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VIOLENCES MEURTRIERES EN AFRIQUE DU SUD  

Quand l’incarcération de Zuma sert de prétexte aux émeutes de la faim

Rien ne semble venir à bout des violences meurtrières qui ont éclaté en Afrique du Sud suite à l’incarcération de l’ex-président, Jacob Zuma, pour outrage à la Justice. Ni le déploiement de l’armée dans les rues, ni le chiffre vertigineux des  morts, ni les arrestations massives de manifestants (750 personnes ont été arrêtées rien que dans les provinces du Kwazulu-Natal et de Rauteng), ni les risques d’expansion de l’épidémie de la Covid-19 et encore moins les appels à la retenue du chef de la Nation Arc-en-ciel, Cyril Ramaphosa, ne semblent émousser les ardeurs des émeutiers qui ont transformé l’Afrique du sud en un champ de ruines. Comment arrêter désormais la déferlante? Telle est désormais la question.  Pour éteindre l’incendie, l’on pourrait penser que la libération de Jacob Zuma dont la mise en prison a servi de détonateur à cette explosion sociale sans précédent depuis l’avènement de la démocratie post-apartheid, pourrait être la solution. Mais l’on peut sérieusement en douter car le portrait-robot des manifestants en fait plus des affamés qui cherchent à résoudre des problèmes existentiels que des militants politiques engagés pour la cause de leur idole.

 

Jacob Zuma est l’incarnation parfaite de cette gouvernance en rupture avec les préoccupations du peuple

 

L’incarcération de Zuma n’est donc qu’un prétexte à des émeutes de la faim. Dès lors, l’on peut affirmer sans risque de se tromper que ce qui est ici en cause, ce sont les politiques économiques et sociales mises en œuvre par le parti majoritaire, l’ANC dont Jacob Zuma est plus comptable que quiconque.  En effet, depuis la disparition de Madiba, les dirigeants de l’ANC ont mis tout leur génie politique dans la perpétuation des inégalités sociales héritées du régime ségrégationniste  des Blancs. En d’autres termes, ils ont fait de l’apartheid sans les Blancs. Usant du pouvoir politique comme d’un marchepied vers les richesses de l’Etat, ils ont creusé un fossé abyssal entre eux et les populations à la base. Jacob Zuma, lui-même et surtout lui, est l’incarnation parfaite de cette gouvernance en rupture avec les préoccupations du peuple à travers les multiples scandales financiers qui ont caractérisé son passage au sommet de l’Etat sud-africain. Pour illustrer ces frasques, l’on peut citer, entre autres, l’affaire de sa villa privée de Nkandla, l’autorisation accordée à la famille Gupta du nom d’un riche homme d’affaires sud-africain d’origine indienne, pour l’utilisation d’une base militaire à des fins privées, les pots-de-vin dans l’affaire Thint Thomson-CSF, pour ne citer que ceux-là. Pendant ce temps, le peuple, abandonné à son triste sort, est en proie à une pauvreté endémique. 7,2 millions de Sud-Africains sont au chômage soit 32,5 % de la population. Dans un tel contexte, tout est prétexte à des manifestations violentes, y compris dans le cas d’espèce où la raison invoquée donne à voir l’image de la femme violée qui finit par tomber amoureuse de son violeur.  Mais cette attitude est bien compréhensible car, comme le dit le dicton populaire,  « quand on veut se noyer, on peut s’accrocher à tout,  même à la queue du caïman ».

 

Cyril Ramaphosa doit, dans l’urgence, prendre des mesures sociales fortes en direction des couches les plus défavorisées

 

Dans un tel contexte, il est loisible de comprendre que les appels au calme du président Cyril Ramaphosa, ne peuvent que rester lettre morte car, c’est bien connu, « ventre creux n’a point d’oreilles ».  Au-delà même de l’échec des politiques économiques et sociales, l’ANC paie aussi pour sa stature de parti-Etat qui ne fait véritablement pas place aux débats contradictoires en interne et qui ne dispose pas, à l’externe, d’une opposition forte qui lui serve de contrepouvoir. Faute donc de se mener au sein des institutions démocratiques régaliennes, le débat politique se déporte dans la rue, dans une société qui, de par l’histoire, s’est forgé une solide réputation de violences. Les campagnes militaires de Chaka Zulu, la guerre des Boers et les violences de l’apartheid ont, en effet, fini par inscrire dans l’ADN des Sud-africains, les gênes de la violence qui se manifeste régulièrement par des éruptions meurtrières.   En tout état de cause, pour stopper cette dérive meurtrière qui conduit le pays au chaos, c’est une véritable catharsis sociale et politique qu’il faut au pays de Nelson Mandela. En fait, l’Afrique du Sud a besoin d’une refondation qui puisse redéfinir non seulement un nouveau pacte social entre les dirigeants et leur peuple, mais surtout qui réorganise, de façon équitable, la redistribution des richesses nationales. Mais en attendant cette reconfiguration qui ne peut être envisagée que sur le moyen et le long terme, le président Cyril Ramaphosa doit, dans l’urgence, prendre des mesures sociales fortes en direction des couches les plus défavorisées pour espérer ramener la sérénité dans les rues sud-africaines. Car, en opposant la violence à la violence, les risques d’escalade sont très élevés et le nombre de 72 morts aujourd’hui atteint, ne représentera que le niveau le plus bas d’un compteur qui pourrait s’affoler. Pire, c’est la stabilité des institutions de la République qui pourrait être, à terme, menacée. Cela dit, ce nouvel épisode de violences vient ternir, une fois de plus, l’image de la Nation Arc-en-ciel. Il est, en tout cas, certain que ces scènes de violences à répétition que donne à voir le pays, ne favoriseront pas l’arrivée de nouveaux investisseurs dans un pays où l’économie est déjà fragilisée par la corruption, la pandémie de la Covid-19 sur fond de dépréciation du rand qui a déjà chuté de 3% de sa valeur.

 

« Le Pays »            

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