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VISITE DE JEAN LUC MELENCHON AU BURKINA FASO

Comme un air de campagne avant l’heure

 Le président du groupe parlementaire La France Insoumise, Jean Luc Mélenchon, séjourne depuis le 18 juillet dernier, au Burkina Faso, pour une visite inédite de quatre jours au cours de laquelle il rencontrera des leaders politiques et des acteurs de la société civile, avant de boucler la boucle par une conférence publique le 21 juillet prochain à l’université Pr Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou sur un thème en lien avec la Francophonie. Mais dès hier et quelques heures seulement après sa descente d’avion, le leader politique français au vocabulaire truculent, s’est rendu au mausolée dédié à Thomas Sankara pour rendre hommage au leader de la Révolution burkinabè qu’il considère comme une « source d’inspiration pour l’insoumission politique ». Il est d’ailleurs bon de rappeler au passage que c’est lui qui avait introduit la proposition de loi à l’Assemblée nationale française, tendant à la création d’une commission d’enquête sur les circonstances de l’assassinat du président du Conseil national de la Révolution (CNR), et a plusieurs fois exigé la déclassification des dossiers y relatifs pour permettre de faire la lumière sur ce crime. C’est donc un fervent admirateur de Thomas Sankara qui est venu au pays des Hommes intègres pour une visite hautement politique et pour prouver à ceux qui en doutent encore, que son aura dépasse largement les frontières de la République française ; ce qui est un atout pour le candidat à l’élection présidentielle de 2022 qu’il est. Le choix du Burkina Faso est symbolique non pas seulement parce qu’il est le pays de l’icône planétaire de la Révolution burkinabè, mais aussi parce qu’il est considéré, à tort ou à raison, comme étant à l’avant-garde de grands bouleversements d’ordre politique inimaginables sous nos tropiques.  

 

On attendra le discours qu’il va prononcer pendant ce séjour au Burkina

 

C’est donc dans ce pays atypique que le non moins atypique leader politique français est venu réitérer sa ferme condamnation de cette France coloniale qui s’acoquine avec des classes dirigeantes africaines corrompues, et promettre encore une fois d’instaurer des relations complètement décomplexées et mutuellement consenties entre la France et les pays du continent. De quoi s’attirer la sympathie de la jeunesse burkinabè et même africaine qui manifeste ouvertement et de plus en plus, son aversion pour la France néocoloniale, même s’il n’y a aucune certitude que ce soutien aura un effet sur le choix des électeurs français en avril de l’année prochaine. Pour autant, il marque des points auprès des Africains de la nouvelle génération et des Français d’origine africaine profondément anti-impérialistes ; ce qui n’est pas négligeable dans une élection aussi indécise que celle à venir, où le président sortant est à la peine dans les sondages d’opinion en partie à cause de la présence massive et sans résultat probant, des troupes françaises au Sahel, et où l’autre challenger, candidate de l’extrême-droite, ne peut guère rêver que d’une place de deuxième, dans le meilleur des cas. On espère que la cohérence dans le discours ne cache pas mal le populisme d’un homme en mal de popularité dans son propre pays, et qui fait les yeux doux aux Africains qui pourraient voir en Mélenchon, un potentiel chef d’Etat français avec qui ils pourraient parler d’égal à égal. On attendra le discours qu’il va prononcer pendant ce séjour au Burkina et qui tiendra lieu de fil conducteur selon ses propres mots, pour voir dans quelle direction il ira avec sa politique africaine et s’il mérite encore notre confiance après que certains de ses prédécesseurs se sont illustrés comme des champions en volte-face et en revirements spectaculaires, en ce qui concerne leur gestion du dossier « France-Afrique », une fois qu’ils ont déposé leurs pénates à l’Elysée.

 

Hamadou GADIAGA

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