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VICTOIRE D’UN OPPOSANT A LA PRESIDENTIELLE  

 Quand la Zambie donne des motifs d’espoir démocratique

Hakainde Hichilema. C’est le nom du nouveau président zambien déclaré vainqueur par la Commission électorale, le 16 août dernier, du scrutin qui l’a opposé au président sortant et candidat à sa propre succession, Edgar Lungu. En attendant la confirmation de ces résultats par l’instance suprême de validation des élections, cette victoire nette et sans bavure de l’opposant dans ce petit pays d’Afrique australe,  donne des motifs d’espoir démocratique. D’autant que non loin de là, dans des pays comme le Gabon, le Cameroun, le Congo Brazaville, l’Ouganda et on en oublie, c’est un scénario qui est encore largement inimaginable pour les raisons que l’on sait. C’est le lieu de saluer la force des institutions zambiennes qui ont fait preuve de courage et de sens de la responsabilité en proclamant des résultats défavorables au président sortant, dans un contexte de forte tension préélectorale. C’est aussi le lieu de saluer la détermination du vainqueur qui, malgré les intimidations, a su rester persévérant au point de parvenir à déjouer les plans du parti au pouvoir.

 

 

La légitimité du nouveau président élu ne saurait être remise en cause

 

 

Dans une Afrique en pleine mutation, où la tendance est à la multiplication des mandats présidentiels au-delà du seuil autorisé ainsi qu’à la pérennisation des pouvoirs en place avec la complicité supposée ou réelle des institutions, le cas zambien apparaît comme un îlot d’espoir dans un océan de pessimisme face à des mauvaises pratiques qui frisent souvent la magouille avec leur corollaire de violences meurtrières. L’espoir est d’autant permis que la bérézina du président sortant ressemble fort à une sanction de ses compatriotes qui n’ont pas marchandé leur participation au scrutin, à en juger par le fort taux de participation (70%) et surtout par la large confiance accordée dans les urnes à l’opposant. Un opposant qui n’a pas eu besoin, à en croire la Commission électorale, des résultats d’une des 156 circonscriptions électorales pour valider une victoire qui lui tendait les bras, au regard de l’écart de plus d’un million de voix qu’il avait déjà creusé. C’est dire si la légitimité du nouveau président élu ne saurait être remise en cause. C’est pourquoi le président sortant  n’a pas d’autre choix que d’accepter dignement sa défaite au risque de passer pour un mauvais perdant.  Car, non seulement sa cuisante défaite apparaît comme la preuve d’un cinglant désaveu, mais aussi la Zambie n’a pas besoin de rajouter une crise post- électorale aux tensions préélectorales meurtrières qui avait donné des frayeurs, après avoir réussi à négocier le virage d’un vote plutôt pacifique. Et puis, en laissant un pays à l’économie exsangue, où le chômage bat des records, après une demi-douzaine d’années de règne, que pouvait espérer de mieux le successeur du défunt président Michael Sata, qui a, soit dit en passant, eu à achever le mandat de son prédécesseur avant d’entamer le sien propre ? C’est dire si au-delà de sa victoire écrasante, Hakainde Hichilema représente l’espoir du peuple zambien, et de lendemains qui chantent.

 

 

Hakainde Hichilema sera jugé tel un maçon au pied du mur

 

 

Et cette alternance par les urnes que l’on espère pacifique, est la preuve que l’Afrique n’est pas condamnée à subir irrémédiablement la loi de la dictature de certains vieux dinosaures même si dans le cas d’espèce, Edgar Lungu ne brillait pas par une exceptionnelle longévité au pouvoir. Cela aurait-il pu jouer aussi en sa défaveur ? Cela reste à démontrer d’autant qu’à la présidentielle de 2016, il n’avait devancé que d’une courte tête,  son challenger qui vient de prendre sur lui une revanche retentissante. C’est aussi la preuve que la démocratie est en progrès en Afrique et qu’elle est en train de s’y enraciner petit à petit.  En tout état de cause, la sixième tentative à la présidentielle, aura été la bonne pour l’opposant zambien. Et c’est peu de dire que maintenant qu’il a été élu, Hakainde Hichilema sera jugé tel un maçon au pied du mur. Mais en attendant de voir ce que l’opposant élu président fera de sa victoire, l’on peut dire qu’avec cette alternance par les urnes, c’est la démocratie zambienne qui gagne en maturité et se renforce. Et s’il est confirmé dans sa victoire, il lui appartiendra de faire ses preuves sur le terrain où les défis qui l’attendent, s’annoncent déjà comme des montagnes à déplacer. Reste à espérer que le candidat de l’UPND (Parti unifié pour le développement national) ne fera pas comme ces opposants historiques qui, à l’épreuve du pouvoir, se révèlent bien souvent pires que leurs prédécesseurs qu’ils ont passé des années à combattre pour leur gestion chaotique du pouvoir. Hakainde Hichilema fera-t-il l’exception ? On attend de voir.

 

« Le Pays »

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