RETRAIT DE LA CANDIDATURE DE L’EX- PRESIDENT SENEGALAIS AU POSTE DE SG DES NATIONS UNIES : Un rétropédalage qui sauve Macky Sall d’une douche froide
Macky Sall avait peut-être déjà choisi son costume, ajusté sa cravate et répété son discours d’investiture devant le miroir. Malheureusement, le 16 octobre dernier, la porte du Secrétariat général des Nations unies s’est révélée hermétiquement fermée pour l’enfant de Fatick. Le vote indicatif du Conseil de sécurité s’est soldé, en effet, par un résultat cinglant : seulement cinq avis favorables, contre dix défavorables. Dès le lendemain, il a jeté l’éponge, invoquant la nécessité de favoriser l’émergence d’une candidature consensuelle. Une formule de velours pour amortir le choc d’une ambition confrontée à des obstacles quasiment infranchissables.
Dans cette course, un carnet d’adresses bien rempli ne suffit pas
Le premier obstacle était géopolitique. Pour s’asseoir dans le fauteuil convoité, encore fallait-il représenter la bonne région et ne pas s’attirer l’hostilité d’une puissance disposant du redoutable droit de veto. Or, cette fois-ci, la rotation géographique, qui relève davantage d’un usage diplomatique que d’une règle contraignante, place l’Amérique latine et les Caraïbes en position privilégiée.A cela s’ajoute une revendication qui gagne du terrain à travers le monde : pour la première fois en plus de quatre-vingts ans d’existence, le Secrétariat général de l’ONU devrait revenir à une femme. Dans cette configuration, Macky Sall faisait figure de prétendant à contre-courant, courant derrière un fauteuil dont les cartes semblent déjà distribuées.L’ancien président pouvait pourtant miser sur son expérience des affaires internationales, son statut d’ancien chef d’Etat et ses initiatives de médiation. Mais, dans cette course, un carnet d’adresses bien rempli ne suffit pas. Encore faut-il inspirer confiance aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité, notamment les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni qui détiennent les clés du dernier verrou.Or, certains de ces pays tiennent compte de leurs opinions publiques, viscéralement attachées au respect des droits humains. Ils auraient pu s’opposer à la candidature de Macky Sall en raison de sa responsabilité, réelle ou supposée, dans les actes de violence qui ont endeuillé le Sénégal entre 2021 et 2024, alors qu’il était président.Les victimes, leurs familles et plusieurs organisations de la société civile ont d’ailleurs contesté sa candidature, dénonçant les atteintes aux droits humains et réclamant que son bilan soit sérieusement interrogé. Car, ce serait un paradoxe que de confier la direction de cette grande instance, qui entend incarner la conscience du monde, à un ancien dirigeant dont le passage au pouvoir, demeure entaché de graves controverses.
Macky Sall cherchait à éviter une douche froide
Maintenant que le rideau est tombé sur sa candidature, on ne peut s’empêcher de se demander ce que fera Macky Sall dans les mois et les années à venir. Retournera-t-il à Marrakech, au Maroc, où il réside depuis son départ du pouvoir, pour poursuivre ses activités, loin des turbulences dakaroises ? Reviendra-t-il dans le chaudron politique sénégalais, au risque de voir resurgir les controverses liées à son règne et les revendications de justice des victimes ? Ou sera-t-il nommé à une fonction internationale, dans le domaine de la médiation ou comme envoyé spécial en Afrique ? S’il a invoqué le sacrifice consenti sur l’autel du consensus, il n’en reste pas moins vrai qu’il cherchait à éviter une douche froide plus que probable à l’issue des votes, tout en espérant qu’on lui ouvrira au moins une porte latérale qui lui permettrait d’entamer une carrière internationale. Ce qui est sûr, c’est que le rêve onusien s’est envolé. La Justice sénégalaise, elle, demeure suspendue au-dessus de sa tête, comme une épée de Damoclès.
« Le Pays »