priorités par rapport au vécu et  aux attentes des populations. Il parle beaucoup au moment où la parole doit céder la priorité à l’action pour des résultats concrets vainement attendus. L’heure n’est vraiment pas à l’appréciation des discours. Et j’espère que le Premier ministre le comprend bien et qu’il est conscient que les Burkinabè ne vont pas se satisfaire de promesses, d’énoncées d’intentions ou d’engagements, même si ceux-ci portent sur le financement de l’ASCE-LC et la justice pour le succès de l’opération « mains propres » annoncée par le président du Faso. Aujourd’hui, il faut plus que des mots pour nous convaincre que le gouvernement est en train de changer de cap et qu’il a réellement inscrit au cœur de son action, la lutte contre la corruption et le devoir d’exemplarité comme l’ASCE-LC et le REN-LAC l’ont fortement demandé à la tribune d’interpellation des trois pouvoirs le 18 novembre 2021.  Devant l’ampleur des drames que continuent de vivre quotidiennement les citoyens, ce n’est pas avec des phrases, aussi belles soient-elles, que l’espoir renaîtra ».

 

 

Naaba Wend Belda

« On doit déclarer la guerre »

« C’est un exercice qui est mené par le tout nouveau Premier ministre. Mais, nous ne sommes plus à l’heure des déclarations et des compromissions. Actuellement, le Burkina a besoin d’actions concrètes. Parce que la situation est grave. Moi, je suis chef de village. Depuis le début de l’année jusqu’à maintenant, je n’ai pas d’enseignants ni d’infirmiers chez moi. Un groupuscule de six personnes est venu les intimider et ils sont partis. Là où nous sommes actuellement, celui qui peut sauver le Burkina, c’est celui qui connaît mieux le Burkina et tous ses recoins. Les déclarations, ce sont des mots. Et jusqu’à preuve du contraire, nous allons avoir de l’espoir à travers ces mots car on n’a que ça. Alors qu’à l’heure actuelle, on devrait déclarer l’état d’urgence. On doit déclarer la guerre et concentrer notre énergie pour combattre ce fléau. Il y a une génération de personnes au Burkina, qui seront coupées de la génération suivante. Tous ceux qui ont quitté leurs écoles vont se baser sur quoi pour se développer ? Moi, je ne peux et je ne pourrai jamais être optimiste que sur des mots ».

 

Mahamadi Sawadogo, secrétaire national des questions juridiques et électorales de l’Organisation des Peuples africains Burkina Faso (OPA-BF), membre du CFOP-BF

« Le nouveau Premier ministre pouvait produire un meilleur discours que ça »

« J’ai suivi avec intérêt la déclaration de politique générale du nouveau Premier ministre Lassina Zerbo. Je note que c’est un Premier ministre éloquent mais qui est resté muet à mon avis sur bien des points qui préoccupent les Burkinabè. Par exemple, sur la question sécuritaire, la mauvaise répartition des équipements entre services de sécurité serait le frein qui handicape toute coordination efficiente entre les départements en charge de la sécurité et des armées. Il faudrait noter aussi que l’inadéquation voire l’inefficacité de nos moyens aériens de combat a coûté la vie à nos vaillants soldats et VDP dont Ladji Yoro. Il n’a pas rassuré ici ses compatriotes. Quant au terrorisme dans le Sahel, compte tenu des enjeux politiques et géostratégiques convoités par les grandes puissances, je m’attendais à voir un Premier ministre au discours panafricaniste, enclin à la recherche de solutions endogènes et interafricaines. Sur la question de la lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite, le nouveau Premier ministre n’a pas abordé la question de la gouvernance sécuritaire, notamment la transparence dans les dépenses sécuritaires. Aucun contrôle interne ou externe, semblerait-il. Pourtant, il nous faut une autre forme de gouvernance dans le secteur de la sécurité et de la défense, autrefois hors des débats publics au nom du « secret-défense ». Sur la réduction du train de vie de l’Etat, le nouveau Premier ministre n’a pas pris l’engagement de respecter le décret 2008-891/PRES/PM/MEF du 31 décembre 2008 portant rémunération du Premier ministre, des présidents d’institutions et des membres du gouvernement afin de dégager des marges pour contribuer à l’effort de guerre. Il n’a pas non plus promis de travailler à réduire la hausse continue des dépenses d’acquisition de biens et services, précisément les frais de loyer et les charges locatives, les frais d’électricité, d’eau, les frais de transport et de missions, les frais de relations publiques, etc. Pour conclure, je dirais que le nouveau Premier ministre pouvait produire un meilleur discours que ça. Je félicite, soit dit en passant, l’opposition parlementaire pour son vote « abstention ». Mais comme tout changement est par principe porteur d’espoir, je garde néanmoins espoir pour mon pays ».

 

 

Marcel Zanté, SG du  CNTB

« Si tout ce qu’il a annoncé est effectivement mis en œuvre, le Burkina va se tracer un autre chemin de développement »

« J’ai eu l’opportunité de suivre la Déclaration de politique générale du Premier ministre. Il a décliné sa feuille de route qui, selon lui, permettra de consolider les fondements d’une société solidaire, rétablir la sécurité et réconcilier les Burkinabè tout en poursuivant les efforts d’accélération de la croissance nécessaire à la création d’emplois, à l’amélioration des conditions de vie de notre peuple. Et pour y arriver, le Premier ministre a promis agir sur les priorités suivantes: la réduction du train de vie de l’Etat, la lutte implacable contre la corruption et les crimes économiques, le renforcement de la dématérialisation du travail au sein de l’administration, le renforcement de la promotion basée sur le mérite, l’amélioration de l’efficacité de la dépense publique, la relance d’unités industrielles. Certainement, ce sont ces intentions qui ont convaincu la majorité des députés à lui accorder leur confiance en se disant que si tout ce qu’il a annoncé est effectivement mis en œuvre, le Burkina va se tracer un autre chemin de développement. Nous prenons acte et lui souhaitons plein succès. Mais pour nous, syndicalistes, nous ne menons pas notre combat à partir des intentions, mais des faits car notre mission première demeure l’amélioration des conditions de travail et de vie des travailleurs et de leurs familles, la lutte pour la promotion et le respect des droits humains, la justice sociale, l’égalité du genre, la paix, la liberté et la démocratie. En réalité, voici nos attentes vis-à-vis du Premier ministre et de son gouvernement, et cela ne peut être mesuré qu’à partir du travail qui sera fait sur le terrain. Il faut alors que l’ensemble de leurs actions soient centrées sur les aspirations réelles et profondes de notre peuple. Personnellement, j’ai suivi avec intérêt tous les chantiers annoncés et avec les militants, nous resterons attentifs à leur mise en œuvre et ne manquerons pas de l’interpeller en cas de non-respect. Tout Burkinabè souhaite le retour de la sécurité, de la paix, le respect des droits sociaux et une justice sociale équitable afin que chacun puisse vaquer à ses occupations dans la quiétude. La lutte contre la corruption, les détournements de toute nature, l’impunité et l’injustice sous toutes ses formes, demeurent aussi le vœu de chacun de nous.  Ce qui veut dire que c’est à la fois un espoir et un souhait que je formule, de voir les conditions de travail et de vie de nos laborieuses populations comblées ».

 

Me Larousse Ollo Hien, président du mouvement Hamaschiach in you

« Le discours fait à l’Assemblée nationale est une exigence  légale, mais… »

“Le discours du Premier ministre n’a rien de différent des discours passés, et le Burkina est à un stade où les discours ne peuvent rien changer. C’est par des actions concrètes et des victoires que l’on pourra apprécier le Premier ministre. Son discours, s’il n’est pas suivi d’effets,  ne ramènera aucun déplacé chez lui. Aussi, le Premier ministre a fait une mauvaise entrée en fusionnant des ministères. En réalité, ça ne rime à rien, car c’est comme si l’insécurité actuelle était liée au nombre de ministres ou de ministères. Ce qui est un mauvais diagnostic, d’autant plus que dans la pratique, chaque ministre prendra au moins la moitié de l’année  pour la réorganisation de l’institution alors que le temps joue contre nous et c’est dans l’urgence qu’il faut faire face au terrorisme et à son lourd cortège  de conséquences.  Le discours fait à l’Assemblée nationale est une exigence  légale, mais les résultats attendus sur le terrain constituent une exigence populaire. Le chrono est donc en marche ».

 

Abraham Badolo, président de l’ADP

« Nous allons essayer de croire à son discours jusqu’à ce qu’il nous prouve le contraire »

« Le Premier ministre est un homme d’expérience. C’est un homme qui a représenté le Burkina Faso à l’étranger et qui a vraiment fait ses preuves. C’est un monsieur qui fait la fierté des Burkinabè. Je me dis d’abord qu’en acceptant cette lourde tâche, il a dû réfléchir assez longuement et qu’il a dû vraiment analyser la situation que vivent les Burkinabè et en tant que patriote, je me dis qu’après avoir analysé la situation réelle du Burkina, il a décidé de s’engager en acceptant ce poste. Dès qu’il est arrivé, il tient vraiment un discours qui rassure un peu les Burkinabè. Même au niveau de l’Assemblée nationale, on voit que son discours rassure un peu. Mais nous avons connu pas mal de ministres qui ont tenu ce genre de discours et jusqu’à la fin, nous n’avons rien vu de concret dans la réalisation des discours qui ont été prononcés.  Je dirai aujourd’hui que nous n’avons pas le choix. Nous sommes dans une phase très critique de notre histoire.   Nous espérons vraiment qu’il mettra en œuvre tout ce qu’il a dit devant l’Assemblée nationale et qu’il ira très vite pour que les Burkinabè puissent encore avoir de l’espoir, et foi en ce régime. Parce qu’aujourd’hui, nous avons plus besoin d’actions concrètes sur le terrain. Nous avons plus besoin de sentir les choses bouger au sein du gouvernement. Nous ne voulons plus vivre toutes les tares que nous avons connues avec les différents gouvernements passés. Aujourd’hui, nous voulons savoir que ceux qui sont là, vont vraiment travailler avec tous les Burkinabè pour l’intérêt supérieur de la Nation, qu’ils ne vont pas travailler à s’enrichir, qu’ils vont travailler dans le sérieux, à ce que le Burkina Faso puisse retrouver sa splendeur d’antan. Nous attendons de voir. Nous, au sein de l’ADP, nous attendons ses 100 jours pour pouvoir l’évaluer. Pour l’instant, nous gardons vraiment un peu espoir. Parce que nous avons également besoin d’espoir. Nous sommes Burkinabè, et personne n’est fier de ce qui se passe aujourd’hui au Burkina. Donc, nous avons besoin d’hommes capables vraiment, qui vont nous sortir réellement de ce gouffre. Je vois déjà qu’il parle de rassemblement. J’espère qu’il va travailler avec toutes les composantes de la société burkinabè. Et qu’il ne va pas travailler seulement avec les militants du parti au pouvoir et la mouvance présidentielle. Il faut qu’il rassemble tout le monde. Il faut que tout le monde participe également à cet élan patriotique pour pouvoir vraiment sauver le Burkina parce que nous n’avons pas deux pays, nous n’avons qu’une patrie qui est le Burkina. Pour l’instant, comme il vient d’arriver, nous allons essayer de croire à son discours jusqu’à ce qu’il nous prouve le contraire. De toutes les façons, en tant qu’OSC de veille citoyenne, nous allons rester en veille pour pouvoir le recadrer s’il arrivait qu’il dévie de la ligne de conduite qu’il s’est lui même édictée. Nous lui souhaitons, en tant que républicain, de réussir sa mission pour le bonheur des Burkinabè. Mais il devrait se pencher sur l’aspect sécuritaire. Il devra avoir un œil très regardant sur la gestion des fonds alloués aux FDS. Il devra être au four et au moulin pour bannir définitivement la corruption qui gangrène notre pays, et revoir également le train de vie de l’Etat.  Il faut vraiment tenir compte des priorités et aller à l’essentiel ».

 

Amidou Zagré

« La rigueur de la loi saura s’appliquer à tous ceux qui, par leurs actes, voudraient saper le moral des troupes »

« J’apprécie positivement la déclaration du PM. C’est un appel à tous pour un changement collectif de paradigme. L’approche sécuritaire développée conformément aux missions assignées par le Chef de l’Etat, me rassure sur notre capacité à vaincre le terrorisme mais, comme il l’a précisé lui-même,  cela doit se faire dans un engagement sincère et patriotique de tous, y compris les différentes forces politiques et les OSC. Toutefois, la rigueur de la loi saura s’appliquer à tous ceux qui, par leurs actes, voudraient saper le moral des troupes. C’est un discours fort, avec 4 axes, qui a pris en compte les préoccupations actuelles des Burkinabè. Nous lui souhaitons le meilleur et ensemble, prenons l’engagement de le soutenir dans sa mission. Il nous faut arrêter avec les critiques superficielles et faciles des gouvernants, certes souvent avérées, pour aller vers une introspection sur le rôle que chacun doit jouer dans ce Burkina nouveau que nous souhaitons. Bon vent à lui ».

 

Cheriff Mamadou Coulibaly, Directeur général adjoint de la télévision TVZ Africa

« J’ai suivi avec beaucoup d’intérêt, la Déclaration de politique générale du Premier ministre Lassina Zerbo. Dans la forme, j’ai vraiment apprécié l’effort de synthèse dans la déclaration.

Maintenant, dans le fond, le Premier ministre a décliné les axes majeurs de l’action gouvernementale pour 2022. Seulement, je le trouve trop ambitieux. La profession de foi suffira-t-elle à créer l’embellie aux plans sécuritaire et socio-économique ? Je préfère me donner du temps pour voir les premières actions. Réussir une gouvernance vertueuse est le socle du changement de paradigme pour rétablir la confiance entre les gouvernants et les populations. Pour moi, il est prématuré de tomber dans l’euphorie à partir de cette déclaration, car les acteurs politiques n’ont pas changé ».

 

René Sanou, Directeur général de Global Sport Management (GSM)

« Le bon maçon est là et qu’il suive bien les travaux des ouvriers »

« Le passage du PM au Parlement est un exercice qui est régi par notre Constitution. Pour ma part, ce fut un exercice que j’ai apprécié positivement, pour non seulement la durée du discours qui fut relativement courte pour une fois, mais surtout son contenu qui aborda les grandes lignes de l’état général de la Nation, dont la question sécuritaire, la discipline à tous les niveaux des démembrements de l’Etat  sans oublier les populations. Il  ajouta qu’ensemble  nous gagnerons la guerre. Ce fut un discours bien dit et  l’espoir est permis. Le bon maçon est là, et qu’il suive bien les travaux des ouvriers. Il faut féliciter le travail bien fait, sanctionner le travail mal fait et encourager toute l’équipe au sacrifice ».

 

Ismaël Kinda, coordinateur du Balai citoyen

“Il est préférable de laisser parler les résultats…”

« C’est un rituel de la démocratie. Les derniers discours de nos autorités sont pleins de bonnes intentions mais ce que voulons, ce sont des actes concrets synonymes de lueur d’espoir, je dis bien lueur d’espoir. Il ne faut pas donner l’impression que les institutions fonctionnent seulement. Elles ne sont rien sans le peuple. Une bonne partie du peuple est déplacée interne, et ce ne sont pas les discours qui changeront leur situation. Il est préférable de laisser parler les résultats sur le terrain que de nous servir des discours qui ressemblent fort bien à du déjà-vu. Le président Roch a,  lors de son discours d’investiture, dit qu’il garantirait la défense du pays, la sécurité des Burkinabè mais cela reste un discours creux. De plus, il y a de  la contradiction à bien des égards : le Premier ministre déclare qu’il appliquera le programme du président, or c’est l’application de ce programme qui ne donne rien sur le terrain aux plans sécuritaire et de la bonne gouvernance. Le président a reconnu lui-même qu’il faut changer de paradigme. Changement de paradigme, application du programme présidentiel, voilà une espèce de contradiction. Une chose est certaine, les Burkinabè ne se laisseront plus berner. Personne n’est dupe ! Un régime de prédation et de prébende ne peut faire face à la situation que nous vivons ».

 

 

Propos recueillis par Rahamatou SANON et Boureima KINDO

 

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