RECOMMANDATIONS DU NDI SUR LA PRESIDENTIELLE AU BENIN :Le médecin après la mort
Au terme d’une mission d’une semaine, au Bénin, le National Democratic Institute (NDI) a dressé un bilan alarmant sur la situation politique au pays de Patrice Talon, et formulé des recommandations à court, moyen et long termes, pour la bonne tenue de la présidentielle d’avril prochain. Enumérées par l’ancien chef d’Etat cap-verdien, Jorge Carlos Fonseca, elles rejoignent les revendications d’alors de l’opposition : renforcer les conditions pour le pluralisme politique, revisiter les dispositions sur le seuil de 20% dans chaque circonscription, exigé aux partis politiques pour prétendre au siège de député. Et la liste n’est pas exhaustive. Les règles du parrainage font également partie des recommandations, sans oublier la tenue d’un dialogue ouvert et sincère. Outre ces points, le NDI estime, par la voix de l’ancienne présidente de la Transition centrafricaine, Catherine Samba-Panga, qu’il y a des dérives sur lesquelles il ne peut pas fermer les yeux. « Nous avons senti une peur sur la ville, une société civile qui n’ose plus entreprendre des actions civiques, des partis politiques plus ou moins muselés ». Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces griefs du NDI ne plairont pas au président Patrice Talon ni à son pouvoir. Qu’à cela ne tienne, le NDI est dans son rôle. Mais la question essentielle est la suivante : sera-t-il entendu ? Rien n’est moins sûr. On le sait, ni les partis politiques, ni la société civile, encore moins les gardiens de la tradition n’ont réussi à faire entendre raison au président Patrice Talon dans sa volonté de présider aux destinées de son pays comme il l’entend.
Les recommandations de cette ONG risquent de passer comme de l’eau sur les plumes d’un canard
Dans ces conditions, quelles chances le NDI a-t-il de voir ses recommandations prospérer ? Du reste, on se demande si cette organisation, sentinelle de la démocratie s’il en est, n’a pas agi sur le tard. A deux mois de la présidentielle, quelles mesures importantes peut-on encore prendre pour redresser la barre ? Tout porte à croire que le NDI joue les médecins après la mort. On est d’autant plus fondé à le croire que les carottes semblent déjà cuites pour l’opposition. A preuve, elle n’a obtenu aucun siège aux législatives ni aux communales de janvier dernier, tant et si bien que le Bénin se retrouve aujourd’hui dans un déséquilibre dans la représentation politique. Et tout laisse croire qu’on risque d’aller de Charybde en Scylla. Car, « Les démocrates », principal parti d’opposition, sont exclus de la présidentielle du 12 avril prochain et ce, à cause de nouvelles réformes introduites par le locataire du palais de la Marina. Et sauf cataclysme, on ne voit pas comment cette opposition pourrait encore prendre part à la présidentielle qui semble jouée d’avance. Certes, Patrice Talon n’est pas candidat à sa propre succession pour un troisième mandat, chose qu’il faut saluer au passage, puisqu’il a décidé de respecter la limitation à deux du nombre de mandats présidentiels. Mais l’homme a travaillé à ouvrir un boulevard à son dauphin qu’est le ministre de l’Economie et des finances, Romuald Wadagni. Dans ces conditions, que peut encore le NDI ? C’est dire si les recommandations de cette ONG risquent de passer comme de l’eau sur les plumes d’un canard. Cela dit, il faut saluer le combat que mène cette structure. Car, au-delà du Bénin, c’est tout le continent africain qui est interpellé sur les conditions d’organisation des élections. On le sait déjà : en Afrique, beaucoup de dirigeants se soucient comme d’une guigne, des conditions de transparence et d’équité des élections. Oubliant ainsi que c’est cela qui fait le lit des crises pré ou postélectorales en Afrique. Le cas du Bénin est d’autant plus déplorable que ce pays était dans un passé récent, considéré comme une vitrine de la démocratie sur le continent noir. Un héritage que Patrice Talon n’a malheureusement pas su préserver.
Dabadi ZOUMBARA
