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DISCOURS D’INVESTITURE DU LIEUTENANT-COLONEL MAMADY DOUMBOUYA

Un catalogue de bonnes intentions dont la mise en œuvre doit être suivie de près

C’est dans la sobriété et avec le lieutenant-colonel Mamady Doubouya à la tête de l’Etat que la Guinée-Conakry a commémoré le 02 octobre dernier le 63è anniversaire de son indépendance vis-à-vis de la France. Pas de ferveur particulière ou de concert géant au palais du peuple comme c’était le cas il y a quelques années, mais juste une cérémonie officielle marquée par le traditionnel dépôt de la gerbe de fleurs à la Place des Martyrs située à Kaloum, au centre-ville de la capitale. C’est le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, investi président de la transition seulement la veille, qui a posé l’acte symbolique, avant de s’offrir un petit bain de foule dans la banlieue de Conakry. Ce contact joyeux avec le public aurait été anecdotique s’il ne s’agissait pas d’un militaire catapulté au sommet de l’Etat grâce à sa puissance de feu, et qui pourrait troquer sa tunique de « sauveur de la Nation » contre celle de l’autocrate incontrôlable, comme le fut un autre militaire avant lui, le capitaine Moussa Dadis Camara en l’occurrence. Pourtant, la veille, le lieutenant-colonel Doumbouya avait séduit ses compatriotes ainsi que les amis et partenaires de la Guinée, avec le discours hautement politique qu’il a débité au Palais Mohamed V, à l’occasion de son investiture comme président de la transition. L’officier supérieur qui a prêté serment ce 1er octobre en tant que chef de l’Etat qui se soumettra désormais à l’autorité de la loi et non à celle des armes, a promis à ses compatriotes une refondation de l’Etat dans les mois à venir, avec la rédaction d’une nouvelle Constitution, la réforme du système électoral, l’organisation d’élections libres et transparentes et la lutte sans merci contre la corruption qui gangrène le pays. De quoi semer la trouille chez tous ces dealers et indécrottables affairistes qui tirent le pays vers le bas, et qui sont malheureusement si nombreux que de l’aveu même de l’ancien président Lansana Conté, « si on devait exécuter tous ceux qui ont volé la Guinée, il ne resterait plus personne à tuer ». C’est conscient du Mal et de la profondeur de ses racines que le président de la transition a annoncé dans la foulée la création d’un organe de contrôle et de moralisation de la gestion publique, et l’organisation de scrutins locaux avant la présidentielle comme cela se passe dans tous les pays qui ne badinent pas pour ainsi dire, avec les règles démocratiques. Mamady Doumbouya a également promis qu’aucun membre des organes de la transition ne sera candidat à une élection quelle qu’elle soit, histoire de rabattre le caquet de tous ceux qui subodorent déjà qu’il va finir par s’accrocher mordicus au douillet fauteuil présidentiel. Heureusement d’ailleurs que ceux qui pensent que le discours d’investiture du lieutenant-colonel n’est qu’un catalogue de tirades moralisatrices ou de promesses à l’emporte-pièce destinées à endormir la conscience du peuple, ne sont pas les plus nombreux, encore moins les plus représentatifs de la société guinéenne. Des voix qui comptent comme celle du chef de file de l’opposition, ont salué le courage et l’engagement du locataire temporaire du palais de Sékoutouréya de remettre le pouvoir à un président démocratiquement élu au terme de cette transition. La plupart de ses compatriotes croient en lui d’autant que pour la première fois dans l’histoire du pays, un militaire putschiste a prêté serment avant de prendre officiellement les rênes du pays, comme pour dire qu’il se soumet à toutes les contraintes que les lois de la République imposent à un président civil. Ces Guinéens qui ont souffert le martyre sous l’ère Alpha Condé espèrent que le président de la transition marchera sur les traces du très lucide Général Sékouba Konaté qui, après avoir pris la tête de la précédente transition suite au départ mouvementé du capitaine Dadis Camara en décembre 2009, avait organisé l’élection présidentielle de 2010 sans y prendre part. Un officier supérieur pouvant en cacher un autre, rien ne dit a priori que l’ancien chef des forces spéciales ne passera pas lui aussi le témoin à un président démocratiquement élu, histoire de remettre la Guinée sur les rails après une décennie de collapses sur les plans politique et social notamment. On attend la nomination dans les prochains jours d’un Premier ministre civil et la mise en place d’un Conseil national de transition pour que ce travail d’Hercule commence véritablement, avec les concertations entre les nouvelles autorités et les forces vives devant aboutir à la fixation de la durée de la transition, comme l’a annoncé Mamady Doumbouya. Espérons que ce dernier ne va pas se servir de la nécessité de secouer le cocotier avant de passer la main comme alibi pour s’offrir à peu de frais l’équivalent en temps d’un mandat présidentiel, et que la communauté internationale se tiendra toujours aux côtés des Guinéens en veillant au grain, afin que les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets.

Hamadou GADIAGA

 

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