HomeA la uneREJET DES DROITS DE DOUANE DE DONALD TRUMP PAR LA COUR SUPREME, VU D’AFRIQUE : Un homme fort face à une institution forte

REJET DES DROITS DE DOUANE DE DONALD TRUMP PAR LA COUR SUPREME, VU D’AFRIQUE : Un homme fort face à une institution forte


La Cour suprême des Etats-Unis a invalidé, le 20 février dernier, une partie significative des droits de douane mis en place sous Donald Trump, estimant qu’ils ne reposaient pas sur une base juridique suffisante. Cette décision, qui affaiblit un pilier de la stratégie protectionniste du président américain, n’a pas tardé à susciter la réaction virulente de ce dernier, avec la signature, dès le lendemain 21 février, d’un décret présidentiel instaurant désormais une surtaxe additionnelle de 10% sur les importations à destination du territoire américain.

 

Invalider frontalement une décision économique majeure du chef de l’Etat, relève du suicide politique

 

Cette riposte de Trump confirme qu’il s’agit là d’un duel de légitimité avec d’un côté, un président qui pense, évidemment à tort, disposer d’un pouvoir étendu en matière tarifaire, et de l’autre, une haute juridiction pourtant réputée pour être conservatrice qui estime que l’économie ne saurait devenir le terrain d’expérimentation d’un dirigeant manifestement décidé à élargir son champ d’action, surtout lorsque la Constitution fixe des bornes précises, notamment en reconnaissant au Congrès un rôle central dans la régulation du commerce extérieur. Vu d’Afrique, cet épisode semble surréaliste, d’autant que, dans de nombreuses capitales du continent, imaginer une juridiction suprême invalider frontalement une décision économique majeure du chef de l’Etat, relève encore de la fiction, pour ne pas dire du suicide politique. Les textes proclamant la séparation des pouvoirs existent pourtant bel et bien. Mais les institutions, souvent nommées et contrôlées par l’Exécutif, hésitent rarement à contredire le chef de l’Etat. Ce qui vient de se passer entre Donald Trump et la Cour suprême, rappelle donc, de manière crue, que la force d’un Etat ne réside pas dans la poigne d’un seul homme concentrant tous les leviers, mais dans la capacité de ses institutions à se limiter mutuellement. Pour autant, il n’y a pas de quoi pavoiser. Car l’ultra-conservateur président américain a décidé, malgré ce cinglant revers judiciaire, de contourner les limites imposées par la Constitution et de taxer tous les produits d’importation à 10%, de manière globale et unilatérale. En signant cette nouvelle surtaxe, il se présente, encore une fois, comme le champion des intérêts américains contre les concurrents étrangers, et espère maintenir ainsi son image de président combatif et protecteur de l’économie nationale. Si ce décret n’est pas, à son tour, contesté par le Congrès et retoqué par la Cour suprême, il aura probablement de lourdes répercussions sur les économies africaines, notamment sur les produits exportés vers les Etats-Unis comme le cacao, le coton, … qui risquent de devenir moins attractifs face à des concurrents comme le Canada, le Mexique, la Corée du Sud…qui bénéficient d’un accès plus favorable au marché américain grâce aux accords préférentiels qui les exemptent de droits de douane.

 

Les exportateurs africains devront désormais revoir leurs stratégies commerciales

 

Du coup, les exportateurs africains devront désormais recalculer leurs marges bénéficiaires et revoir leurs stratégies commerciales, et tenir compte de ce contexte où les règles peuvent changer du jour au lendemain. Cette volatilité pourrait, en effet, compromettre la survie de certaines activités et de certaines entreprises, et freiner la création d’emplois. Pour les pays africains dont les économies dépendent de quelques produits d’exportation, l’effet combiné de la surtaxe et de l’incertitude, pèsera, sans aucun doute, lourdement sur leur croissance et leur lutte contre le chômage.  Pour tout dire, la décision de Donald Trump, au-delà de l’effet tarifaire, impose un défi stratégique aux pays africains qui doivent trouver de nouveaux débouchés, et diversifier marchés et filières pour ne pas exposer leurs économies aux aléas politiques et économiques de leur partenaire économique américain aujourd’hui dirigé, comme chacun le sait, par un président à la fois versatile et imprévisible.

 

 

 

« Le Pays »

 

 

 


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