HomeA la uneSUSPENSION DES RESEAUX SOCIAUX AU GABON :Oligui casse le thermomètre mais pourra-t-il, pour autant, faire baisser la fièvre ?

SUSPENSION DES RESEAUX SOCIAUX AU GABON :Oligui casse le thermomètre mais pourra-t-il, pour autant, faire baisser la fièvre ?


Au Gabon, les réseaux sociaux sont suspendus jusqu’à nouvel ordre. Et ce, sur tout le territoire national. Une décision de la Haute autorité de la communication (HAC), rendue publique le 17 février dernier, et qui fait d’autant plus grincer des dents au pays d’Oligui Nguema, que la mesure est immédiate et sans exception. Raisons évoquées : la diffusion récurrente de « contenus inappropriés, diffamatoires, haineux, injurieux, portant atteinte à la dignité humaine, à la cohésion sociale, à la stabilité des institutions de la République et à la sécurité nationale ».  Autant de faits graves et hautement répréhensibles qui, s’ils sont fondés, justifient amplement la prise d’une telle décision.

 

Les réseaux sociaux sont devenus un vaste marché d’échanges de biens et de services

 

 La question qui se pose est la suivante : jusqu’à quand va durer cette suspension dans un contexte où la grande addiction des populations aux réseaux sociaux, n’est pas loin de faire aujourd’hui, de beaucoup de citoyens, des esclaves de ces moyens et canaux de communication modernes ? Toujours est-il que sous un certain angle, la pertinence de cette mesure ne souffre pas de débat dans un environnement où les gens ont tendance à faire des réseaux sociaux, des zones de non-droit. Des lieux où les messages de dénigrement et de haine, le disputent à ceux de diffamation, de calomnie et de toutes sortes d’atteintes aux mœurs et à l’honneur des citoyens. Et quand cela touche à la « sécurité nationale » et à la « stabilité de la République », on comprend que le régulateur de la communication au Gabon ait pu avoir la main lourde, en prenant cette décision radicale. Mais cela n’empêche pas que l’on puisse s’interroger sur le bien-fondé de cette mesure et sur ses conséquences, en termes de respect des libertés individuelles et collectives. Sans oublier les opportunités énormes qu’offrent les réseaux sociaux aujourd’hui. Toujours est-il qu’au-delà du moyen de communication et d’information qu’ils représentent, les réseaux sociaux sont devenus un vaste marché d’échanges de biens et services, qui s’est imposé dans le quotidien des populations. Et c’est peu dire qu’ils sont nombreux à en tirer honnêtement leur pitance quotidienne, même si ces mêmes réseaux sociaux sont infestés de délinquants et autres cyber-escrocs dont les victimes ne se comptent plus. Autant dire que la toile est à l’image de nos sociétés où l’on trouve de tout pour faire un monde. Ces restrictions liées à la suspension des réseaux sociaux font, de plus en plus, des émules en Afrique et sur d’autres continents.  Au Gabon cette décision,  qui paraît somme toute maximaliste, ressemble à un aveu d’impuissance.

 

Les réseaux sociaux ne sont pas une zone de non droit

 

Et dans le cas présent, les autorités de Libreville pointent du doigt la responsabilité des plateformes numériques accusées de ne pas jouer pleinement leur rôle de gendarme et de rester indifférentes face aux contenus illicites.  Si on peut comprendre ces décideurs, on peut toutefois se demander si cette décision n’est pas disproportionnée. Est-ce une fuite en avant des autorités gabonaises ? En tout cas, dans bien des Etats, des textes existent pour punir ceux qui se mettent en porte-à-faux avec la loi. Pourquoi alors ne pas se focaliser sur cette solution, plutôt que de faire le choix de la suspension hic et nunc pour tout le monde ? Sachant, du reste, que cela ne manquera pas d’impacter beaucoup de secteurs, y compris même le fonctionnement de l’Administration publique dont la tendance, dans de nombreux pays d’Afrique et d’ailleurs, est de se mettre à l’heure du numérique. En tout état de cause, tout porte à croire qu’en suspendant les réseaux sociaux, le président Oligui a voulu casser le thermomètre. Pour autant, pourra-t-il faire baisser la fièvre ? En attendant de le savoir, on peut se demander si cette décision de la Haute autorité de la communication (HAC) du Gabon, n’est pas liée aux récents propos du président angolais, Joao Lourenço. Ce dernier s’était insurgé, en effet, à l’ouverture du 39e sommet de l’organisation panafricaine, tenu le week-end dernier à son siège à Addis-Abeba, contre la normalisation des coups d’Etat par les élections.  Une situation que le président sortant de l’Union africaine, avait qualifiée de « blanchiment » de coups d’Etat. Une sortie qui avait enflammé la toile à Libreville. Ceci expliquerait-il donc la mesure de la HAC ?

 

« Le Pays »   

 

 


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