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SITUATION EN LIBYE : La Communauté internationale doit revoir sa copie

 

L’on avait eu la faiblesse de croire qu’avec l’avènement, le 12 mars 2016, du gouvernement d’union nationale piloté par Fayez el-Sarraj, la Libye s’acheminerait vers une issue heureuse de la crise dans laquelle elle est empêtrée depuis la chute du colonel Kadhafi. On le croyait d’autant plus que ce cabinet avait été porté sur les fonts baptismaux par la Communauté internationale, de manière unanime. Celle-ci, pour suivre sur le terrain l’évolution de la situation, y a dépêché un représentant, en la personne de Martin Kobler. Ce dernier est témoin du fait que la mayonnaise concoctée par l’ONU, a du mal à prendre en Libye. Et c’est le moins que l’on puisse dire. La preuve est que, toute affaire cessante, Martin Kobler a été obligé de faire le déplacement du siège de l’ONU pour briefer le Conseil de sécurité sur l’actualité du pays. Et celle-ci est plus que préoccupante.

Bien des Libyens ont le sentiment que Sarraj leur a été imposé par l’Occident

En effet, le Général Haftar, qui n’a jamais fait de son hostilité au schéma onusien de sortie de crise en Libye, un mystère, vient d’apporter la preuve, s’il en est encore besoin, que sans lui, il est illusoire de parler de paix et de cohésion nationale en Libye. Pour ce faire, il a jeté son dévolu sur quatre terminaux pétroliers du Nord-Est libyen. Et le moins que l’on puisse dire est que ça lui réussit parfaitement. Car, au moment où nous tracions ces lignes, les forces qui lui sont fidèles avaient réussi le tour de force de contrôler la totalité du croissant pétrolier du pays. Pour un véritable pied de nez fait à la Communauté internationale, c’en est un. Et cette dernière, impuissante, ne peut que constater les dégâts. Et Martin Kobler, son représentant permanent en Libye, ne peut que se résoudre à aller faire le triste bilan devant le Conseil de sécurité de l’ONU à New-York. Il ne pouvait pas en être autrement. Car le cheval sur lequel la Communauté internationale a misé pour pacifier le pays, le parachuté Fayez el-Sarraj, n’a pas les moyens qu’il faut pour ramener le général rebelle dans les rangs. Et le pêché originel qui explique cette impuissance de Fayez el-Sarraj, c’est que bien des Libyens ont le sentiment que l’homme leur a été imposé par l’Occident. Et quand on sait que la Libye a été nourrie pendant plus de 40 ans au lait du nationalisme militant de Kadhafi, il est aisé de comprendre pourquoi, ils sont nombreux les Libyens, à percevoir le malheureux el- Sarraj comme un fantoche ou encore comme un valet de l’extérieur pour l’aider à faire main basse sur les immenses ressources pétrolières de la Libye. Ce discours fait florès aujourd’hui dans le pays, notamment au sein de la plupart des tribus qui peuplent la Libye. Sociologiquement voire politiquement, nul ne peut gouverner la Libye dans la sérénité, sans la caution de ces tribus. Même au temps de Kadhafi, les institutions du pays leur devaient, en partie, leur stabilité. Or, le moins que l’on puisse dire est que les puissantes tribus du Nord-Est du pays, dans leur majorité, ont toujours boudé le gouvernement d’union nationale basé à Tripoli. Elles lui reprochent, en plus d’avoir été mis en place par la seule volonté de la Communauté internationale dont il est à la solde, de n’être pas représentatif de la Libye dans sa diversité, en termes de tribus.

Le général Haftar est un moindre mal

Le général Haftar a dû surfer sur cela pour renforcer, peut-on dire, son emprise sur la Libye. Cet atout de taille, ajouté au fait qu’il fait pratiquement l’unanimité au sein de l’armée ou du moins, de ce qui en reste après la chute de Kadhafi, fait de lui une personne incontournable dans la résolution de la problématique libyenne. Ne pas reconnaître cette réalité est une grave erreur. C’est pourquoi l’on peut se permettre de suggérer à la Communauté internationale, de revoir sa copie en ce qui concerne ses rapports avec le général Haftar. Autrement, elle doit se convaincre qu’elle va quitter la Libye sur un échec cuisant et humiliant. Elle doit d’autant plus intégrer cette donne dans son souci de pacifier la Libye, que le général Haftar est un moindre mal par rapport à la menace que font peser sur le pays, la flopée de miliciens sans foi ni loi et la foultitude de mouvements djihadistes qui écument pratiquement l’ensemble du pays, depuis la chute de Kadhafi. Dans la situation actuelle de la Libye, la seule force susceptible d’aider à extirper le pays de l’emprise des forces négatives, pour reprendre une expression abondamment utilisée en Afrique centrale, pourrait être les forces fidèles à Haftar. La Communauté internationale a donc intérêt à ranger son orgueil au placard et à composer avec lui si elle veut véritablement contribuer, aux côtés de la majorité des Libyens, à résoudre dans la durée, l’épineuse équation du pays. Ne pas le faire ici et maintenant, c’est non seulement livrer le pays aux djihadistes, mais aussi placer la Libye dans une logique de partition. C’est pour toutes ces raisons d’ailleurs que l’on peut déplorer, en plus du mauvais casting fait par l’ONU pour présider aux destinées de la Libye, le silence assourdissant de l’UA à propos de la situation actuelle du pays de Mouammar Kadhafi. Mais venant de la part de cette structure, cette posture s’inscrit dans l’ordre normal des choses.

« Le Pays »

 

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