PRESIDENTIELLE EN GUINEE : Que fera Doumbouya de sa victoire ?
Le 5 janvier dernier, la Cour suprême de Guinée a proclamé les résultats officiels et définitifs de la présidentielle du 28 décembre 2025. Avec 86,72% des voix, le désormais ex-président de la transition, Mamadi Doumbouya, l’emporte, sans surprise et ce, dès le premier tour, sur ses huit concurrents qui n’auront été que l’ombre d’eux-mêmes, en l’absence des ténors de l’opposition subtilement écartés du scrutin. Une victoire aux allures de plébiscite, qui vient légitimer le pouvoir du tombeur d’Alpha Condé.
Le président élu se pose en rassembleur de son peuple
Un triomphe dans les urnes qui donne aussi l’occasion à l’officier-président, de troquer durablement son treillis contre le boubou pour un premier mandat de sept ans à la tête de la Guinée. Et Dieu seul sait si cette victoire, Mamadi Doumbouya la voulait pour lui-même, après avoir trahi sa promesse de ne pas se présenter à l’élection et de remettre le pouvoir aux civils après le coup d’Etat qui a renversé « le Professeur » dans les conditions que l’on sait. Pour s’en convaincre, il suffit de voir comment, à l’instar de bien de ses pairs africains, il a travaillé, en amont, à faire place nette pour s’assurer une victoire sans coup férir à un scrutin qui était joué d’avance, en l’absence d’une opposition aussi significative que représentative. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le verdict de la plus haute juridiction, clôt le débat de cette élection qui déchaînait les passions au pays de Sékou Touré et qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive au-delà même des frontières du pays. Et après quatre années d’une transition qui n’aura pas été un long fleuve tranquille, la Guinée renoue avec l’ordre constitutionnel. La question qui se pose désormais est de savoir ce que fera Mamadi Doumbouya de sa victoire. Une victoire minutieusement préparée et qui traduit la volonté du natif de Kankan, de rester au cœur du jeu politique. Cela dit, à présent qu’il a obtenu « sa chose », va-t-il ouvrir le jeu démocratique ? Ou bien restera-t-il dans la même dynamique qui a prévalu jusque-là ? L’histoire nous le dira. En attendant, pour ses premiers propos après l’officialisation de sa victoire, le président élu se pose en rassembleur de son peuple. « J’appelle solennellement toutes les filles et les fils de notre nation, d’ici et de la diaspora, à se rassembler pour bâtir ensemble une Guinée nouvelle, une Guinée de paix, de justice et de prospérité partagée, et de souveraineté politique et économique pleinement assumée », a-t-il déclaré. Et l’on espère d’autant plus qu’il travaillera à joindre l’acte à la parole qu’après des années de tiraillements et de division, les Guinéens ont besoin de se réconcilier avec eux-mêmes. Il appartient donc au chef de l’Etat nouvellement élu, de savoir tendre la main à tous ses compatriotes dans une volonté de fédérer les énergies vers l’objectif commun de construction de la Nation. C’est dire les grands défis qui attendent l’homme du 5 septembre 2021 à la tête de l’Etat guinéen, en lien avec les exigences du retour à l’ordre constitutionnel.
Ce processus de transition qui a été mené à son terme, marque un nouveau départ pour la Guinée
Toujours est-il que de sa capacité à donner des gages de sincérité et à se montrer rassurant avec ses compatriotes, dépendra la volonté de certains opposants en exil, de rentrer au pays pour apporter leur pierre à l’édification de la Nation et à la consolidation de la démocratie. Pour le reste, il est déjà heureux qu’à travers ce scrutin plutôt apaisé, la Guinée ait vaincu le signe indien des contestations et des violences électorales que le pays a souvent traînées au pied comme un boulet. Au-delà, on attend de voir quelle place le quadragénaire locataire du palais Sekoutouréya, réservera aux acteurs politiques et de la société civile qui n’ont jamais reculé devant la difficulté, dans leur volonté de jouer leur partition. Et surtout si, dans une volonté de décrispation, il aura ce supplément d’âme nécessaire pour élargir les détenus politiques et de tendre la main aux exilés. Il y va de l’intérêt du pays qui ne pourra se construire que dans l’unité de ses fils et filles pour mieux faire face à l’adversité. En tout état de cause, ce processus de transition qui a été mené à son terme, marque un nouveau départ pour la Guinée. Et on attend de voir si Mamadi Doumbouya fera dans la rupture avec ses prédécesseurs ou s’il marchera résolument dans les pas de ces derniers qui n’ont pas forcément laissé à leurs compatriotes, les meilleurs souvenirs de leur passage à la tête de l’Etat.
« Le Pays »
