PRESIDENTIELLE AU BENIN : Un scrutin sans suspense
Le Bénin a offert, le 12 avril dernier, au monde entier, le visage rassurant d’une démocratie disciplinée, en organisant un scrutin présidentiel sans heurts ni tension majeure entre deux candidats appelés à être départagés par près de sept millions d’électeurs potentiels. Mais sous cette apparente sérénité se dessine une élection en roue libre, réduite à entériner une victoire annoncée du candidat du parti au pouvoir, où les seules inconnues tiennent au taux de participation et à l’ampleur de l’écart. Ce glissement est préoccupant pour un pays longtemps cité en exemple pour la régularité et la crédibilité de ses scrutins. La compétition y a été vidée de sa substance, à mesure que les principales figures de l’opposition ont été écartées, neutralisées ou disqualifiées au moyen de dispositifs juridiques controversés. Le plus inquiétant n’est pas seulement la perte de ce capital démocratique, mais ce que cette situation installe dans la durée. Lorsqu’une élection s’inscrit dans une logique de succession maîtrisée, pour ne pas dire organisée, elle banalise une culture politique où l’alternance cesse d’être une possibilité réelle. L’absence de violence le jour du vote, ne saurait, à elle seule, attester de la transparence du scrutin ; elle peut tout autant traduire une résignation silencieuse et un désengagement progressif des citoyens.
Le futur chef de l’Etat devra réhabiliter le pluralisme, principe cardinal de toute démocratie digne de ce nom
Cela dit, il serait injuste de ne pas reconnaître à Patrice Talon, le respect de son engagement à ne pas briguer un troisième mandat. Dans un environnement régional marqué par des dérives contraires, ce choix mérite d’être salué. Mais il ne suffit pas à dissiper les inquiétudes. L’héritage qu’il laisse est traversé de tensions latentes, de fractures contenues et d’un besoin urgent de réouverture du jeu démocratique. Le prochain président héritera ainsi d’un pays en quête de confiance. Il lui reviendra de restaurer un cadre électoral inclusif, de garantir une justice réellement indépendante et de redonner aux citoyens, le sentiment que leur voix compte encore. Car, au-delà des chiffres, c’est bien la question du lien entre gouvernants et gouvernés qui se pose avec acuité — un lien fragilisé par la cherté de la vie, la précarité de l’emploi et la dégradation perçue des services publics. Investi, le 24 mai prochain, le futur chef de l’Etat devra répondre sans délai à ces attentes et réhabiliter le pluralisme, principe cardinal de toute démocratie digne de ce nom.
Hamadou GADIAGA
