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NOUVEL APPEL A MARCHER AU TCHAD

Avis de tempête sur N’Djamena  

C’est en principe aujourd’hui, qu’à l’appel de la coalition Wakit Tama qui regroupe des associations de la société civile et des partis politiques, des Tchadiens devraient descendre dans la rue pour protester contre les risques de confiscation du pouvoir par l’armée. Mais l’arrêté du ministre de la Sécurité qui autorise la manifestation, la reporte au 16 juillet et modifie l’itinéraire souhaité par les organisateurs. Il est né de ces modifications un semblant de  bras de fer qui rend électrique l’atmosphère à N’Djamena.  En attendant de voir si les prévisions de la météo- politique tchadienne vont se réaliser, l’on peut, tout au moins, comprendre cet appel à marcher de l’opposition, qui fait suite certainement à la dernière sortie de Deby fils dans les colonnes du magazine Jeune Afrique. L’homme, en effet, est resté assez flou sur la question de son éventuelle candidature à la présidentielle à venir, laissant lire entre les lignes sa volonté de succéder à son père. Pour l’opposition tchadienne dont la soif d’alternance date de très longtemps, ce jeu de clair-obscur du président de la transition tchadienne, est un casus belli qui suffit à remettre en ordre de bataille, la rue à N’Djamena. Et, il faut le dire, elle est bien dans son rôle. Il reste cependant à savoir si elle dispose de la capacité d’étouffer le poussin dans l’œuf. Rien n’est moins sûr. Car, non seulement l’opposition tchadienne s’est, petit à petit, vidée de sa substance en fonction de la variation des intérêts, mais aussi elle est confrontée à l’adoubement de fait de Deby fils par les partenaires stratégiques du Tchad en raison de la donne sécuritaire. En témoigne le récent accueil qui lui a été réservé par Emmanuel Macron au palais de l’Elysée.

 

Il faut absolument gagner le pari des manifs pacifiques pour gagner en crédibilité et en maturité politique

 

On peut donc raisonnablement douter de la force de mobilisation de la coalition Wakit Tama, surtout que de nombreux Tchadiens pensent qu’il faut laisser à la Transition, le temps de travailler pour préparer les échéances électorales qui devraient consacrer le retour à une vie démocratique normale.   Cela dit, aussi grand que soit le défi à relever par les leaders de la contestation au Tchad, ils doivent persévérer et trouver des solutions alternatives pour empêcher la dévolution dynastique du pouvoir qui se trame à N’Djamena. Car, comme on aime à le dire, ce sont les petits ruisseaux qui finissent par former les grands fleuves et l’on peut espérer qu’à force de persévérance, les Tchadiens, dans leur grande majorité, se rallieront à cette cause pour arracher le pouvoir des griffes de la famille Deby qui régente le pays depuis plus de trois décennies.  Du reste, cette opposition peut se féliciter déjà de pouvoir troubler le sommeil du président de la Transition qui sait qu’il n’a pas les mains libres pour manœuvrer à sa guise. L’appel à manifester d’aujourd’hui est d’ailleurs un coup de semonce que le maître de N’Djamena doit considérer à sa juste valeur.   Ceci étant, pour gagner cette bataille de l’opinion, les Tchadiens doivent s’interdire les violences qui pourront ternir leur image tant à l’interne qu’à l’externe et offrir ainsi le prétexte au pouvoir pour faire dans la répression. Il faut absolument gagner le pari des manifs pacifiques pour gagner en crédibilité et en maturité politique.

 

Saho     

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