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LUTTE CONTRE LE TERRORISME EN AFRIQUE DE L’OUEST

La recette Erdogan  sera-t-elle la bonne ?

Lomé, la capitale togolaise, a déroulé le tapis rouge au président Turc, Recep Tayyip Erdogan, le 19 octobre 2021. Il faut préciser que ce dernier a entamé une tournée africaine devant le conduire respectivement en Angola, au Togo et au Nigeria. Après l’Angola où il a échangé avec son homologue Joao Lourenço sur plusieurs sujets dont la sécurité et le commerce, il a mis le cap sur le Togo. Les mêmes sujets se sont invités à l’étape de Lomé avec toutefois un accent porté sur la sécurité. Les présidents burkinabè et libérien, à savoir Roch Marc Christian Kaboré et Georges Weah, toutes affaires cessantes, se sont joints au président togolais pour prendre part aux discussions avec le dirigeant turc. Les raisons de ce déplacement peuvent être facilement imaginées. Elles sont  d’abord d’ordre sécuritaire. En tout cas, en ce qui concerne le Burkinabè Roch Marc Christian Kaboré, l’on peut se permettre de dire, sans grand risque de se tromper, que c’est le péril terroriste qui a guidé ses pas à Lomé pour rencontrer Erdogan. En effet, le Burkina Faso, son pays, est aujourd’hui dans  le dur à cause principalement des attaques terroristes. Et plus les années passent, plus l’on a l’impression que l’emprise terroriste sur le Burkina et les conséquences qui y sont liées, vont crescendo. Les statistiques liées au phénomène donnent simplement le tournis : quelque 1 500 000 (un million cinq cent mille) déplacés internes, des milliers d’écoles fermées, des milliers de civils et de militaires tués, plus de cinq régions sur les  13 que compte le pays où les groupes terroristes menacent d’y implanter leur lugubre drapeau. Bref, la situation est devenue intenable pour les Burkinabè et pour leur président, et cela malgré l’appui du G5 Sahel et des partenaires traditionnels du pays.

 

La Turquie pourrait être  un partenaire de taille pour la traque des terroristes

 

La situation commandait donc que le Burkina prospectât ailleurs dans l’espoir d’y trouver l’antidote qu’il faut à l’étreinte terroriste. Et cette démarche est plus que légitime. Au Mali, l’on prospecte du côté de la Russie et des mercenaires de Wagner, au Burkina, on lorgne du côté de l’ex-empire ottoman. Et le Burkina est loin d’être le seul à courtiser la Turquie. Le Togo, le Libéria et le Nigeria sont en train de faire la danse du ventre à ce pays. Les deux pays cités, à savoir le Togo et le Libéria, certes, ne sont pas encore touchés par le phénomène comme le sont certains pays de l’Afrique de l’Ouest, mais déjà la menace rôde à leurs  frontières. L’on peut même prendre le risque de dire que des cellules dormantes sont implantées dans ces deux pays. Quant au Nigeria, il ne se passe pratiquement pas un jour sans que les terroristes de Boko Haram n’y signalent leur présence. Que tous ces pays en proie déjà au terrorisme ou exposés à la menace terroriste, se tournent vers la Turquie afin de, pour les  uns, sortir la tête hors de l’eau et pour les autres, se prémunir contre le péril terrorisme, est compréhensible. Il reste à se poser la grande question suivante : la recette Erdogan  sera-t-elle la bonne  en Afrique de l’Ouest ? Cette question  est d’autant plus justifiée que les autres recettes déjà expérimentées dans cet espace en général et au Sahel en particulier, semblent avoir montré leurs limites. En tout cas, les populations concernées par le terrorisme de cette sous-région, ne sont pas loin de  croire que, ni les dirigeants de leurs pays respectifs, ni ceux qui sont venus d’ailleurs pour les secourir, n’en font assez pour inverser la tendance en cassant véritablement les reins aux terroristes. A contrario, ces populations meurtries et les opinions publiques croient, à tort ou à raison, qu’un  pays comme la Russie ou encore la Turquie, pourrait faire l’affaire. Et à l’appui de cette thèse, elles invoquent les exploits de ces deux pays en Centrafrique et en Syrie en ce qui concerne la Russie et la Libye en ce qui concerne la Turquie. Et ce dernier pays, en plus de la puissance de feu dont il dispose, a aussi l’avantage d’être un grand pays musulman qui peut contribuer  à déconstruire l’idéologie terroriste en Afrique de l’Ouest. De ce point de vue, l’on peut dire que la Turquie pourrait être  un partenaire de taille pour la traque des terroristes en Afrique de l’Ouest. Mais n’allons pas trop vite en besogne. Car, seuls les résultats confirmeront ou infirmeront ce point de vue.

 

Pousdem Pickou      

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