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UTILISATION DE BALLES EXPLOSIVES CONTRE LES MANIFESTANTS SOUDANAIS

Al Burhan comme Néron

 Le témoignage est glaçant.  Il est celui du docteur Salman Oussama de l’hôpital Royal Care de Khartoum, accouru au chevet de quatre patients sur les vingt-neuf évacués à cet hôpital suite aux manifestations du 13 novembre dernier dans la capitale soudanaise. Lisez plutôt : « Je n’avais jamais vu ce type de blessure avant. L’un des patients avait reçu une balle dans le cou, et toutes les artères de son cou étaient atteintes. En l’opérant, on a été surpris par l’ampleur des dégâts. Une balle classique ne peut pas provoquer ça, à moins qu’elle n’explose à l’intérieur. On ne savait pas quoi faire. Il est impossible de retirer tous les éclats sans aggraver l’état du patient… » Comme lui, plusieurs médecins ayant recueilli des blessés par balles à la suite des manifs hostiles au général Abdel Fattah al-Burhan, s’alarment de l’usage de cartouches explosives, interdites au regard du droit international. Le sanguinaire maître absolu de Khartoum a-t-il franchi un palier dans sa sanglante répression contre ses frères soudanais vent debout contre son coup d’Etat du 25 octobre dernier ? Il faut le craindre, hélas ; tant cet homme au regard sombre et aux mains dégoulinantes de sang, est visiblement décidé à triompher de son bras de fer engagé contre ses concitoyens déterminés à obtenir son départ. Et c’est pourquoi la comptabilité macabre s’est encore allongée. Le bilan provisoire de la répression d’hier, fait état d’une dizaine de morts et de nombreux blessés. Une fois de plus, les sicaires du général ont fait usage de balles réelles et sans doute, ce coup-ci encore, de balles explosives, suite au nouvel appel à manifester pour ce mercredi 17 novembre 2021, des comités de résistance soudanais. A cette allure, l’homme fort de Khartoum est en voie de ravir à Néron, si ce n’est déjà fait, la palme de la cruauté.

 

Il faut saluer le courage et la résilience de ce peuple

 

Manifestement, peu lui importe que le Soudan brûle ; l’essentiel pour lui étant de ne pas plier l’échine face à ses nombreux contempteurs, au risque de le payer cher, c’est-à-dire subir le même sort que son ancien mentor El-Béchir en détention. Malheureusement pour le président du nouveau Conseil souverain de transition, il fait toujours face à un peuple décidé à s’affranchir de l’éternelle et avilissante férule du pouvoir kaki.    C’est dire si le sang des martyrs devrait continuer à servir de ferment à cette lutte implacable du peuple soudanais contre ses bourreaux. Mais s’il faut saluer le courage et la résilience de ce peuple parfaitement conscient qu’il est au milieu du gué, et qu’en conséquence, une abdication, de sa part, serait suicidaire, force est d’admettre que son combat ne sera pas une mince affaire. Car, c’est connu, le général Abdel Fattah al-Burhan bénéficie de solides soutiens extérieurs, notamment ceux des pays du Golfe et de l’Egypte, lesquels devraient être rappelés à l’ordre face à la tragédie soudanaise.  En suspendant quelque 700 millions de dollars d’aide à Khartoum suite au coup d’Etat, les Etats-Unis ont fait déjà un pas.  Reste que les soutiens du régime de Khartoum, devraient également sentir le vent du boulet de Washington de sorte qu’ils soient amenés à revoir leur copie dans leur rapport avec le dictateur soudanais. Mais comme on peut l’imaginer, il faudra bien plus que des pressions des chancelleries occidentales, pour amener ces pays sus-cités, à ne plus contribuer à la perpétuation de la longue et interminable souffrance du peuple soudanais. L’approche des sanctions a bien sûr ses limites. C’est pourquoi l’on peut se féliciter des tractations diplomatiques en cours, comme celles que préfigure la tournée africaine de deux jours, du chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, entamée hier au Kenya, et qui le conduira aussi au Sénégal et au Nigeria. A Nairobi, Antony Blinken a notamment évoqué les conséquences du putsch au Soudan.  Toute chose qui  montre à quel point Washington est préoccupée par la situation.  

 

 CBS

 

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