A la uneDialogue intérieur

RENCONTRE DE NIAMEY SUR FOND D’ATTAQUE TERRORISTE : Un welcome sanglant !

Alors que Ouagadougou n’a pas encore fini de pleurer ses morts suite à la double attaque terroriste que le pays a connue, voilà que la faucheuse terroriste s’est signalée à Goubé, village situé à 40 kilomètres de Niamey. Le drame s’est produit dans la nuit de lundi à mardi. Le bilan fait état de 3 gendarmes tués. L’on peut faire d’emblée le constat que ces deux attaques terroristes ont un point en commun. Celle de Ouagadougou a été perpétrée au moment même où se tenait dans la capitale burkinabè, une rencontre de chefs d’Etat-major des pays du G5 Sahel. L’attaque de Goubé, localité située à 40 kilomètres de Niamey, a été opérée à la veille d’une rencontre des sécurocrates d’Europe et d’Afrique pour évoquer la lutte contre le terrorisme et l’immigration clandestine. L’on peut donc en déduire que les conclaves contre les terroristes sont systématiquement précédés ou accompagnés d’actes sanglants posés par  les sinistres barbus.

Il faut se résoudre à faire l’option des actes forts

Après donc Ouagadougou où ces derniers ont souhaité à leur manière la bienvenue aux patrons des armées du G5 Sahel, cette fois-ci, c’est au tour des sécurocrates d’Europe et d’Afrique d’être honorés d’un welcome sanglant à Niamey. A ce rythme, l’on se demande si les pays du G5 Sahel ne vont pas désormais réfléchir par deux fois avant d’accepter d’abriter la moindre rencontre susceptible de fâcher les terroristes. En tout cas,  Ouagadougou et Niamey viennent d’être échaudées. Et l’occasion est bonne pour se poser des questions sur l’efficacité de cette multiplication des conciliabules et autres rencontres de haut niveau en lien avec la lutte contre le terrorisme. Car, si ce genre de réunions étaient réellement efficaces, le requiem des ingénieurs du mal aurait été dit il y a longtemps, tant il ne peut pas se passer un seul mois sans que l’on n’apprenne que quelque part se tient une rencontre sur la riposte à apporter au terrorisme. Et pendant que les uns et les autres, tous frais payés, vont de capitale en capitale pour combattre le mal par de belles phrases, les terroristes donnent l’impression de monter en puissance dans leurs œuvres de désolation. L’on peut même se risquer à dire que les terroristes sont aiguillonnés et motivés à bloc par les conciliabules à n’en pas finir contre eux. De ce point de vue, l’on peut suggérer à la communauté internationale et à tous ceux qui sont aujourd’hui vent debout contre le terrorisme, de privilégier les actes forts et concrets aux tirades enflammées, dans le cadre de la lutte contre l’hydre. C’est cette option qui a de fortes chances de contribuer à briser les reins de la bête immonde. Toute autre chose s’apparente à une façon de se chatouiller pour rire. Ce qui est valable dans la lutte contre le terrorisme, l’est également dans la lutte contre l’immigration clandestine. Contre ces deux grands maux, les mots, rien que les mots, constituent des mesures cosmétiques pour inverser de manière significative et observable les tendances. Il faut se résoudre donc à faire l’option des actes forts. Et ceux-ci peuvent se décliner en termes de lutte contre l’ignorance, la précarité et la misère.

Les Etats du Sahel ne sont que des victimes collatérales

En ce qui concerne particulièrement la lutte contre l’immigration clandestine, qui est l’un des points de l’ordre du jour de la rencontre de Niamey, les pays européens, peut-on dire, sont en train de filer du mauvais coton. Car, ce n’est pas en dressant des barricades à ses frontières que l’Europe pourra en venir à bout. Ce n’est pas non plus à coup de rencontres avec les représentants de plusieurs pays africains que l’Europe vaincra le péril de l’immigration clandestine. C’est pourquoi l’on peut affirmer sans grand risque de se tromper, que la rencontre qui a commencé le 14 mars dernier à Niamey au Niger sur la question, accouchera d’une souris, tout comme les rencontres du genre qui l’ont précédée. Ce pessimisme se fonde sur les considérations suivantes. La première est liée au fait que l’on ne peut pas retirer aux hommes l’envie naturelle d’aller voir ailleurs. Cette disposition fait partie de la nature même de l’Homme. Elle n’est donc pas le propre des seuls Africains. L’Europe doit donc intégrer  cette réalité humaine dans son paradigme de lutte contre le phénomène en assouplissant et en humanisant ses règles d’accès à son territoire. La deuxième considération qui nous fait dire que la rencontre de Niamey ne produira aucun effet sur l’immigration clandestine, est liée au fait que la Libye post-Kadhafi a tous les attributs d’un Etat failli, pour ne pas dire tous les attributs d’un « pays de merde » pour emprunter l’expression de Donald Trump.

Et l’Europe n’est pas étrangère à cette chute de la Libye dans l’abîme. Certes, l’on reconnaît que dans ce pays sévissait une dictature, mais en décidant de l’en débarrasser sans pour autant assurer le service après vente, la communauté internationale, avec les USA et l’Europe en tête, a livré le pays, les mains liées, à tous ceux qui sont en train de faire fortune dans le trafic des êtres humains, dans l’immigration clandestine et dans le terrorisme. Les Etats du Sahel ne sont que les victimes collatérales de ce grand manquement de la communauté internationale. Et ce n’est pas en tenant une rencontre au Niger, et dans la foulée faire une excursion à Agadez, que l’on pourra porter un grand coup à l’immigration clandestine. La troisième et dernière raison qui permet de dire que la rencontre de Niamey ne changera rien à la situation de l’immigration clandestine, est la suivante. Les pays d’où partent les candidats à l’immigration clandestine  tout comme les pays qui leur servent de point de passage principal à l’image du Niger, sont pratiquement tous, des pays qui ont capitulé face au présent et à l’avenir de leur jeunesse. Dans ces conditions, l’on peut même se poser la question de savoir si les dirigeants de ces pays-là, ne perçoivent pas avant tout le phénomène de l’immigration clandestine comme un ouf de soulagement. En tout cas, l’on peut être certain qu’il ne les empêche pas de dormir. De la même manière, l’on peut dire que les attaques terroristes dont leurs pays  respectifs sont victimes, ne leur posent aucun problème de conscience.

« Le Pays »

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Bouton retour en haut de la page
Google+
Fermer