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DOMINIQUE MARIE ANDRE NANA, ministre des Sports et des loisirs

« Je ne suis pas le ministre du football, mais je ne suis pas le ministre anti-football »

Nommé ministre des Sports et Loisirs en janvier 2021, au lendemain de la réélection de Roch Marc Christian Kaboré à la Présidence du Faso, Dominique Marie André Nana n’est pas un inconnu dans le milieu du sport burkinabè. Gardien de but du club jaune et vert de l’ASFA-Yennenga, l’homme a servi son club de cœur à tous les niveaux en occupant des postes de responsabilités au comité exécutif et depuis quelques années, au sein du Conseil d’administration. Il a été également secrétaire général adjoint du comité exécutif de la Fédération burkinabè de football (FBF) sous la présidence de Seydou Diakité. Cadre de banque, Dominique Marie André Nana était conseiller spécial à la Primature depuis Paul Kaba Thiéba à Christophe Dabiré avant d’être appelé au gouvernement. C’est un ministre des Sports et des loisirs, beaucoup plus pragmatique que bavard, que nous avons rencontré dans l’après-midi du 16 septembre 2021 à son cabinet. Avec Dominique Marie André Nana, les échanges ont porté sur les infrastructures sportives qui constituent une équation pour les acteurs du sport au Burkina. Il n’a pas hésité à s’exprimer sur son état de santé, ses relations avec le locataire de Kosyam (NDLR, le président du Faso) ou encore ses activités politiques.

 

Le Pays : Votre santé avait fait l’objet de beaucoup de supputations sur les réseaux sociaux. Peut-on dire aujourd’hui que le ministre des Sports et des Loisirs se porte bien ?

 

Dominique Nana : Par la grâce de Dieu, je peux affirmer que ça va. Nous avions effectué un déplacement à Paris pour subir une intervention afin de mettre une prothèse à la hanche. Une intervention qui était prévue depuis 2020 et qui a dû être reportée à cause de la pandémie du Covid-19. Et comme cette année, le mal a repris avec persistance, nous avons préféré aller mettre cette prothèse pour nous permettre de retrouver une certaine mobilité. Les choses se sont bien passées et après avoir fini la rééducation, nous avons retrouvé à peu près l’usage de nos membres. Nous continuons à rendre grâce à Dieu.

 

Ne répondant pas aux normes de la FIFA, le Stade du 4-Août est fermé et nous n’avons connaissance d’aucun début de travaux. Quand est-ce que nous pouvons espérer ce stade prêt à être mis à la disposition des sportifs, particulièrement les footballeurs ?

 

Le Stade du 4-Août est aujourd’hui fermé et ce qui se passe à l’intérieur, est l’affaire des spécialistes. Et comme je l’ai déjà dit et je le répète, il y a un certain nombre de procédures de la dépense publique, qu’il convient de respecter. Nous sommes dans le cadre de l’aboutissement de ces procédures afin de lancer officiellement les travaux de réhabilitation du stade. Dans les jours ou semaines à venir, nous aurons la possibilité d’avoir l’acte administratif qui permette de lancer les travaux. Ce qui est important, c’est d’effectuer les travaux qui vont réhabiliter le Stade du 4-Août de façon définitive. Cela va mettre l’ensemble du peuple burkinabè d’accord et il est donc impératif pour nous de faire des travaux de qualité. C’est ce qui explique que nous ne nous laissons pas emporter par les questions de délai. Mais, jouer hors du Burkina aujourd’hui, a deux inconvénients. Il y a d’abord le fait que les Etalons qui ont fait du Stade du 4-Août, leur jardin où depuis 2009, ils n’ont perdu aucun match à Ouagadougou, doivent jouer hors de leur base. Le second inconvénient est que lorsqu’on va dehors, on supporte des coûts financiers énormes qui nous pénalisent. Ce n’est donc pas de gaieté de cœur que nous acceptons d’y aller. Les gens doivent comprendre que nous avons besoin de faire les travaux qui vont remettre le stade aux normes pour que cette question soit définitivement résolue.

 

Au sujet des infrastructures sportives, comment expliquez-vous que les stades construits dans certaines régions dans le cadre de la célébration du 11-Décembre, soient aujourd’hui hors d’usage et quelles sont les mesures que vous comptez prendre pour éviter de revivre de telles situations malheureuses ?

 

Nous avons demandé un travail de réalisation d’un documentaire sur ces stades afin que nous puissions constater réellement ce qui s’est passé et ensuite, des études techniques vont être entreprises pour pouvoir déterminer véritablement, les raisons pour lesquelles il en est ainsi. Au moment de leurs réalisations, vous comprendrez que ces infrastructures ne disposaient pas de compétences ou d’expertises nationales en la matière. Il y a eu le stade de Fada N’Gourma de même que celui de Ouahigouya où on avait commencé avec le gazon naturel qui n’a pas marché. Ensuite, on est passé à la phase du synthétique qui nécessite une certaine expertise que, malheureusement, nous n’avons pas maitrisée. L’un dans l’autre, il y a un certain nombre d’insuffisances constatées dans la réalisation. Avec la décentralisation, des ouvrages devaient revenir aux maires pour la gestion et tout cela n’a pas contribué à assurer une bonne gestion de ces infrastructures. Ainsi, ces stades n’ont pas connu l’entretien qu’ils auraient dû avoir. C’est dans ce sens que nous sommes en train de faire l’évaluation de ces manquements de manière à ce que les mesures correctives qui vont venir, soient assez pérennes.

 

Il y a également le cas des terrains du RCB (Racing club de Bobo) et de l’ASFB (Association sportive des fonctionnaires de Bobo) pour lesquels, vous avez manifesté votre mécontentement vis-à-vis de l’entreprise chargée de l’exécution des travaux tout en promettant des sanctions. Où en êtes-vous avec ce dossier ?

 

Le dossier a connu une évolution parce que l’entrepreneur a invoqué une insuffisance au niveau des études qui ont permis de contractualiser avec lui. Ainsi, nous avons dû recourir à un sondage du Laboratoire national des travaux publics, qui a révélé que le niveau de décapage qui était prévu dans l’étude initiale, n’était pas bon. Il y a donc eu un décapage supplémentaire qui devait faire l’objet d’un réaménagement du marché. Tout cela a pu être fait et un ordre de service a été redonné à l’entreprise qui a repris les travaux. Je pense que cette fois-ci, nous sommes dans la bonne dynamique pour aboutir à la fin des travaux et pouvoir remettre aux deux clubs, leurs terrains d’entrainement respectifs.

 

 

« Nous devons aussi éviter de réaliser des infrastructures sous la pression »

 

 

Un dossier chaud dont vous avez hérité, est la question du Stade municipal de Koudougou. Des supporters de la ville ont même marché parce que vous aviez sollicité un espace pour la construction d’un nouveau stade. Qu’en est-il exactement ?

 

Nous n’avons pas hérité d’un dossier chaud. Il faut relever qu’à notre arrivée à la tête du département des Sports et des loisirs, nous avons reçu comme lettre de missions, de concourir à réaliser des infrastructures de qualité pour les sportifs du Burkina. Dans notre évaluation, nous avons estimé qu’une ville comme Koudougou méritait d’avoir un stade. C’est dans ce sens que nous avons demandé au Gouverneur de la région du Centre-Ouest, d’identifier un espace qui permette de faire les études préalables à la réalisation de ce stade. Ainsi, la Gouverneure a saisi le maire de Koudougou pour déterminer ce lieu. Nous étions en attente de cette procédure lorsque nous avons appris que des gens manifestaient dans la ville pour protester contre le maire parce qu’il n’a pas encore identifié l’espace sur lequel nous devons réaliser le stade. Les gens doivent comprendre que la dépense publique est soumise à un certain nombre de procédures auxquelles nous ne pouvons pas déroger pour faire plaisir à quelqu’un. Nous devons aussi éviter de réaliser des infrastructures sous la pression puisque c’est cela qui amène à faire des travaux qui ne sont pas de qualité et qui vont ensuite décevoir l’ensemble des bénéficiaires. Nous avons donc décidé de ne pas réagir à ces manifestations et il est normal que les populations manifestent parce qu’elles veulent des ouvrages de qualité. Il a été aussi question d’une disposition de la ligue de football professionnel, qui souhaiterait qu’il y ait des terrains avec pelouse, faute de quoi, le club de la localité ne serait pas autorisé à jouer à Koudougou. Ce qui s’est avéré faux parce que je crois que lors de l’assemblée générale de la Fédération burkinabè de football (FBF), tenue récemment à Tenkodogo, il a été admis que Koudougou peut continuer de jouer sur son terrain, le temps d’avoir un stade. Nous avons fait l’évaluation de ce qu’il y a à faire au Stade municipal pour permettre de le remettre à niveau. Il faut relever que la pente est mauvaise et la pelouse doit être décapée afin de remettre un terrain stabilisé avec une pente normale avant de reposer une pelouse. Est-ce normal d’entreprendre autant de dépenses pour réhabiliter un stade pendant que nous avons pour ambition de réaliser un nouveau stade ? Mais, il se trouve qu’une bonne partie des sportifs de Koudougou, souhaitent pouvoir utiliser ce stade en attendant. Mais, pendant que nous étions en discussions avec la Gouverneure, le maire, le président de la ligue du Centre-Ouest, nous avons été surpris hier (NDLR : l’entretien a été réalisé le jeudi 16 septembre 2021) de constater que les gens ont voulu envisager de réaliser les travaux. C’est ainsi que nous y avons dépêché une équipe qui a décapé le terrain et il semble que les gens souhaitent y faire des travaux pour mettre à niveau le terrain stabilisé pour pouvoir y jouer. Mais, nous continuons notre procédure et lorsque nous serons prêts pour faire les travaux qui sont prévus, nous les réaliserons dans les règles de l’art. C’est l’occasion pour moi de lancer un appel à l’ensemble des sportifs de Koudougou et des autres villes du Burkina, de faire confiance aux autorités et de nous permettre de faire les travaux dans la sérénité. Toute pression ou précipitation va conduire à faire des ouvrages qui auront des durées de vie très éphémères. Si ce stade a été réalisé depuis un certain bout de temps et n’a jamais été utilisé, ce n’est pas de gaieté de cœur et ce n’est pas non plus intéressant qu’on puisse dépenser autant d’argent pour des infrastructures qui ne vont pas servir. Que les gens nous fassent confiance parce que nous avons choisi de faire un stade à Koudougou et nous ferons tout pour qu’il se réalise.

 

Face à ces questions d’infrastructures sportives, quelles sont les mesures que vous comptez prendre pour les réhabiliter et en construire de nouveaux ?

 

C’est l’obligation principale qui m’a été assignée et nous sommes dans les phases d’études pour savoir non seulement ce qu’il faut faire techniquement, mais également pour élaborer un dossier pour voir comment faire pour disponibiliser les ressources nécessaires à la réhabilitation des stades. Avec la question sécuritaire et la pandémie du Covid-19, le sport n’est pas forcément une priorité. Par contre, il nous appartient de trouver les intelligences nécessaires pour pouvoir réaliser des infrastructures sans que cela ne pèse sur le budget de l’Etat. Nous sommes dans cette situation de trouver des solutions et d’ici peu, nous aurons une lueur d’espoir.

 

« Nous allons procéder bientôt à la relecture des textes sur l’arbitrage qui permet d’allouer les ressources financières aux fédérations »

 

Tout comme vos prédécesseurs qui n’y sont pas parvenus forcément, vous avez relevé que vous ne serez pas un ministre du football. Qu’est-ce que vous comptez faire pour confirmer vos propos et faire en sorte que les autres disciplines sportives ne soient plus confinées dans la catégorie des sports dits mineurs ?

 

A ce niveau, les autres fédérations peuvent témoigner de ce qu’aujourd’hui, je suis disponible pour l’ensemble des activités qu’elles mènent. C’est dans ce sens que nous essayons de leur apporter l’accompagnement des moyens à la hauteur de ce dont nous disposons. Mais, il faut que tout le monde comprenne que le football est la locomotive du sport un peu partout dans les pays. Et lorsqu’il marche, cela permet d’avoir plus de ressources pour le sport. Donc, autant je ne suis pas le ministre du football, autant je ne suis pas le ministre anti-football. Nous allons travailler à ce que l’ensemble des disciplines  qui arrivent à dérouler un calendrier régulier au Burkina, puissent avoir l’accompagnement nécessaire. A ce sujet, nous allons procéder bientôt à la relecture des textes sur l’arbitrage qui permet d’allouer les ressources financières aux fédérations pour porter plus l’accent sur celles qui sont à jour de leurs réunions statutaires, qui tiennent leur championnat de façon régulière, organisent les championnats de petites catégories et qui participent aux compétitions internationales. Il faut qu’on applique ces critères pour pouvoir encourager les fédérations qui sont mobilisées sur le terrain, dont les activités sont visibles plutôt que de saupoudrer une multitude de fédérations avec de petites sommes qui ne leur permettent pas de réaliser de grandes ambitions.

 

Qu’est-ce qui explique que contrairement à vos prédécesseurs, vous soyez distant des Etalons lorsqu’ils jouent hors du pays ?

 

Nous pensons que ce n’est pas la présence physique qui est importante, mais ce que nous faisons en tant que ministre pour leur donner les ressources nécessaires afin de réaliser le programme de la Fédération burkinabè de football (FBF) en matière de participation aux compétitions internationales. Il faut pouvoir mettre les Etalons dans les meilleures conditions pour pouvoir jouer. Tous ceux qui ont pu suivre, ces temps-ci, l’équipe nationale, savent que nous arrivons à mettre les joueurs dans les mêmes conditions dans lesquelles ils travaillent dans leurs clubs professionnels. Nous essayons d’avoir un environnement professionnel pour eux. J’ai été membre fédéral et je sais comment les conflits entre le ministère de tutelle et la fédération ont souvent empoisonné la vie des Etalons. Donc, il ne m’appartient pas aujourd’hui de me substituer à la fédération. Elle a la délégation pour diriger le football au Burkina et c’est son travail qui conduit à mettre en place les Etalons. Et la présence des autorités fédérales et de l’encadrement technique, est plus que suffisante. Lorsqu’un ministre se déplace, c’est peut-être pour apporter une caution morale à une activité. Sinon, le plus important pour moi, c’est de les mettre dans les meilleures conditions. A mon arrivée dans ce département, je me suis dit qu’il fallait que nous arrivions à une rationalisation des dépenses et éviter, tant que nous le pouvons, d’alourdir les délégations avec des gens dont la présence n’est pas un plus. Si je peux imposer cela à mes cadres, il faut que je me l’impose également. Aller assister à un match des Etalons, c’est pour le plaisir de mes yeux puisque je n’ai aucun rôle particulier à y jouer. Dans cette vision, il est bon que je donne l’exemple en ne suivant pas les Etalons partout où ils vont.

 

Pour ce qui est de l’Union nationale des supporters des Etalons (UNSE), est-ce que vous maintenez qu’elle doit pouvoir se prendre en charge lors des déplacements pour aller soutenir l’équipe nationale ?

 

Les gens doivent comprendre que nous avons besoin des supporters pour l’ensemble de nos disciplines. A ce sujet, il y a le Tour cycliste international du Faso qui commence bientôt, les quatre matchs restants des éliminatoires de la Coupe du monde 2022, la phase finale de la CAN au Cameroun. Et pour ces compétitions, nos sportifs doivent être accompagnés et soutenus pour les amener à réaliser de bonnes performances. Mais, lorsque nous n’avons pas suffisamment de moyens, il faut pouvoir les utiliser de façon rationnelle. C’est dans cette dynamique que nous avons reçu l’UNSE et lui avons demandé d’élaborer un budget. Quand elle va revenir avec ce budget, nous allons discuter et trouver les voies et moyens pour l’accompagner à mobiliser les ressources nécessaires à sa réalisation. Ce que je ne ferai pas, c’est de me substituer à l’UNSE pour gérer ses ressources. Maintenant, prendre la délégation de l’UNSE pour en faire une du ministère, c’est ce que je ne vais pas faire. J’ai été membre de la Coordination nationale des supporters des Etalons lors de la CAN 98 et je ne suis pas celui qui va venir priver nos Etalons du douzième homme qui contribue souvent à faire gagner des matchs. Bien au contraire, je vais les mettre dans les meilleures conditions. La preuve, lorsque le club de football de l’AS SONABEL s’est déplacé à Yaoundé au Cameroun pour jouer son match du tour préliminaire de la ligue des champions de la CAF, j’ai demandé à ce qu’un membre de l’UNSE soit associé à la délégation. C’était pour identifier les éventuels lieux d’hébergement et il s’agit, pour nous, de faire en sorte que la structure s’autosaisisse de cette question et la résolve à son niveau. Soyons sereins puisqu’il n’est pas question de les priver de moyens pour accompagner les Etalons mais c’est de les rationaliser et de responsabiliser l’UNSE par rapport à la gestion de ses ressources.

 

 

« Kamou Malo sait très bien l’importance de la Coupe du monde pour un pays comme le Burkina, il est dans un langage qui n’est pas du tout, à mon avis, ce qu’il pense »

 

 

En tant qu’ancien sportif, comment avez-vous accueilli les propos du sélectionneur national des Etalons, Kamou Malo, qui parlait du groupe de son équipe par rapport aux éliminatoires du mondial en déclarant qu’il va se servir de ces matchs pour préparer la CAN ?

 

Les entraîneurs ont leur langage, leur méthode et c’est l’ancien sportif qui vous parle. On trouvera un entraîneur qui annonce qu’un joueur ne jouera pas tel match parce que blessé et vous constaterez qu’il est finalement à la pointe de l’attaque, le jour du match. Kamou Malo sait très bien l’importance de la Coupe du monde pour un pays comme le Burkina. C’est un compétiteur puisque je le connais bien depuis sa tendre enfance et il est dans un langage qui n’est pas du tout, à mon avis, ce qu’il pense. Les deux premiers matchs de ces éliminatoires que nous avons vus à Marrakech, sont plus parlants que ses déclarations.

 

Quelle politique avez-vous pour les loisirs qui constituent un aspect de votre département dont on ne parle pas trop ?

 

Les Loisirs constituent un domaine où nous travaillons à pouvoir mettre des activités de loisirs à la disposition de notre peuple. C’est vrai qu’il y a les loisirs sportifs tels que la pétanque, les jeux de société qui suscitent un certain engouement et pour lesquels nous avons une direction qui travaille à les vulgariser. Mais, nous allons mettre l’accent, d’ici peu, sur d’autres activités telles que la randonnée pédestre, les excursions dans les lieux qui permettent aux gens d’avoir des moments récréatifs et surtout pour notre jeunesse. Pour celle-ci, il s’agit d’avoir des parcs d’attraction où elle peut s’adonner à des loisirs sains. Cela est extrêmement important parce que lors des vacances aujourd’hui, c’est un casse-tête chinois pour les parents de pouvoir occuper les enfants, surtout que les possibilités de voyage ont été réduites. Tout cela doit nous conduire à une certaine résilience par rapport à cette question de loisirs. La réflexion a été lancée et nous avons une commission qui travaille dessus et nous espérons qu’au cours de l’année 2022, nous allons commencer à mettre en place les premières activités de loisirs à grand public au profit de notre peuple.

 

Parlant de lieux de distraction, on observe dans des arrondissements de la ville de Ouagadougou, des espaces où il est écrit qu’ils appartiennent au ministère des Sports et des loisirs. A ce sujet, quelle est la politique mise en place pour les mettre en valeur ?

 

Nous avons fait un recensement de l’ensemble des terrains appartenant au ministère des Sports et des loisirs et nous sommes en train de discuter avec le ministère de l’Urbanisme pour les sécuriser. Dans ce sens, nous avons failli être spoliés d’un certain nombre d’hectares autour du Stade général Sangoulé Lamizana à Bobo-Dioulasso. C’est ainsi que nous sommes en train de nous battre pour éviter que le Golf club soit loti. Nous avons aussi le projet des 350 terrains stabilisés, qui a été lancé et dont la phase pilote a été faite avec 14 terrains. Concernant les terrains, nous avons été confrontés à des difficultés puisque, malgré le fait qu’ils appartiennent au ministère, ils ont fait l’objet d’occupation. Nous avons des terrains sur lesquels il y a des gens qui sont venus nous présenter des titres de propriété pour dire qu’ils  sont propriétaires d’une partie. Il y a des terrains sur lesquels nous avons trouvé des tombes tout comme des gares, des maquis, des lieux de culte qui s’y sont implantés et d’autres où il y a des ouvrages réalisés par des institutions de la République. Tout cela contribue à nous dire qu’il faut d’abord nous assurer de la propriété de ces terrains et les sécuriser. Parlant de loisirs sportifs, lorsque vous allez dans des villes comme Dakar et bien d’autres, vous trouverez des espaces où les gens jouent au maracana, à des sports de mains pratiquement toute la journée et une bonne partie de la nuit. Nous sommes dans l’étude afin de voir comment les implanter dans l’ensemble des chefs-lieux des régions du Burkina, pour que les gens aient des espaces pour pratiquer le sport. Ce sont des projets structurants parce que, si nous arrivons à les réaliser et l’occupation étant payante, cela va permettre d’avoir des ressources financières. C’est un pan de ce que nous avons comme projets pour occuper ces terrains et éviter que cela fasse l’objet de spoliation.

 

Avez-vous un message particulier sur le Tour cycliste international du Faso dont le comité d’organisation a été installé il y a de cela quelques semaines ?

 

A quelques jours du Tour cycliste international du Faso, nous encourageons tous les acteurs qui travaillent présentement dans l’ombre pour mettre en place une 33e édition qui fera date. Le comité d’organisation est à pied d’œuvre depuis un mois et c’est déjà bien de voir les avancées en matière de participations qui sont annoncées. C’est l’occasion pour moi d’inviter la presse nationale à accompagner le comité d’organisation dans l’effort qu’il va faire parce que c’est une opportunité de montrer une autre image de notre pays à la face du monde, à travers les sites touristiques dont regorgent les villes qui vont être traversées. D’ailleurs, mon directeur de la communication et de la presse ministérielle travaille d’arrache-pied avec l’Association des journalistes sportifs du Burkina (AJSB) pour que nous parvenions à une convention qui va régir la collaboration. Si celle-ci arrivait à voir le jour, cela   contribuerait à mettre en place un portail dans lequel on va offrir plus de visibilité pour servir le Burkina, mais aussi pour capter les annonceurs afin d’avoir des ressources additionnelles pour le ministère et l’AJSB.           

 

Quelle marque comptez-vous imprimer au sport burkinabè ?

 

C’est d’abord réussir la feuille de route qui m’a été assignée, à savoir doter le Burkina d’infrastructures sportives de qualité, créer et susciter la mise en place de textes législatifs et réglementaires qui encadrent la pratique du sport au Burkina pour nous permettre une bonne représentativité des équipes nationales et des athlètes aux compétitions internationales. Si nous arrivons à avoir des résultats dans ces domaines, ce sera déjà satisfaisant pour moi.

 

Comment doit-on vous qualifier à la tête du ministère des Sports et des loisirs ? Dominique Nana le révolutionnaire ou Dominique Nana le pragmatique ?

 

Je ne suis qu’un serviteur du peuple. Si ce que nous devons apporter en tant que vision, orientation de l’action de ce département, permet d’améliorer les choses pour que nous ayons de meilleurs rendements de nos sportifs, des infrastructures de loisirs à mettre à la disposition de notre peuple, ce sera largement suffisant. C’est l’histoire qui jugera les qualificatifs de révolutionnaire ou de pragmatique en fonction des résultats auxquels nous serons parvenus. Du reste, qui n’est pas révolutionnaire ? Chacun prétend être révolutionnaire. Si nous améliorons certaines choses, cela va permettre au Burkina d’avoir de meilleurs résultats. En prenant l’année 2021, nous avons réussi à être présents dans beaucoup d’activités et c’est à l’honneur du Burkina et des agents de mon département qui ont tous, dans un élan unanime, accepté d’accompagner les différents efforts. Lorsque Hugues Fabrice Zango a apporté la première médaille olympique au Burkina, l’ensemble des agents du département se sont sentis honorés et ce fut de même avec la qualification des Etalons à la CAN au Cameroun, la participation des Etalons au CHAN ou encore à la CAN U20, les bons résultats des cyclistes, du rugby, la première participation des Etalons à la phase finale du championnat d’Afrique de volley-ball. Ce sont des résultats qui plaident pour que l’on poursuive dans cette voie afin que notre sport arrive à s’offrir une place sur l’échiquier du sport africain et international.

 

On vous sait proche du chef de l’Etat, mais on ne vous sent pas trop impliqué dans les activités du parti au pouvoir, le MPP. Qu’est-ce qui explique cela ?

 

Je suis membre du bureau politique du MPP, de la section et j’ai participé activement à la campagne pour la présidentielle et les législatives de 2020 tout comme à l’ensemble des activités de mon parti. A ce niveau, je ne me sens pas du tout en retrait. Maintenant, si être proche du chef de l’Etat, c’est être l’activiste tout vent debout qui est devant et se tape la poitrine, ce n’est pas mon travail. Je ne suis pas de ce genre et ce que chacun de nous fait, contribue mieux à défendre l’image du président du Faso et à l’accompagner dans la réalisation de son programme, que de faire de grandes déclarations dans les meetings alors que dans le travail, on n’apporte rien. Notre parti continue de se bonifier et nous tiendrons bientôt notre congrès. Je pense jouer le rôle qui me revient et occuper la place que je dois occuper au niveau du parti.

 

« C’est normal que nous préparions la sortie de la génération actuelle pour qu’une nouvelle puisse accéder aux affaires au niveau de l’appareil du parti, de l’Etat »

 

Au sujet du congrès de votre parti, le MPP, on parle de plus en plus d’un renouvellement de la classe dirigeante. Qu’en est-il exactement ?

 

La vie de tout homme, y compris la vie politique, est faite de renouvellements. Aucune activité ne reste figée. Donc, un parti qui ne se renouvelle pas, va mourir. Notre génération a beaucoup donné au Burkina en termes de lutte politique. Vous parlez de compagnonnage avec le chef de l’Etat, mais il faut savoir que depuis 1978, nous sommes ensemble dans un projet politique qui nous a amenés à faire la Révolution en 1983, à subir la répression du Front populaire en 1987, à revenir en 2014 à travers une insurrection populaire et à conquérir le pouvoir par les urnes. Je pense que nous avons suffisamment donné et notre devoir aujourd’hui, c’est de préparer la place pour que les jeunes puissent prendre le relais et poursuivre l’œuvre de construction de la patrie. C’est normal que nous préparions la sortie de la génération actuelle pour qu’une nouvelle puisse accéder aux affaires au niveau de l’appareil du parti, de l’Etat, des activités dans les départements ministériels.

 

Que devient Richy Hardy ?

 

Richy Hardy est un pseudo que je m’étais créé dans les années 2010 et qui nous a permis de continuer, dans l’anonymat, la lutte contre le régime de Blaise Compaoré, participer au débat démocratique. A partir du moment où c’est un profil qui avait une certaine notoriété, l’abandonner pour retrouver un autre n’était pas indiqué en terme de communication. Ce qui nous a amené à conserver ce pseudo. Mais, depuis que nous avons été appelé au gouvernement, au vu de l’importance de la fonction, nous devons, en tant que serviteur du peuple,  rester dans une certaine neutralité dans le débat public. Ainsi, nous avons maintenu le profil sans l’utiliser dans le débat tel que nous y participions auparavant.  Et comme il y a une vie après le gouvernement, Richy Hardy va renaitre de ses cendres lorsqu’il sera déchargé de ses fonctions.

 

Quelles sont vos distractions ?

 

Avant d’être appelé au gouvernement, ma principale distraction était d’aller voir les matchs dans les stades. Aujourd’hui, cela est devenu une occupation mais, est-ce qu’il faut dire que c’est une distraction ? C’est peut-être l’avantage d’exercer un métier où je retrouve mon loisir préféré. Je vais aussi vous dire que je ne suis pas que le foot. Et les amateurs de cyclisme doivent savoir que je suis un grand fan de cette discipline. J’ai du plaisir à regarder les courses cyclistes de même qu’à suivre devant le petit écran, l’ensemble des compétitions dans toutes les disciplines. J’adore également lire. Cela suffit déjà comme activités de distraction, eu égard à la contrainte de temps que nous avons aujourd’hui et qui fait que nous en avons très peu pour nous. Ce sont des fonctions passagères et il faut se donner le temps de réussir sa mission. Après, on retrouvera le temps pour se distraire.

 

Propos recueillis par Antoine BATTIONO

 

 Dominique Marie André Nana, le sportif

 

« Comme tout gamin, nous avons joué au football dans le quartier, à l’école primaire et en 1978, j’ai été contacté par le coach Drissa Malo Traoré dit Saboteur pour signer à l’YCO (NDLR : Yennenga club de Ouaga ancien nom de l’ASFA-Yennenga) où j’ai joué de 1978 à 1984. J’ai dû arrêter parce que j’étais en année de maitrise puisqu’il fallait plus se concentrer sur les études. Ensuite, nous avons fait le SNP (NDLR : Service national populaire), enseigné dans la campagne. Il faut relever que pour jouer à l’époque, il fallait se cacher pour ne pas être vu par les parents alors qu’aujourd’hui, ce sont ces derniers qui amènent leurs enfants pour participer aux tests de recrutement de footballeurs ».

 

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