HomeA la uneFAYE/SONKO : Le duel avant l’heure ?

FAYE/SONKO : Le duel avant l’heure ?


​Le bras de fer entre le président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye et son ex-Premier ministre, Ousmane Sonko, devenu président de l’Assemblée nationale dans les conditions que l’on sait, se poursuit.  Il est même, pour ainsi dire, en train d’affecter le fonctionnement des institutions, laissant redouter à terme un blocage de l’appareil d’Etat.  A preuve, les députés du PASTEF (Patriotes africains du Sénégal, pour le travail, l’éthique et la fraternité), majoritaires à l’Assemblée nationale, sous les auspices de leur mentor qu’est Ousmane Sonko, ont bloqué la loi des finances rectificative, le 21 octobre dernier. Déjà, le même texte avait été « recalé » en commission par les mêmes parlementaires.

 

Après le rejet de la loi des finances rectificative, on attend de voir comment réagira le gouvernement sénégalais

 

Si le gouvernement excipe d’une situation économique difficile pour défendre ledit projet, Ousmane Sonko et ses camarades estiment qu’il y a trop de zones d’ombres sur l’origine et la destination des crédits qu’ils refusent de voter, disent-ils, en l’état.  Mais pour le Premier ministre, la position du PASTEF ne vise ni plus ni moins qu’à « punir le peuple ».  Mieux, il accuse son prédécesseur, Ousmane Sonko, d’être dans une logique de vendetta politique.  Cela y ressemble fort. Car, depuis le divorce entre Faye et Sonko, les deux hommes se regardent en chiens de faïence, chacun guettant la moindre occasion pour solder ses comptes avec l’autre.  C’est la triste réalité en politique où des alliés  d’aujourd’hui peuvent devenir des ennemis jurés au moment où des adversaires d’hier se donnent la main pour mieux servir leurs intérêts. Ainsi va la politique en Afrique où les alliances se nouent et se dénouent selon les circonstances et les intérêts. Les convictions n’existent que de nom.  En tout cas, le cas Faye et Sonko est assez édifiant, au point que les uns et les autres redoutent que le Sénégal devienne l’otage des divergences de vues qui opposent les deux personnalités.  On y est presque.  Car, après le rejet de la loi des finances rectificative, on attend de voir comment réagira le gouvernement sénégalais qui n’entend pas courber l’échine et qui n’exclut pas la possibilité de recourir à « tous les outils institutionnels » pour faire passer ladite loi.  L’un des mécanismes consistera à recourir à l’article 86, alinéa 6 de la Constitution pour faire adopter la loi sans vote.  Cette démarche, quoique prévue par les textes, ne sera pas sans conséquence puisque l’Assemblée nationale pourrait, à la suite, voter une motion de censure contre le chef du gouvernement.  Le PASTEF y étant ultra-majoritaire, il va sans dire qu’une motion de censure passerait comme une lettre à la poste.  Cela dit, il est bon de rappeler que tout ce ramdam intervient à quelques jours du début des Jeux olympiques de la jeunesse prévus pour se dérouler à Dakar du 31 octobre au 13 novembre 2026.

Faye et Sonko gagneraient à trouver un compromis politique sous peine de se  voir sanctionner dans les urnes

 

Sans doute le gouvernement  fait-il profil bas pour éviter que le Sénégal s’offre en spectacle à l’occasion de cet événement important qui, il est peu de le dire, mobilisera grand monde. Mais comme on le sait, reporter un problème n’est pas synonyme de le résoudre, d’autant que Dakar se retrouve prise entre le marteau des populations qui crient à la baisse de leur pouvoir d’achat et l’enclume du Fonds monétaire  international (FMI) qui réclame des ajustements budgétaires nécessaires. Comment va-t-elle s’y prendre ? On attend de voir ; tant tout porte à croire que le duel Faye contre Sonko risque de se jouer avant l’heure, c’est-à-dire avant la prochaine présidentielle qui polarise toutes les attentions. De toute évidence, s’ils veulent continuer de mériter la confiance de leurs compatriotes, Diomaye Faye et Ousmane Sonko gagneraient à trouver un compromis politique sous peine de se  voir sanctionner dans les urnes et ce, au grand bonheur de leurs contempteurs. Malheureusement, l’animosité entre les deux hommes est telle qu’il est difficile pour l’un ou l’autre de reculer ; chacun étant convaincu de tenir le bon bout.

 

« Le Pays »


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