HomeA la uneMATCH USA/IRAN, VU D’AFRIQUE  : Le pied au ballon, l’esprit au nucléaire

MATCH USA/IRAN, VU D’AFRIQUE  : Le pied au ballon, l’esprit au nucléaire


24 ans après le match qui les avait opposés à la Coupe du monde 1998,  à Lyon, en France, où les Lions de Perse l’avaient emporté sur les Stars and Stripes par le score de 2 à 1, les Etats-Unis d’Amérique et l’Iran se sont à nouveau affrontés le 29 novembre 2022,  pour un match décisif pour la qualification pour les 8e de finale dans le groupe B. C’était donc un remake de l’histoire mais le contexte politique dans lequel s’est joué ce nouveau match, est totalement différent de celui de 1998. Car, les relations orageuses entre les deux pays connaissent aujourd’hui un nouveau pic. En 1998, au contraire, la haine exécrable que se vouent Américains et Iraniens depuis l’avènement, en 1979, de la Révolution iranienne qui s’est faite aux cris de « mort à l’Amérique, le Grand Satan » et aggravée par l’alignement de l’administration américaine durant les années 1980, derrière l’Irak dans la guerre qui l’opposait au régime des Ayatollah, s’était quelque peu atténuée. La  raison en est qu’il s’était opéré un rapprochement entre le président américain,  Bill Clinton et le président réformateur iranien, Mohammad Khatami, adepte du « dialogue des civilisations ».

 

Le contexte de dégel en 1998, avait fortement impacté la rencontre footballistique

 

Ce dernier avait même accordé en 1998 à la chaîne américaine CNN, une interview dans laquelle il n’avait pas fait mystère de son admiration pour la civilisation américaine, l’American Way of Life. Il avait même déclaré que son pays ne se doterait pas de l’arme nucléaire. Comme pour témoigner de cette détente dans les relations américano-iraniennes, le jour même du match, le 21 juin 1998, le président Bill Clinton avait fait une déclaration télévisée apaisante où il a eu ces propos : « Alors que nous célébrons aujourd’hui un match entre les sportifs de nos deux pays, j’espère qu’il pourra constituer un nouveau pas vers la fin des hostilités entre nos nations ». En réaction, le président de la Fédération iranienne de football avait alors demandé au régisseur de la sélection nationale, d’acheter, en symbole de paix,  un bouquet de roses blanches que les joueurs iraniens offriraient à leurs adversaires américains, ainsi qu’un plateau d’argent à donner au capitaine de l’équipe des USA. Ce contexte de dégel en 1998, avait donc  fortement impacté la rencontre footballistique entre les deux pays en France où les 40 000 spectateurs étaient majoritairement acquis à la cause de l’équipe iranienne qui,  galvanisée, avait trouvé la faille qui renvoyait les USA à domicile.  Mais en 2022, le contexte est tout autre. Car, les vieux démons sont de retour. Le dossier du nucléaire iranien, après les signes d’asphyxie de l’Accord de Vienne, a exacerbé, de nouveau, les tensions entre les deux pays avec en prime, l’accentuation de l’embargo américain contre l’Iran.  Et comme pour ne rien arranger, la guerre russo-ukrainienne en cours est venue donner l’occasion aux deux Etats, de montrer l’étendue de leur animosité à travers des livraisons d’armes aux deux belligérants.

 

 

Le football est un jeu qui a ses règles bien codifiées auxquelles l’on ne peut déroger

 

C’est donc dans ce contexte délétère que les sélections nationales de ces deux pays ennemis qui ont retrouvé leurs sobriquets respectifs de Grand Satan pour les USA et de Rogue state (Etat voyou) pour l’Iran, ont croisé les crampons sur la pelouse. C’est dire si l’enjeu sportif de la qualification pour le second tour de la Coupe du Monde, cachait bien d’autres enjeux hautement politiques voire civilisationnels puisque d’aucuns parlent « d’un choc des civilisations ».  Avant même le coup d’envoi de la rencontre sur le terrain, le duel psychologique avait déjà commencé. A titre illustratif, le conseiller juridique de la Fédération iranienne de football, avait annoncé, quelques jours auparavant, qu’il déposerait une plainte contre l’équipe américaine auprès de la commission d’éthique de la FIFA pour manque de respect au drapeau iranien.  Il réclame ainsi, en plus de la suspension de 10 matchs pour les Yankees, l’exclusion des USA de la Coupe du monde.    Malgré ce bras de fer qui se joue en dehors du terrain, il a été loisible de constater que les grands enjeux multiformes et multidimensionnels qui devraient amener les 22 joueurs à avoir le ballon au pied mais l’esprit au nucléaire, n’ont pas tué le match. Les joueurs n’ont pas boudé leur plaisir de jouer au football et cela s’explique certainement par le fait que les deux équipes sont composées de joueurs professionnels qui, en dépit du fait que leur cœur bat pour leurs nations respectives, jouent leur carrière sportive. Peut-être faut-il voir aussi le fait que le football est un jeu qui a ses règles bien codifiées auxquelles l’on ne peut déroger quelle que soit la nature des intérêts en jeu. Enfin, le fait d’avoir mouillé le maillot peut trouver son explication dans la qualité de l’organisation mise en place, notamment pour empêcher le 12e joueur qu’est le supporter, d’interférer négativement dans le match par des actes de violence. Et c’est justement tout cela qui fait le charme du sport en général et du football en particulier. En effet, par la magie du ballon rond, les deux nations ont transcendé leur haine viscérale et mieux, l’ont commuée en un fight spirit où ont triomphé les valeurs de saine émulation et de fraternité qui fondent le genre humain. Il faut donc saluer le fair-play de ces joueurs qui, malgré tout, ont indiqué, par leur exemple, aux princes régnants de ce monde, le chemin à suivre pour des relations apaisées malgré la diversité des intérêts. 

« Le Pays »

 


No Comments

Leave A Comment