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EBOLA EN RDC : Ces chiffres qui interrogent


Plus de trois mille morts en moins de quatre mois. Ce sont les derniers chiffres de l’épidémie d’Ebola qui continue sa progression macabre en République démocratique du Congo (RDC) où la situation demeure éminemment préoccupante, avec une soixantaine de zones de santé touchées dans une demi-douzaine de provinces. Des chiffres effarants qui donnent d’autant plus le tournis qu’ils concernent les cas connus et recensés par l’institut national de santé publique congolais qui les a publiés, dans un contexte où, au-delà du défi sécuritaire, le maillage sanitaire de ce vaste pays d’Afrique centrale reste un autre grand challenge. Toujours est-il qu’au-delà de l’émotion liée au cap dramatique des trois mille morts qui a été franchi, ce sont des chiffres qui interrogent.

 

 

Un manque d’adhésion des populations, dont la conséquence est perceptible dans l’explosion des contaminations

 

Pourquoi autant de morts en si peu de temps ? Pourquoi une telle augmentation subite du taux de létalité qui est passé de 28%, il y a de cela quelques semaines encore, pour avoisiner aujourd’hui les 50% ?  Y a-t-il des failles dans le mécanisme de réponse mis en place par les autorités pour répondre à cette épidémie qui bat déjà de tristes records, alors que, selon toute vraisemblance, le pic de la maladie n’est pas encore passé ? Autant de questions qui sonnent comme une vive interpellation des autorités congolaises. Surtout quand on voit les chiffres de la précédente épidémie qui sont largement en deçà des chiffres actuels, avec quelque deux mille trois cents morts sur moins de trois mille quatre cents cas confirmés, selon les données de 2018-2020. C’est dire si cette épidémie d’Ebola qui a été officiellement déclarée en mi-mai 2026, est déjà la plus meurtrière que le pays ait jamais connue. C’est dire aussi que dans le cas de ce nouveau virus, Bundibugyo pour le nommer, il y a véritablement péril en la demeure. Comment peut-il en être autrement quand on sait qu’à ce jour, il n’y a pas de vaccin ni de traitement homologué contre la maladie ? Si l’on ajoute à cela, l’insuffisance de moyens pour la prise en charge des malades et la situation sécuritaire toujours délétère dans l’Est du pays où sévit aussi l’épidémie, c’est peu dire que les ingrédients d’une plus grande expansion de la maladie sont réunis pour que cette dernière fasse encore plus de victimes. A ce tableau déjà sombre, il faut ajouter les résistances communautaires qui constituent autant d’obstacles majeurs dans la lutte contre la maladie et que l’on retrouve dans le refus de certaines populations, de respecter les consignes sanitaires de prévention contre la maladie. Notamment le refus d’observer les mesures barrières de distanciation physique et de lavage des mains, ainsi que l’inobservation des mesures édictées dans la prise en charge des morts et l’enterrement des personnes décédées. Un manque d’adhésion des populations, dont la conséquence est perceptible dans l’explosion des contaminations et dans l’expansion rapide de la maladie. C’est dire que le combat se joue à plusieurs niveaux. Et autant il est nécessaire de prendre des mesures énergiques dans le renforcement du dispositif sanitaire, autant la sensibilisation des populations et la mobilisation active des communautés à travers l’implication des leaders communautaires, paraissent des facteurs cruciaux pour garantir une riposte efficace contre la maladie.

 

 

Les autorités congolaises ont certainement des leçons à tirer de l’exemple du voisin ougandais qui a réussi à contenir l’épidémie d’Ebola

 

Et tout porte à croire que sans un engagement fort et durable des populations concernées, la lutte paraît vouée à l’échec. Sans compter les effets pervers des conflits armés qui perdurent dans la zone, et qui entravent sérieusement les efforts humanitaires et sanitaires. C’est dire si, avec cette épidémie meurtrière sur fond de défi sécuritaire dans la partie orientale du pays, la charge reste énorme sur les épaules des autorités de Kinshasa. Mais elles ne doivent pas baisser les bras. Car, à côté des morts, il y a aussi des guérisons. Et les autorités congolaises ont certainement des leçons à tirer de l’exemple du voisin ougandais qui a réussi à contenir l’épidémie d’Ebola grâce à une approche systématique et bien coordonnée de la réponse sanitaire. Notamment à travers une surveillance rigoureuse des contacts des patients, une identification précoce des cas avec isolement des patients,  la mise en place de mesures de prévention et de contrôle visant à briser les chaînes de transmission, le renforcement des campagnes de sensibilisation pour informer les populations sur les risques et les mesures de prévention, sans oublier la coordination internationale avec l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et d’autres partenaires internationaux, qui a été essentielle pour partager des informations et des ressources médicales.

 

 « Le Pays »


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