MORT ACCIDENTELLE DU JEUNE CYCLISTE MIGUEL EN RDC : Il pédalait pour la paix, la mort lui a coupé la route
Il avait choisi le vélo plutôt que le fusil, les pédales plutôt que les balles, la route plutôt que les tranchées. A 23 ans, Miguel Mumbere Masaïsaï avait décidé de faire de son vélo, un ambassadeur de paix et de son périple, un plaidoyer roulant pour la République démocratique du Congo. Mais au 75e jour de son aventure, dans l’après-midi du 18 septembre dernier, son rêve s’est fracassé à Kabos, dans l’extrême-nord du Congo-Brazzaville. A la suite d’une panne de son vélo, le jeune cycliste avait dû emprunter un taxi-brousse pour rallier la ville la plus proche. Le véhicule a été violemment percuté par un camion transportant des grumes. Tous ses occupants, dont Miguel, ont péri dans l’accident.
Il avait déjà parcouru une bonne partie du chemin. A ses compatriotes désormais de prendre le relais
Cette disparition soudaine a plongé dans l’émoi, ses amis, ses admirateurs et tous ceux qui avaient fini par voir en lui, l’ambassadeur d’une autre image de son pays. Pas seulement celle d’un Congo associé aux guerres, aux massacres et aux déplacements de populations, mais celle d’un Congo capable de rêver, de créer et de se battre pacifiquement pour son avenir. En mettant le cap sur Rabat, avec quelque 14 000 kilomètres à avaler et 17 pays à traverser, Miguel poursuivait un objectif aussi simple que noble : pédaler pour la paix, attirer les projecteurs sur les conflits qui ensanglantent depuis des décennies l’Est de la RDC et rappeler à la jeunesse africaine qu’elle peut enfourcher son avenir plutôt que courir derrière les armes. Miguel ne faisait donc pas du simple tourisme à bicyclette. Il courait contre la guerre. Il sprintait contre la haine. Il roulait à contre-courant de plusieurs décennies de violences absurdes. Il avait déjà parcouru une bonne partie du chemin. A ses compatriotes désormais de prendre le relais. Et le relais, justement, semble avoir été saisi. Quelques heures seulement après la mort du jeune cycliste, l’un de ses amis a promis de poursuivre l’aventure là où le destin l’a brutalement arrêtée, jusqu’à Rabat. Le symbole est fort. Il rappelle qu’une mort peut arrêter un homme, couper une route, briser un rêve personnel. Mais elle ne devrait jamais pouvoir mettre fin à une cause. La communauté cycliste de Kinshasa a elle aussi honoré sa mémoire hier 20 septembre, en organisant un grand rassemblement à vélo dans la capitale congolaise. L’initiative est belle et le geste mérite d’être salué. Mais Miguel mérite davantage qu’un peloton de circonstance, des gerbes de fleurs, des bougies, des photos et des hommages sur les réseaux sociaux. Il mérite que son message survive à sa mort, et ce d’autant plus qu’il n’en était pas à son premier coup de pédale au service de la bonne cause. En 2025 déjà, il avait relié Goma, sa ville natale, au Cap, en Afrique du Sud, pour porter son cri de paix au-delà des frontières de la RDC.
Il serait vraiment tragique qu’après avoir défié des milliers de kilomètres Miguel laisse derrière lui un pays qui continue de considérer la guerre comme une fatalité
Là où beaucoup se contentent de dénoncer la guerre derrière un écran, lui avait choisi de prendre la route, avec pour seule arme un vélo et pour seule munition, un message de paix.Alors, il serait vraiment tragique qu’après avoir défié des milliers de kilomètres, affronté la fatigue, les intempéries et les difficultés de la route, Miguel laisse derrière lui un pays qui continue de considérer la guerre comme une fatalité. Sinon, il n’aura pas seulement perdu la vie sur la route. Il sera mort pour rien, et se retournera probablement dans sa tombe, par dépit.
« Le Pays »
