Grand angle

REPRESSION DE MANIF EN RDC : Kabila risque gros

En 2001, Laurent  Désiré Kabila est assassiné. Son fils, Joseph Kabila, lui succède à la tête de l’Etat congolais par dévolution. Depuis lors,  à la faveur de véritables mascarades électorales, il règne en véritable potentat sur l’ex-Congo belge, comme l’a fait avant lui, Mobutu Séssé Séko. Arrivé pratiquement au terme de son dernier mandat, si l’on s’en tient à la Constitution congolaise, il entre en laboratoire pour en ressortir avec une formule atypique et digne des Républiques bananières, qui lie la tenue de la présidentielle de 2016 à l’organisation d’un recensement général de la population. Décidément, les présidents du Gondwana ont du génie,  pourrait ainsi s’exclamer l’humoriste nigérien Mamane. Comme on le voit, Kabila est simplement en train de tricher avec la démocratie, en s’inscrivant dans la logique de ses pairs de la sous-région : J’y suis, j’y reste, quoi qu’il en coûte.

Kabila n’aura aucun scrupule à marcher sur des cadavres

La preuve qu’il ne badine pas avec cette logique, Kabila fils vient de la donner en réprimant dans le sang, les Congolais, le lundi 19  janvier 2015, qui ont tenté de marcher sur le parlement pour crier leur ras-le-bol de leur président. Le bilan fait simplement froid dans le dos. Le pouvoir parle de 4 morts (deux policiers et 2 civils). L’opposition évoque 13 tués. Quant à la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) section Afrique, elle annonce que la répression de la manif a fait 14 morts. Les heurts se sont poursuivis toute la journée d’hier à travers le pays. Rien n’a été épargné. Car même le domicile de la star de la « rumba », Koffi Olomidé, a été saccagé par les manifestants. Il en faut certainement plus pour espérer émouvoir un dictateur de la trempe de Joseph Kabila, puisque du fait de sa gouvernance, les morts congolais, on ne les compte plus. C’est pourquoi l’on peut se poser la question de savoir jusqu’où ira Kabila dans sa stratégie de confiscation du pouvoir et dans la répression de tous ceux qui vont oser poser des actes pour le contredire. Et la réponse à une telle question peut être formulée à l’aune du profil du personnage. En effet, Joseph Kabila appartient à cette race de dirigeants qui sont parvenus au pouvoir par effraction, qui y ont pris goût par la suite au point d’en arriver à croire que sans eux, leur pays n’existerait pas. Et ils sont confortés dans leur vocation messianique par une horde de courtisans qui passent pour être les maîtres de la rhétorique au service des mauvaises causes.

Dans le cas de la République démocratique du Congo, la personnalité qui incarne  le mieux ce profil est certainement le porte-parole du gouvernement, Lambert Mendé.

De ce point de vue, l’on peut dire en guise de réponse à la question de savoir jusqu’où ira Kabila, que celui-ci n’aura aucun scrupule à marcher sur des cadavres, quel que soit leur nombre, pour dérouler intégralement son plan funeste de régner à vie sur le Congo. L’Assemblée nationale, en votant la nouvelle loi électorale, a déjà joué sa partition. Le Sénat qui est en train de l’examiner, pourrait avoir le même comportement en disant la messe selon « Saint Joseph Kabila ». Et ce ne sont pas les quelques milliers de Congolais qui ont battu le macadam à Kinshasa et à Goma, qui feront reculer Kabila.

Kabila court le risque de rejoindre son compatriote Jean-Pierre Bemba à la Haye

De la communauté internationale et plus particulièrement de l’Union africaine (UA), l’on ne peut plus s’attendre à grand-chose non plus, puisqu’elles ont d’autres chats à fouetter. En réalité, le seul acteur qui peut faire entendre raison à Kabila fils, est le peuple congolais. En effet, l’histoire nous enseigne qu’aucune dictature, aussi féroce soit-elle,  n’est jamais parvenue à prendre le dessus sur un peuple conscient et déterminé pour s’en débarrasser.

Les exemples qui illustrent cette vérité sont légion. C’est pourquoi l’on ne doit pas craindre de dire que tant que le peuple congolais ne va pas prendre la ferme résolution de faire partir Joseph Kabila, celui-ci demeurera président de la RDC. Et il en profitera pour ajouter de la misère à la misère. Franchement, l’on ne peut pas ne pas éprouver de la compassion pour les populations de ce grand pays dont les richesses et les potentialités suffisent à elles seules à les soustraire de la pauvreté dans laquelle elles végètent depuis l’indépendance du pays. Mais pour cela, le pays doit se doter d’abord de dirigeants responsables à la hauteur de ce qu’a été Patrice Lumumba.

Cela dit, Joseph Kabila, s’il n’y prend garde, court le risque de rejoindre son compatriote Jean-Pierre Bemba à la Haye. Il suffit pourtant d’un renoncement de sa part, ici et maintenant, pour résorber les angoisses de ses compatriotes. Mais pour cela, il doit se rendre à l’évidence qu’il y a une autre vie après le pouvoir. Pour un homme qui est au pouvoir depuis 2001 et qui est relativement jeune, l’attitude qui est la sienne aujourd’hui de s’accrocher à son trône quitte à endeuiller tout le pays, s’apparente à de la folie. Le temps est venu pour lui de tirer leçon de la révolution burkinabè , parce que cela pourrait lui servir et servir son pays, à moins qu’il n’ait déjà choisi, comme l’a dit Obama, d’être du mauvais côté de l’histoire.

« Le Pays »

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